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© Campagne oecuménique
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Un grenier au Burkina Faso
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Manger local pour permettre aux pays du Sud de garder la main sur leur alimentation

CARÊME
Au cœur de la Campagne œcuménique de carême, la question des semences révèle les dérives d’un système agroalimentaire dominé par quelques multinationales. Les œuvres invitent à réfléchir à l’impact de notre alimentation.

« Qui possède des semences peut semer l’avenir » titre le matériel de la Campagne œcuménique de carême. La thématique s’inscrit dans un cycle de trois ans sur le droit à l’alimentation. Outre les activités en paroisses, les œuvres protestante EPER et catholique romaine Action de carême, en partenariat avec l’œuvre catholique-chrétienne « Etre partenaires », invitent à prendre conscience que les grands groupes agroalimentaires mettent en péril la sécurité alimentaire de millions de personnes. 

Comment le consommateur suisse peut-il avoir un impact sur l’accès à l’alimentation dans les pays du Sud ? « La meilleure façon de consommer responsable est de consommer local et de saison », estime Loïc Bardet, membre de la direction de l’Union suisse des paysans (USP). « Toutefois, le consommateur n’a que partiellement le choix, 50% des aliments consommés dans notre pays ne l’étant pas en tant qu’achat direct. Et mis à part pour la viande, la provenance des aliments n’est pas toujours indiquée dans les restaurants ou sur les emballages de produits transformés », regrette-t-il. 

Privilégier les produits issus du marché local voire paysan est préconisé par Charles Belle Yoko, responsable de la sensibilisation en Suisse romande à Action de carême. « La plupart du temps, quand on achète des produits issus de l’agroindustrie cela ne bénéficie pas aux familles paysannes. On encourage une chaîne économique qui profite avant tout à des multinationales », prévient le spécialiste. « Idéalement, il faudrait repenser son alimentation ou privilégier des structures qui fonctionnent en circuit court et équitable (TerrEspoir, Magasin du Monde, paysans locaux, etc., NDLR). » 

L’alimentation bio ou locale est réputée plus chère. « C’est pour cela qu’il faut également sensibiliser les pouvoirs politiques. Genève a adopté le principe du droit à l’alimentation. Parmi les mesures envisagées, il y a la création d’un fonds alimentaire. S’il y a une volonté politique, il est possible de favoriser les rencontres entre consommateurs et paysans locaux », estime Charles Belle Yoko. « La Suisse n’utilise pas toute la marge de manœuvre que lui permettent les accords de l’Organisation mondiale du commerce », pointe pour sa part Loïc Bardet, qui en appelle aussi à repenser les protections aux frontières. « Avec le dérèglement climatique, il y a, par exemple, quelques décalages entre périodes des récoltes et de protection. Tout cela devra être repensé dans le cadre de la politique agricole 2030. » 

Au cœur de la thématique développée cette année: les semences. « 50% du marché semencier mondial est entre les mains de quatre multinationales. Elles promettent des rendements supérieurs à ceux des semences paysannes, mais elles sont souvent pensées pour la monoculture et imposent l’utilisation de pesticides. On entre donc dans un cercle vicieux, où les rendements s’accompagnent de coûts nouveaux et de la perte de savoir-faire traditionnels et parfois de l'obligation de racheter chaque année des semences », prévient Charles Belle Yoko. 

« La diversité des variétés doit être encouragée. Elle permet de conserver des caractéristiques qui pourraient être utiles aux sélectionneurs en cas de changement climatique ou d’apparition de maladie », souligne pour sa part François Meienberg, responsable politique de ProSpecieRara, fondation spécialisée dans la préservation de la diversité génétique en Suisse. « Par ailleurs, la diversité des variétés dans une culture garantit une meilleure résistance aux changements et aux maladies. Cela permet une agriculture plus résiliente. » 

Il relève également un autre enjeu derrière le libre accès aux variétés paysannes ou anciennes. « Lorsque par sélection ou en recourant à des OGM, une entreprise obtient une résistance particulière, cette dernière peut être brevetée. Il faut alors payer des droits. C’est pour lutter contre cela que nous promouvons un libre accès et la préservation des espèces diverses. »