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St-Gervais, Genève

Écouter le culte

L'Epiphanie, c'est "la fête des rois". Ces rois - en réalité des astrologues venus d'Orient - se sont mis en marche en suivant une étoile sans pareille. Cet astre aux mille feux les guide jusqu'à Bethléem, en Judée. Ils découvrent un tout petit être, un roi en devenir. Mais en réalité, que cherchaient les mages et qu’ont-ils trouvé?

Ce culte cantate donnera à entendre l'intégralité de la cantate Ihr Völker hört, wie Gott aufs neue spricht de Georg Philipp Telemann (TWV 1:921), composée par le compositeur allemand pour le jour de l'Epiphanie 1726, il y a juste 300 ans.

 

Prédication

Référence(s)
Esaïe
Chapitre
60
Versets
1
à
6
Matthieu
Chapitre
2
Versets
1
à
12

Dans l’Evangile selon saint Matthieu, il n’y a pas de recensements de César-Auguste, pas de voyage pénible entre Nazareth et Bethléem, pas d’étable, pas d’hôtellerie, pas de bœuf, pas d’âne, pas de crèche, pas de bergers dans les champs, pas d’anges qui tombent du ciel, rien de ce qui fait le charme pastoral de l’évangile selon saint Luc. Dans l’évangile selon saint Matthieu, plus insolites encore que les bergers, les brebis, l’âne, le bœuf, l’étable réunis, il y a les mages, venus du lointain orient avec leur équipage, qu’on imagine se déplaçant au son de la marche des rois, avec leurs chameaux et leurs cadeaux, et qui débarquent à Jérusalem sans crier gare, créant stupeur et branle-bas le combat général avec une question qu’on aurait attendu de tout le monde sauf d’eux : « Où est le roi des juifs qui vient de naître ? » 

Où est le roi des juifs ? Où est le messie, où est Dieu ? à vrai dire, la question n’est pas nouvelle. Pas besoin d’avoir attendu la seconde guerre mondiale et ses abominations, ni les grands drames de notre temps pour poser cette question qui parcourt toutes les Ecritures; et le Psaume 42, que nous avons chanté tout à l’heure, n’en est qu’un écho parmi bien d’autres : « Où es-tu mon Dieu » ? « Où est ta lumière quand on n’y voit plus rien ? » « Où est ton secours, quand nous n’en avons reçu aucun ? » C’est une question que l’on se pose quand on croit en Dieu. Quand on n’y croit pas, on n’attend rien de lui, mais quand on y croit et qu’il ne répond pas à nos prières, c’est là qu’on commence à se poser des questions. 

Or, ici, ce sont des étrangers, venus du plus lointain Orient, qui n’ont donc probablement jamais ouvert une Bible de leur vie, dont on ignore s’ils parlent ou non la langue de Moïse, qui viennent annoncer la nouvelle aux experts, aux professionnels, aux plus hautes autorités d’Israël, Hérode, ses ministres et ses théologiens, que le roi des juifs est né, celui-là même que les prophètes annonçaient à son peuple depuis plus de 4000 ans. 

L’évangile selon saint Matthieu s’ouvre donc sur de magnifiques pieds de nez – au pluriel, les pieds de nez - le temps me manque d’en dresser une liste exhaustive – pieds de nez qui ne sont pas sans sonner à nos oreilles comme de belles et fortes leçons, la première d’entre elle pouvant se résumer ainsi : non seulement nous ne sommes plus seuls, c’est la merveilleuse leçon de Noël, Dieu est désormais avec nous, au milieu de nous, non seulement donc nous ne sommes plus seuls mais nous ne sommes pas les seuls ! Je veux dire : nous ne sommes pas les seuls à le voir ! Nous ne sommes pas les seuls à qui Dieu apparait – c’est le sens du mot épiphanie. Il n’apparaît pas seulement à celles et ceux qui viennent à l’Eglise y prier, qui méditent les écritures saintes dans le silence de leur cabinet de travail ou qui suivent leur catéchisme, non, au commencement de l’évangile selon Saint-Matthieu, on voit que ceux qui auraient dû voir n’ont rien vu ; ceux qui auraient dû savoir, n’ont rien su tandis que ceux qui n’auraient rien dû savoir, savent déjà tout et ce sont les seconds qui annoncent la nouvelle aux premiers. 

Première bonne nouvelle, donc : Dieu se fait donc voir à d’autres, et il se fait voir à nous par d’autres ! Ce qui veut dire que nous n’avons pas l’apanage ni encore moins le monopole de la révélation, des apparitions, des manifestations de Dieu et parfois, ce sont les autres qui viennent nous dire : « Il est au milieu de vous, celui que vous ne voyez pas, celui que vous ne connaissez pas ! » 

Dans une ville universitaire comme la nôtre, dans un pays intelligent comme le nôtre, beaucoup de gens cherchent. Beaucoup de gens cherchent, pas pour trouver Dieu ni pour augmenter leur fortune, non ils cherchent, y consacrant leurs jours et leurs nuits, un peu comme les mages suivent leur étoile mystérieuse, pointant leurs télescopes dans le ciel de l’astrophysique, branchant leurs ordinateurs dans les entrailles de l’accélérateur de particule. 

Ils cherchent animés par la curiosité de mieux comprendre l’univers, les grandes lois de la vie, ils cherchent pour repousser les limites de la nuit et parfois, il arrive à certains d’entre eux de tomber nez à nez avec Dieu, et ils nous disent, avec leur prudence rationaliste, que s’il y a quelque-chose plutôt que rien, c’est peut-être bien qu’il y a quelqu’un quelque part. 

Dans une ville culturelle comme la nôtre, dans un pays cultivé comme le nôtre, beaucoup suivent leur étoile dans le ciel de la musique, de la peinture, de la littérature et de la poésie, et merci amis artistes d’être avec nous aujourd’hui, en ce dimanche de l’Epiphanie qui est selon moi votre dimanche, puisque c’est toujours vous qui nous faites le mieux apparaitre Dieu. Pas de culte sans musique. Pourquoi ? Si ce n’est que bien plus que les mots, la musique nous fait tutoyer Dieu et ses anges. Vous ne verrez pas beaucoup de musiciens sur les bancs d’une église à écouter le sermon d’un pasteur, sauf s’ils y sont contraints par la cantate du jour. 

Beaucoup de croyants, en revanche ne peuvent vivre sans écouter votre musique. Et rares sont les musiciens, à entendre leur témoignage, qui peuvent chanter les cantates et les passions de Bach, la Messe en si, ou une cantate de l’Epiphanie de Telemann sans éprouver un frisson sacré et parfois, au détour d’une note, tombé nez à nez avec Dieu. 

Dans un canton paysan comme le nôtre, enfin, dans un pays de vigne et de champs de blés, entre lacs et montagnes, raides côteaux du Lavaux et plaines fertiles de la Gruyère, il arrive que même en conduisant son tracteur et en traçant son sillon, le paysan lève les yeux vers le paysage, le cultivateur vers ses cultures et laisse s’échapper un « Mon Dieu que c’est beau ! » Beau, oui assurément et fragile, fragile comme la vie elle-même.

Je pourrais continuer longtemps cette litanie des apparitions – il n’y a pas de lieu sur cette terre où Dieu ne se laisse pas entrevoir - mais le temps passe et nous n’arriverons de toutes manières jamais à en faire le compte. Revenons donc à la question des mages : où est-il le roi des juifs, le Dieu annoncé ? Une première réponse se trouve dans leur question : Il vient de naître. C’est la bonne nouvelle de Noël. Où est-il ton Dieu ? Il vient de naître. Beau et fragile, puissant et vulnérable comme un bébé nouveau-né, veillé par ses parents, dans la pauvreté d’une étable ou l’anonymat d’une maison de Bethléem. 

Parce que si les mages ont bien perçu qu’il y avait quelqu’un quelque part qui méritait qu’on fasse quelque chose, en l’occurrence se mettre en route avec tout un équipage, ils ont besoin des experts de Jérusalem, des lecteurs de la Bible pour leur dire que s’il est là, quelque part, il n’a pas les traits que nous avons prêté à Zeus ou à Jupiter ou à Toutankhamon, que ce Dieu-là n’a pas d’autre visage que celui d’un enfant qui vient de naître dans une bourgade provinciale du pays, à Bethléem, la ville de David, David qui a été choisi, non pas parce qu’il était le plus grand mais le plus petit, non pas parce qu’il était le premier mais le dernier des fils de Jessé, et peut-être aussi, parce que de tous les fils de Jessé, c’était lui l’artiste, le musicien, le poète, le vagabond dans les champs. 

Alors où est-il, ton Dieu ? Il vient de naître. Sur la terre. Nous savons qu’à peine né, il réchappera de peu au massacre des innocents. Nous savons qu’il finira son existence sur une croix. Mais nous savons aussi qu’entre-temps, entre sa naissance et sa mort, il aura, le temps de sa si courte vie, tout donné pour dissiper les ténèbres d’un certain nombre d’esprit, allumer la lumière dans un certain nombre de lieux et qu’il nous aura montré comment s’y prendre si on voulait nous aussi, allumer la lumière plutôt que l’éteindre autour de nous, et ce n’est pas très sorcier je crois d’allumer plutôt que d’éteindre la lumière autour de soi. 

Envoi et bénédiction 

Je visitais peu de temps avant Noël une très chère amie, qui fêtera en octobre prochain ses 100 ans. A Noël, elle prépare toujours quelques mots pour ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. C’est une auditrice fidèle des cultes de RTS Espace 2 et, si elle est derrière son poste, je la salue affectueusement. A ma grande surprise elle me dit : cette année, mon message de Noël, ce sera de dire à mes enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants : Vous êtes la lumière du monde. « Le monde est bien sombre, brillons, brillons bien, toi dans ton coin sombre et moi dans le mien ». Pas de plus beau vœu pour cette nouvelle année.