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© Christine Kristoff-Lardet
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Rituels de réparation de la forêt endommagée lors du mariage d’Isabelle et Damien.
© Christine Kristoff-Lardet

Une spiritualité de la perte

 
3 min de lecture
Récits
Accepter la disparition d’espèces animales ou végétales, d’ambiances ou de saisons qui faisaient le sel de nos vies est un deuil individuel, collectif et irréversible.
Quelques rituels pour y faire face.

«J’ai pleuré quand j’ai vu les lilas du jardin de ma grand-mère coupés pour construire une route», confie Alexia, jeune retraitée, lors d’un atelier d’écospiritualité au Forum104, à Paris. «Moi, je me souviens des vairons, petits poissons argentés qui nageaient dans la mare de mon enfance», raconte Bruno, 53 ans, gestalt thérapeute (thérapie basée sur les interactions entre l’humain et son environnement). «Aujourd’hui, la mare est asséchée et mon coeur avec.» Pour Thomas, agriculteur bio de 40 ans, c’est la disparition des écrevisses à pattes blanches dans la rivière en contrebas de sa ferme dans le Poitou qui le bouleverse. «Elles faisaient partie de la vie autour de moi.

Aujourd’hui, je me sens comme amputé d’un organe.» Si l’on y prête attention, les pertes autour de nous sont innombrables.
Les reconnaître fait partie d’un chemin de conscience et de guérison, comme l’exprimait le maître zen Thich Nhat Hanh: «Le plus urgent, aujourd’hui, est d’écouter les échos de la terre qui pleure en soi.»

Soigner la disparition
Diverses pratiques sont proposées au sein des ateliers de Travail qui relie – méthodologie créée par l’écophilosophe Joanna
Macy dans les années 1990 pour prendre soin de nos émotions face à la destruction du vivant. Durant le rituel appelé le «Bestiaire», par exemple, les participants scandent solennellement le nom d’espèces disparues en forme d’hommage funèbre.

Le rituel du «Cairn des lamentations» ou celui du «Bol de larmes» offrent la possibilité de se connecter à une perte particulièrement vive et de l’exprimer devant le groupe. «Prendre soin de ces disparitions – et de la peine qui va avec – est indispensable», souligne Helena, cofondatrice de l’association Terr’Eveille en Belgique. «Cela nous permet de garder mémoire, de nous sentir reliés à la grande communauté des vivants, de retrouver le courage de regarder la douleur du monde, de nous relever en dignité et d’agir en conscience.»

En vérité, il n’y a pas de petites pertes ou de petites peines; chacune révèle que ce qui a disparu nous tenait à coeur et que nous ne sommes pas indifférents.

De dévasté à féérique
Des gestes concrets sont aussi possibles, comme celui d’Isabelle et Damien, qui ont choisi une zone dévastée de la forêt pour y célébrer leur union. «Partager notre joie pour régénérer cette clairière fait plus sens pour nous que célébrer notre mariage dans un château», confie Isabelle. De fait, les amis du couple ont passé des jours à déblayer le terrain puis à le décorer, le rendant, à proprement parlé, féérique.

Ces pratiques ou rituels peuvent être vécus comme de véritables cérémonies, car ils redonnent sens et sacré à des situations qui en sont le plus souvent privées.

En reconnaissant ce que nous perdons, nous redevenons, du même coup, plus sensibles à la beauté de ce qui vit autour de nous. Comme l’exprime la pasteure de l’EERV Marie Cénec, «en prenant la mesure du deuil que nous vivons, il semble nécessaire de se ressaisir de ce qui reste et de réaliser combien cela est précieux».

Pour aller plus loin
Un court ouvrage interroge le sacrement eucharistique. Choisit-on de communier avec une «hostie de mort» fabriquée industriellement avec des blés contenant des pesticides ou de communier au Christ vivant au coeur du vivant? Question profondément théologique qui peut révolutionner notre relation à Dieu et au monde.

Défense du pain et du vin, Benoît Sibille,
Edition Ad Solem, 2025, 96 p.