Aller au contenu principal
St-Gervais, Genève

Écouter le culte

Que peut-on imaginer qui n’ait déjà été imaginé? En vertu de quoi est-il pertinent de faire preuve d’imagination? Et enfin, en quelles limites l’expression de notre imagination devrait-elle demeurer cantonnée? Que des questions... Imaginons les réponses!      

Prédication

Référence(s)
Psaume
Chapitre
30
Versets
2
à
13
Galates
Chapitre
6
Versets
3
à
16
Luc
Chapitre
24
Versets
36
à
51

C’est curieux, n’est-ce pas, ils ont été effrayés, les onze, Juda étant mort, ils ont été étonnés de revoir celui qu’ils avaient suivi pendant trois ans. Lui, Jésus, qui leur avait pourtant annoncé, en de multiples occasions, le déroulement de tous les évènements à venir, le concernant. 

Ils avaient été informés, les douze, personnellement, de tout. Son arrestation, sa condamnation, sa mort, puis sa résurrection. Tout, ils savaient tout.

Et pourtant, ils ont été effrayés en le voyant.

Alors, il a mangé, un peu de poisson. Afin de leur prouver la réalité de sa présence et les rassurer. 

Puis, il leur redit ce que les prophètes avaient écrit à son sujet. 

Et après cela, il leur ouvrit l’intelligence en leur répétant le contenu de ce qui avait été annoncé, par les prophètes. Une fois encore. Une fois de plus.

Et enfin leur a affirmé que, bientôt, l’Esprit descendrait sur eux. 

Ils avaient donc toutes les cartes en mains. Et pourtant, face à Lui, ressuscité, les douze demeurent effrayés et plein d’objections, nous dit l’évangile de Luc.

Ce récit d’une apparition de Jésus après sa résurrection, au moment où s’ouvrira la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, devrait nous permettre de nous interroger.

En premier lieu, quant au rapport que nous entretenons avec le surgissement, dans notre vie quotidienne, de quelque chose qui est prévisible et cependant inattendu.

Autrement dit, l’évangile de Luc, lorsque nous prenons la peine de le lire et de l’étudier, cet évangile nous demande : 

Dans quelle mesure sommes-nous capables d’accepter et de concevoir la possibilité du surgissement d’un événement inattendu, de quelque chose qui bouleverse notre vision et conception rationnelle du déroulement du monde ?

Ou bien pour le dire de manière plus simple encore : qu’est-ce que je fais des conséquences d’un événement absurde qui, en surgissant dans le cours de ma vie, vient modifier fondamentalement le cours de ma vie et la perception que j’ai de mon monde, celui qui donne forme à ma vie ?

C’est là, l’appréhension de l’aporie de l’incarnation de Dieu, au sein de sa création, à laquelle nous invite Luc.

Dieu est le créateur du monde. Donc Dieu ne peut pas faire partie de sa création. Il n’est ni créé ni créature. Il en est distinct. 

Et pourtant, il s’est incarné, en prenant naissance, pour enfin mourir et ressusciter.

* * * * * *

La prise en compte de cette question est bien sûr théologique et même philosophique. Mais elle nous renvoie également à la manière dont prenons en compte les conséquences de notre imagination. 

Celle qui peut modifier notre compréhension des limites rationnelles du monde dans lequel nous vivons. Ces linites rationnelles qui, souvent, nous rassurent, car nous pensons pouvoir les maîtriser.

C’est ainsi la question que Jésus pose à ses disciples et à nous.

Dans un monde, bien ordonné et bien compris, quelle place laissons-nous à l’expression de notre imagination afin de ne pas demeurer prisonnier de nos routines et voir la nouvelle création, comme l’écrivait Paul aux Galates ?

Silence

Je n’ai jamais eu de télévision depuis que j’ai quitté mes parents. Juste une radio. Et le samedi soir, j’écoutais fidèlement Sport Première avec Stéphane Trisconi pour le hockey. Une voix pour me faire voir, Ambry Piotta, Fribourg Gotteron, le LHC, Davos et Servette.

Et je voyais, en écoutant, ce que je ne pouvais pas voir avec mes yeux.

Il en va de même avec un tableau. 

Un tableau, disait Alberti, un humaniste, philosophe et peintre de la Renaissance (en 1450 environ), un tableau est un quadrilatère à angles droits. Il est pour moi et pour vous, en vérité, comme une fenêtre ouverte à partir de laquelle l’histoire représentée sur ce quadrilatère, peut être considérée comme vraisemblable. 

Une fenêtre ouverte sur un monde autre, vraisemblable, mais différent. 

Celui que nous pouvons concevoir par la grâce de notre imagination.

Silence

L’incarnation de Jésus le Christ nous permet, certes, de bénéficier de sa Grâce. Mais la grâce qui ne produit pas de fruits, qui n’ouvre à rien d’autre que la copie de ce qui a été, cette grâce-là, est semblable à une carte Fidélité, propre à tous les supermarchés. 

On sait que vous avez acheté 18 paquets de chips, alors on vous en offre deux à la condition que vous en achetiez 18 de plus, de la même marque.

Là, pas de surprises. Pas de tentatives de goûter autre chose. Pas de découverte. Un monde sans surprises. Réglé comme du papier à musique. Mais pas de nouvelle création.

Aucune imagination n’est souhaitée ni suscitée, dans un tel système.

Seulement la répétition. La copie, la reproduction de ce qui fut, est et devra encore être. Afin que rien ne change.

Or, Paul et l’évangile de Luc nous invitent à apprendre à décaler notre regard, le convertir. En vue de réaliser, créer une création nouvelle.

Cela en nous invitant à imaginer, puis concevoir, que nous pouvons sortir de nos ornières en ouvrant les yeux sur l’Autre. 

En acceptant que de l’aporie, le non-sens, puisse surgir le fruit notre imagination qui nous permettra de concevoir l’improbable. Comme la venue d’un Dieu au sein de sa création. Afin de restaurer une relation rompue par manque d’imagination.

Dans l’évangile de Luc, Jésus dit aux douze, vous êtes les témoins du surgissement de l’impossible, ma résurrection. Paul demande aux Galates : aspirez à une la nouvelle création.

Et Matthieu dans son évangile qui relate les propos de Jésus, nous dit : vous avez appris, mais moi je vous dis : imaginez. Mais, pour cela, ayez le courage de ne pas copier ni reproduire. Ayez le courage de faire preuve d’imagination. Comme de croire que Dieu peut mourir et ressusciter, pour vous, pour nous.

Silence

Dans les tableaux de la renaissance italienne, qui ont pour sujet l’annonciation à Marie, il y a toujours une porte, tout au fond du tableau. C’est la porte que celui qui regarde le tableau est invité à ouvrir. 

Car derrière cette porte, il y a le monde que nous sommes invités à annoncer. 

Nous sommes invités, par la grâce qui nous est donnée, à imaginer puis concevoir un demain, dans les limites des deux seuls commandements qu’il nous laisse.

Tu aimeras ton prochain, comme tu t’aimes. Et tu aimeras ton Dieu.

Alors imaginons et soyons les artistes qui peignons nos vies. Non pour les figer. Mais au contraire afin de lui offrir une porte. 

Non de sortie. 

Mais de vie.

Amen