
Le nombre de traductions de la Bible a explosé
Des progrès remarquables : c’est le constat qui s’impose à l’heure du bilan. Il y a plus de deux siècles, des sociétés bibliques et leurs partenaires se sont fixé pour défi de traduire la Bible dans toutes les langues connues. Plus de 6 milliards de personnes, soit 6 personnes sur 8 dans le monde, ont aujourd’hui accès à l’intégralité de la Bible dans la langue qu’ils comprennent le mieux. Au total, la Bible a été traduite dans quelque 760 à 790 langues – les chiffres varient un peu selon les sources. En comptant les traductions partielles, plus de la moitié des 7 398 langues parlées dans le monde sont couvertes.
On observe une nette accélération de l’avancement des travaux depuis quelques années. Au 1er août 2025, il ne restait plus que 544 langues sur liste d'attente pour une traduction des Écritures. L’année précédente, il y en avait 985 et en 1999, elles étaient plus de 5 000 à ne faire l’objet d’aucun projet.
Le Lévitique en Banda-Linda
Comment le travail est-il organisé ? Basé dans la région de Lucerne, le Suisse Christoph Müller travaille depuis le début des années 2000 en tant que conseiller en traduction sur des projets en Afrique centrale. Il vient tout juste de terminer le contrôle d’une traduction du Lévitique en Banda-Linda, langue parlée dans la République Centrafricaine.
Interrogé par téléphone, il explique : « Le conseiller doit pouvoir justifier d’une formation biblique et de connaissances en linguistique. Après une formation continue plus ou moins longue, en fonction de son profil et de ses disponibilités, il commence à exercer sous la supervision d’un consultant plus expérimenté, puis se met à travailler de manière plus ou moins autonome. Il ne doit pas forcément parler la langue dans laquelle la traduction est effectuée, même si, à la longue, il finit naturellement par avoir quelques notions. »
Une approche collaborative
Le rôle du conseiller est d’épauler et de former l’équipe de traducteurs locaux. Ces derniers doivent, en principe, avoir au moins un niveau bac et des connaissances bibliques. « Il y a une cinquantaine d’années, il arrivait encore que des missionnaires effectuent des traductions dans une langue qui n’était pas la leur, mais ce modèle a été abandonné, poursuit Christoph Müller. De nos jours, les traducteurs sont recrutés dans la population locale. » Cette approche collaborative vise à valoriser les compétences des communautés concernées, pour un meilleur résultat final. Le contrôle est réalisé en présence des traducteurs et d’un locuteur natif qui n’a pas participé au projet ; il sert d’interprète au consultant chargé de la vérification du travail. Un examen supplémentaire a lieu au sein de la communauté.
Toutes ces traductions sont le fruit d’une intense collaboration entre différentes organisations d’inspiration chrétienne, comme la Société internationale de linguistique (SIL), pour qui travaille Christoph Müller, ou l’association à but non lucratif Wycliffe, à Bienne. Celle-ci participe à des projets de traduction dans plus de 100 langues. Pour cela, elle dispose de quelque quatre-vingts collaborateurs – dont de précieux consultants envoyés sur le terrain.
Des questions épineuses
Dans la pratique, les difficultés sont nombreuses. Que signifie tel mot dans son contexte historique ? Que voulait dire ce texte à l’époque ? S'agit-il d’une figure de style et si oui, que signifie-t-elle ? Prenons par exemple ce verset : « Priez pour que vous ne deviez pas fuir en hiver » (Marc 13 :18). Comment traduire le mot « hiver » pour des lecteurs qui vivent dans une région où l’on ne connaît pas cette saison ? Certains traducteurs ont trouvé une parade en employant l’expression « temps froid ».
L'inévitable évolution de la langue pose un autre problème. Par exemple, de nos jours, on ne peut raisonnablement plus écrire : « Nous nous mîmes à genoux et nous priâmes, nous partîmes et nous arrivâmes » (Actes des Apôtres, 21 :5-8). Les Sociétés bibliques doivent donc périodiquement actualiser leurs traductions pour préserver la lisibilité des contenus. Ces dernières années, elles ont publié 13 révisions de la Bible intégrale et du Nouveau Testament dans des langues majeures, notamment une Bible pour les 78,6 millions d’Indiens parlant le tamoul.
Transformation digitale
En 2024, date du dernier rapport annuel de l’Alliance biblique universelle (ABU), 74 premières traductions des Écritures, soit 16 Bibles intégrales et 16 Nouveaux Testaments, ont été publiées. Un nouveau cap a ainsi été franchi : 100 millions de personnes ont reçu pour la première fois au moins une partie des Écritures dans leur langue. Le Nouveau Testament, par exemple, est maintenant disponible dans plus de 1 700 langues.
Pour accélérer encore la cadence, les grandes sociétés bibliques ont effectué leur transition numérique dans les années 2000. Selon l’ABU, la création de la bibliothèque biblique numérique (DBL), en 2011, a généré « une dynamique sans précédent ». Actuellement, plus de 2000 textes bibliques dans 2250 langues différentes et quelque 13 000 vidéos dans 42 langues des signes sont archivés dans cette bibliothèque. Beaucoup d’entre elles sont disponibles gratuitement via l’application YouVersion.
Bibles adaptées
Quelque 370 nouveaux textes dans 191 nouvelles langues y ont été ajoutés en 2024, portant le nombre total de textes disponibles à plus de 3 780. En même temps, les efforts pour préserver la diversité linguistique se sont poursuivis. Ainsi, un Nouveau Testament a été publié pour la première fois dans une dizaine de langues minoritaires comme le same du Sud, avec 600 locuteurs dans les régions septentrionales de la Norvège et de la Suède, et l’enggano, parlé par moins de 900 individus en Indonésie.
Les personnes qui ont des difficultés de lecture ne sont pas oubliées. Par exemple, la Société biblique espagnole a publié en 2024 une Bible en langage simplifié, avec un vocabulaire réduit le vocabulaire à moins de 4 000 mots – soit nettement moins que les 16 000 à 18 000 mots contenus dans les versions traditionnelles. Ce projet a obtenu le label « Easy-to-Read » de l’organisation Inclusion Europe.
Braille et langues des signes
La traduction des Écritures pour les personnes sourdes et malentendantes est une tâche autrement plus complexe, car des notions comme la miséricorde n’ont pas d’équivalents dans les langues des signes, ce qui oblige les traducteurs à faire preuve de créativité. Parmi les derniers projets menés à terme : la traduction d’une partie du livre de Josué et de la première épître aux Corinthiens dans une dizaine de langues des signes différentes.
Une quantité de textes en braille et de fichiers audio ont également été déposés dans la DBL ces dernières années. En 2024, ce sont notamment de nouvelles traductions dans des langues indiennes en braille – dont l’ao naga, le saurashtra, le rabha, le biate et le mara – qui ont été rendues accessibles.
Un travail sans fin
Si l’objectif des Sociétés bibliques s’est clairement rapproché depuis quelques années, beaucoup de travail reste à faire. Environ 1,5 milliard de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à une Bible complète dans leur langue, et 129 millions ne disposent purement et simplement d’aucune traduction, même partielle.
Parmi les langues non traduites, beaucoup sont parlées par des groupes de locuteurs peu nombreux, de sorte qu’elles sont menacées d’extinction. « Le travail de traduction de la Bible ne sera jamais vraiment terminé, car les langues et la société évoluent constamment ; les révisions seront donc toujours nécessaires », conclut Judith Sawers, responsable communication pour la région Centrafrique au sein de l’organisation SIL.



