
Au chevet des patients musulmans
Soins palliatifs, néonatologie, maternité, pédiatrie, soins intensifs, urgences, etc. Dia Khadam répond aux besoins des patients musulmans hospitalisés dans les différents services des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). «Je peux être appelée à tout moment, même la nuit.» À 60 ans, cette mère de neuf enfants est disponible 24h sur 24, sept jours sur sept. Une manière pour elle de rendre à la Suisse ce que le pays lui a donné en l’accueillant il y a plus de quarante ans.
En 1981, alors âgée de 15 ans, elle a fui la Syrie avec son mari pour s’installer à Genève. Depuis, l’accompagnante spirituelle a accumulé une riche expérience qui lui permet de soutenir les patients, mais également leur entourage. Loin du pays d’origine, les familles se retrouvent souvent isolées et démunies face à la maladie ou au deuil. Dia Khadam répond aux demandes pratiques liées aussi bien aux questions de pudeur, d’alimentation, de prière, qu’à la fin de vie. Elle intervient encore comme médiatrice en cas de conflit.
Dans son métier, «l’écoute active, l’humilité, le respect des cultures sont importants», souligne-t-elle. La souplesse aussi: elle accompagne des personnes issues de plus de 60 nationalités, provenant du Moyen-Orient à l’Asie, en passant par le Maghreb ou l’Afrique, adaptant son approche à chaque contexte. Pour elle, «c’est un enrichissement».
Son travail a beaucoup évolué depuis ses débuts à l’hôpital. Lorsque le responsable de l’aumônerie musulmane, Omar Seck, vient la chercher en 2006, elle se charge depuis dix ans déjà des toilettes mortuaires et de l’accompagnement des familles endeuillées à la Grande Mosquée de Genève. À l’époque, l’association de l’aumônerie musulmane de Genève vient de signer un partenariat avec les HUG. Dia Khadam se forme d’abord en suivant son collègue dans ses visites. «Je marchais sur la pointe des pieds.»
Elle apprend la relation d’aide pour s’occuper des vivants. Au fil des ans, elle cumule les formations en écoute active, médiation interculturelle, questions inter-religieuses, conseil conjugal et obtient deux CAS universitaires, à Genève et à Fribourg. En parallèle, elle suit des cours de théologie avec des imams à Damas et à Genève et consulte son référent religieux sur les points délicats. Sans compter les échanges avec ses collègues chrétiens de l’aumônerie oecuménique des HUG.
Des rituels bienfaisants
Au sein des HUG, Dia Khadam est connue pour sa présence attentive et ses rituels profonds et bienfaisants: lavage symbolique, linceul, prière. Au besoin, elle accompagne les parents d’un bébé mort-né jusqu’au cimetière. Des gestes qui consolent et aident les parents à faire le deuil. Elle collabore aussi avec les équipes médicales: elle forme et explique aux soignants nombre de pratiques religieuses, permettant ainsi de créer des ponts entre la culture médicale occidentale et les cultures musulmanes.
Dia Khadam a contribué à l’introduction de repas halal à l’hôpital afin que «les patients puissent manger sereinement». Avec ses deux collègues, elle intervient sur six sites des HUG, mais également à domicile, dans les EMS et parfois jusqu’à Lausanne. Un nouveau métier – l’aumônier n’existe pas dans les pays musulmans – qui s’est développé peu à peu, grâce à l’expérience gagnée sur le terrain et qu’elle partage en donnant des formations aux soignants du CHUV.
Malgré leurs compétences professionnelles et leur engagement à 50 % environ, tous trois ne sont pas rémunérés. Une professionnalisation serait la bienvenue, souligne l’accompagnatrice spirituelle. «Ce serait une reconnaissance.» Et une manière d’assurer la relève.



