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Camille Andrès
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Camille Andrès
Camille Andrès

Des élites (dé)connectées

EDITO
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Droit international bafoué, organisations internationales délaissées, morale piétinée…Les mutations globales qui s’enchaînent, suscitent, à raison, une impression de perte de repères. Ces bouleversements concernent aussi la sphère des élites. Il ne s’agit pas ici de reprendre le lieu commun opposant le peuple à ses dirigeants, mais de comprendre comment se sont construites les sphères de décision – économiques, culturelles, intellectuelles –. Et ce qui facilite aujourd’hui l’hégémonie de leaders techno conservateurs, ouvertement critiques envers les principes démocratiques. 

La sociologie du pouvoir et la manière dont celui-ci circule connaissent des métamorphoses profondes. Fini le temps de Bill Gates et de sa fondation, dont l’influence controversée était publiquement débattue, ou de Warren Buffett et de son «Giving Pledge» incitant les milliardaires à la redistribution. Aujourd’hui, dans le sillage de Donald Trump prospèrent des personnalités comme Elon Musk, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg et des figures moins médiatisées mais tout aussi influentes de la Silicon Valley, tel Peter Thiel.

Ces nouveaux visages de la puissance économique et technologique mondiale cumulent parfois les casquettes d’idéologue, capital-risqueur et chef d’entreprise et sont pétris d’une idéologie néo réactionnaire, apocalyptique et techno optimiste. Leurs produits structurent notre quotidien et ceux de nos gouvernants, leurs modes de pensée contribuent à redessiner l’architecture du pouvoir. Mais la discussion publique sur leurs desseins reste inexistante. Si toute élite ne se maintient que grâce à une adhésion à des valeurs partagées, la distance entre cette aristocratie persuadée de détenir les clés du futur et le grand nombre paraît aujourd’hui abyssale.