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© Cerise Sudry-Le Dû
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Après la messe au monastère Saint-Volodymyr-le-Grand, à Kherson, beaucoup restent pour partager une soupe de tomates et de pommes de terre. Tous ne sont pas paroissiens, ni même croyants.
© Cerise Sudry-Le Dû

A Kherson, les Eglises réinventent leur mission

 
3 min de lecture
Traque
Dans la ville ukrainienne, les lieux de culte ne sont plus seulement des espaces de prière. Gréco-catholiques, orthodoxes et protestants y organisent l’aide humanitaire.

A la périphérie de Kherson, tristement célèbre pour les «safaris humains» – drones russes pourchassant des civils –, le monastère Saint-Volodymyr-le-Grand, tenu par des moines basiliens de l’Église gréco-catholique, fait figure d’exception. Alors que des filets antidrones sont peu à peu installés au-dessus des rues de la ville, ses dômes et son vaste jardin restent encore à découvert.

Comme chaque dimanche, l’église accueille une messe. Une soixantaine de personnes ont fait le déplacement. À la sortie, Tetyana, robe fleurie pour l’occasion, raconte: «Je ne suis jamais partie de la ville. Il y a deux semaines encore, j’ai dû courir me mettre à l’abri, car j’entendais un drone au-dessus de moi. Un autre jour, une explosion a fait trembler l’église pendant l’office. J’ai eu peur, bien sûr, mais je n’ai jamais songé à fuir.»

Après la messe, personne ne semble pressé de rentrer. Beaucoup restent pour partager une soupe de tomates et de pommes de terre sous les arbres. Tous ne sont pas paroissiens, ni même croyants. Car depuis plus de quatre ans de guerre à grande échelle, les différentes Églises de la ville ont élargi leur mission. Alors que des civils sont tués chaque semaine, elles assument aussi une grande part de la distribution d’aide alimentaire, de médicaments et assurent le lien social.

A la recherche d’un réconfort
Le père Augustyn revient justement d’une tournée dans les villages alentour sur sa petite moto électrique. Avec la guerre, de nombreux prêtres sont partis et il est aujourd’hui l’un des trois seuls prêtres gréco-catholiques de la région. «J’ai entendu des confessions, rendu visite à des personnes âgées ou blessées qui ne peuvent pas se déplacer. J’ai aussi présidé à l’enterrement d’un de nos soldats, dit-il dans un soupir. À Kherson maintenant, l’aide humanitaire n’est pas le plus important. Les gens sont aussi à la recherche d’une écoute, d’un réconfort.»

La coopération des Églises n’allait pas de soi, car elles rassemblent des traditions liturgiques et des histoires différentes. À 4 kilomètres de là, dans le centre-ville, le pasteur Pavlo Smolyakov dirige l’Église baptiste Holhofa. Déjà avant 2022 et l’invasion à grande échelle, les paroisses de Kherson célébraient ensemble des fêtes d’action de grâce, organisaient des concerts et des événements communs. «La ville possédait une Bible House, un espace ouvert où des chrétiens de différentes Églises se retrouvaient, raconte-t-il.
La guerre n’a pas créé notre coopération, elle lui a donné de nouvelles raisons d’exister. Certaines Églises avaient des générateurs, d’autres de l’aide humanitaire, d’autres des ressources différentes.

Nous avons tout partagé: nous avons fait du pain, distribué de l’électricité pour recharger les téléphones…» Dès le deuxième jour de l’invasion, sa communauté avait recueilli une soixantaine d’enfants de l’orphelinat local, aidée par les autres paroisses sur le plan des couches et du lait, jusqu’à ce que les soldats russes les retrouvent. «Certains ont été transférés vers la Crimée, d’autres adoptés; la plupart restent introuvables», confie-t-il.

Au sous-sol de son église, une petite scène et quelques bancs accueillent le culte quand les alertes sont trop dangereuses.
Le lieu sert aussi à des associations: «Il y a des événements administratifs, la troupe de théâtre locale y organise des spectacles…»
Tous insistent sur un point: leur mission n’est pas de combattre, mais de protéger les vivants, d’accompagner les endeuillés et de maintenir la communauté debout. «Je ne suis pas venu pour choisir entre rester ou partir, mais pour servir les gens, dit le père Augustyn. Tant qu’il y aura des personnes qui auront besoin de moi, je resterai.»