
La Société biblique suisse lutte pour sa survie
La Société biblique suisse, à Bienne, est en sursis. L’année passée, elle a puisé une somme de 250 000 francs dans son fonds de réserve pour pouvoir couvrir ses dépenses. « Forcément, si on puise dedans sans l’alimenter, il diminue », lâche Raphael Grunder, chargé de communication. Au rythme actuel, le fonds sera épuisé dans deux ans.
La situation ne date pas d’hier. « Cela fait au moins huit ans que nos dépenses sont supérieures à nos revenus, explique Raphael Grunder. C’est-à-dire que la tendance s’est amorcée il y a bien longtemps. » Pour commencer, les locaux sont trop grands et trop chers, et la vente de livres ne génère pas de gains. « Ce n’est pas le but de faire du profit, mais si nous ne gagnons pas suffisamment, cela pose un problème évident. »
Il n’y a pas de petites économies
Pour se sortir de cette situation, la Société biblique fait preuve de créativité. « Nous avons commencé à prendre des mesures en identifiant les postes sur lesquels nous pouvons économiser », poursuit Raphael Grunder. Plusieurs mesures ont été mises en place : « Au niveau des coûts de personnel tout d’abord, nous n’avons pas renouvelé le poste à 100 % de notre vendeur de livres après son départ à la retraite. Nous avons aussi réduit le poste du directeur à 80 % et nous n’avons pas renouvelé le poste de 20 % de notre théologien. À présent, nous allons réduire un peu l’ampleur de notre secteur livres. »
Pour ce qui est des locaux, dont le loyer revient à quelque 60'000,00 francs par année, un déménagement est envisagé. « Comme le contrat court jusqu’au mois de juillet 2027, il faudra trouver quelqu'un qui reprenne notre contrat ou qui accepte une sous-location, pour que nous ne soyons pas obligés de payer deux loyers. »
La mesure la plus importante concerne la librairie. Il a été décidé d’amortir les livres qui ne pouvaient plus se vendre et qui figuraient depuis longtemps comme valeur au bilan. Leur coût a donc été étalé sur leur durée estimée d'utilisation. Ainsi, les stocks de marchandises sont passés de 190’500 francs en 2024 à 86’000,00 francs en 2025.
« Par ailleurs, ajoute Raphael Grunder, nous avons pris plus de responsabilités au niveau du layout de la lettre d’accompagnement de notre magazine « La Bible d'aujourd'hui » et nous avons trouvé un moyen de l’imprimer à meilleur compte. » Des économies supplémentaires pourraient être réalisées en supprimant certaines licences informatiques et en effectuant les tâches comptables en interne. « Si nous arrivons à trouver des locaux moins chers, avec toutes les autres mesures que nous avons prises, nous devrions retrouver l'équilibre budgétaire dès 2027 », affirme Raphael Grunder.
D’autres sociétés bibliques touchées
La Société biblique suisse, qui ne compte que quatre collaborateurs alors que d’autres Sociétés en emploient, dans certains cas, plusieurs dizaines, n’est pas un cas isolé. La Société biblique de Suède, jadis très importante, est également en difficulté.
De façon générale, la situation des sociétés bibliques varie considérablement d'un pays à l'autre. Dans les pays où il n'existe pas encore de traduction de la Bible, les sociétés bibliques sont très sollicitées et se développent, car elles touchent un public de plus en plus large. Dans les pays en proie à des crises politiques, comme l'Ukraine, le Soudan ou le Liban, il y a une pression financière qui résulte principalement de la guerre.
En Autriche, la Société biblique se finance notamment grâce aux bibles scolaires utilisées pour l’enseignement religieux. La Société biblique allemande subvient à ses besoins grâce à ses publications scientifiques, ainsi qu’à ses propres traductions. « Le problème particulier de la Suisse est qu’elle dépend de l’Allemagne et de la France pour les traductions des Saintes Écritures et qu’une Bible suisse n’a jamais eu de sens », analayse Raphaël Grunder.
Portrait de la Société biblique suisse
La Société biblique suisse est une association interconfessionnelle basée à Bienne, membre de l'Alliance biblique universelle (ALU). Elle propose une sélection de Bibles et s’implique dans des projets caritatifs visant à soutenir la traduction, l’impression et la distribution de bibles à l'international. Cela inclut également des programmes d’alphabétisation. De plus, la Société biblique suisse organise des événements (par exemple, des expositions et des programmes pour encourager la lecture de la Bible). En Suisse, elle distribue gratuitement des bibles aux aumôneries et aux personnes dans le besoin. Son travail est effectué en collaboration avec d’autres Sociétés sœurs à l’étranger et coordonné par l’ABU.
Un peu d’histoire
Au début du 19e siècle, les bibles sont rares et coûteuses ; la possession d’un exemplaire est réservée à une élite instruite. Mary Jones, une adolescente britannique qui a appris à lire à l’école du dimanche, rêve d’en avoir une. Elle économise pendant six ans avant de parcourir à pied une quarantaine de kilomètres pour acheter une Bible en ville. Touché par son histoire, le pasteur de la localité prend conscience qu’il existe une demande en bibles au sein des classes défavorisées et sensibilise un réseau de personnes à la question, créant ainsi la première Société biblique. Nous sommes en 1804. L’idée se répand rapidement et des sociétés bibliques locales voient le jour dans de nombreux pays. Les sociétés bibliques nationales sont plus tardives ; elles apparaissent pour la plupart après 1946.



