
Une facture astronomique
La facture se répartira entre les pouvoirs publics, les assureurs, la communauté internationale, les collectivités et… les contribuables.
Le réchauffement climatique est en marche et son coût économique est colossal (voir encadré). «Je pense que la plupart de ces chiffres sont des sousestimations assez grossières, déclare Julia Steinberger, professeure ordinaire à l’Institut de géographie et durabilité de l’Université de Lausanne. En fait, les modèles économiques existants pour évaluer les coûts des conséquences du réchauffement climatique sont dépassés.
Ils ne permettent pas d’évaluer un phénomène aussi complexe avec autant d’impacts. Ce sont des ordres de grandeur que l’on n’arrive pas à chiffrer.»
Polluants éternels
La pollution engendre également des dépenses énormes. En Suisse, celle des sols est principalement causée par les métaux lourds, les dioxines et les PFAS ou «polluants éternels», générés par l’industrie. Le pays recense environ 38'000 sites pollués, dont 4000 présenteraient un danger pour l’environnement ou pour l’homme et nécessiteraient un assainissement, selon l’Office fédéral de l’environnement. Ce sont essentiellement d’anciennes décharges et des aires industrielles.
Partager les frais
Qui va devoir passer à la caisse? Eh bien, tout le monde: les assureurs et les particuliers (comme pour les intempéries, en recrudescence), les gouvernements et les institutions étatiques, la communauté internationale et les collectivités publiques.
Les dégâts causés aux bâtiments (inondations, tempêtes, grêle) sont couverts par les Etablissements cantonaux d’assurance (ECA). Du moins en partie.
Ceux aux aménagements extérieurs des maisons, comme les murs de vigne, ne le sont pas. Le risque est que les franchises et les primes augmentent, avec un report des coûts sur les ménages. La multiplication des sinistres pèse en effet de plus en plus sur les réserves des compagnies d’assurance.
Plainte contre la Finma
Les coûts indirects et préventifs des catastrophes naturelles sont déjà absorbés en majeure partie par le gouvernement, qui doit notamment financer les travaux de renforcement des digues, le reboisement, la réfection des routes et la sécurisation des zones à risque. La pression augmente également sur les grandes entreprises, qui paient déjà des «taxes carbone» pour leurs émissions de gaz à effet de serre. En Suisse comme ailleurs, de plus en plus d’actions juridiques sont lancées par des ONG, des groupes de citoyens ou des Églises pour les forcer à compenser les conséquences de leurs activités ou à cesser d’investir dans les énergies fossiles.
En chiffres 38'000 milliards de dollars
Les dommages liés aux événements climatiques extrêmes (source: WWF Suisse).
21,6 milliards de francs par an
Les coûts de la pollution de l’air en Suisse pour le secteur des transports (source: Office fédéral du développement territorial).
9 milliards d’euros
Les pertes annuelles dans l’Union européenne en raison des sécheresses, pour les secteurs de l’agriculture, de l’énergie et de l’approvisionnement public en eau (source: Commission européenne sur l’action pour le climat).
26 milliards de francs
La facture de la dépollution, qui dépend de la nature et de l’étendue de la contamination des sols suisses (source: enquête publiée en janvier 2025 par SRF Investigativ et Kassensturz).





