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© Benjamin Corbaz/EERV
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Grande émotion à Lutry lors d’un recueillement au temple le samedi 3 janvier.
© Benjamin Corbaz/EERV

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Pasteur à Crans-Montana durant sept ans, jusqu’en 2021, Jean Biondina présidera le culte de la station valaisanne le 22 février prochain.

Quel message allez-vous délivrer à cette communauté meurtrie ?

JEAN BIONDINA J’ai pensé à cette parole de Jésus sur la croix: «Mon Dieu, monDieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» Ce n’est pas un enseignement en premier lieu, c’est un cri. Il n’en est fait mention que dans deux des quatre Evangiles, et c’est une reprise du psaume 22. C’est une parole qui, dans le fond, est importante parce qu’elle dit quelque chose de l’humanité de Jésus, de son incompréhension. En même temps, si Jésus est Dieu, Dieu crucifié, c’est insupportable!

Bien sûr, on est dans une construction théologique qui vise à donner un sens à la crucifixion; néanmoins, c’est une représentation de Jésus l’humain, profondément humain, qui ne se sent plus en relation suffisante avec le Père. Il ose crier son abandon. Le fait que cela figure dans des Evangiles est important pour moi. Cela signifie que nous sommes autorisés à dire notre souffrance à Dieu.

Il y a différents types de souffrance.
La souffrance de parents qui ont perdu un enfant n’est pas la même que celle des personnes qui se sentent simplement touchées par cet événement et participent d’une forme de souffrance collective. Mais chacune, chacun doit se sentir autorisé•e à exprimer son désarroi.

Est-ce une légitimation de la parole?

Le psaume 22 auquel le cri de Jésus fait écho se termine par «délivre mon âme de l’épée». Il faut que j’arrête de souffrir comme si une épée était enfoncée dans mon cœur. Par contre, dans les Evangiles, Jésus ne reçoit pas de réponse et je ne crois pas qu’il en ait eu une.

À Crans-Montana, on a invité toutes les personnes, les familles, les proches, les moins proches, à s’exprimer. À mettre des mots sur la souffrance qu’ils avaient à l’intérieur pour lui permettre de sortir. Ça, c’est un chemin de délivrance. Les anciennes générations prônaient le « tais-toi et marche ». Je pense que c’était une erreur.

Mais cela ne répond pas à la question «pourquoi Dieu permet-il cela ? » 

Cette question, elle demeure, je crois, tant que nous demeurons dans ce temps et cet espace. Il n’y a pas de réponse satisfaisante. Même les théologiens sont démunis. C’est l’absurdité même de la violence. Comme croyant, je sais que Dieu souffre avec nous. Et je crois que l’humain n’a pas à souffrir en permanence. Comme pasteur, je n’appelle pas à oublier, mais je m’efforce d’accompagner vers un chemin qui permette de se libérer de cette souffrance.

Une communauté appelée au changement 

SOCIOLOGIE Le drame de Crans-Montana a donné lieu à un deuil collectif. Comment comprendre ces émotions vécues en commun ? « En sciences sociales, on qualifie ce type de tragédie d’‹ événement monstre ›. Il est monstrueux parce qu’il y a quelque chose de complètement inadmissible, sidérant dans ce qui s’est produit. Mais il est monstre aussi parce que, pour être digéré, il fait l’objet d’un traitement médiatique de ‹monstration›, qui consiste à le montrer et le remontrer en continu », analyse Laurence Kaufmann, professeure à l’UNIL. Cet événement constitue « une rupture sidérante dans le pacte de confiance » qui lie les citoyens aux autorités. En cela, il aura des conséquences: « Il force la communauté à se repositionner, à interroger ce qui compte vraiment: la protection de nos jeunes ou, comme dans l’effondrement de l’échafaudage à Malley, la sécurité des travailleurs». Les événements monstres peuvent ainsi conduire à des changements sociaux, mais aussi politiques.

Prières secrètes? 

AIDE Vous les avez peut-être vues passer sur Facebook, Instagram ou dans des groupes WhatsApp. Les prières pour « couper le feu », habituellement l’apanage des guérisseurs, ont été largement partagées les jours suivant l’incendie, ce qui a surpris des internautes. Ces prières restent-elles valables une fois partagées ? La réponse est oui, car comme l’explique le guérisseur Georges Delaloye, elles sont à différencier du « secret », qui, lui, reste bien caché. «Toute prière est utile et reste positive pour les personnes en souffrance. Le secret va au-delà des prières que l’on trouve sur internet. Tout le monde peut prier, mais pas tout le monde ne sera pas faiseur de secrets. » Elise Dottrens