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© Alain Grosclaude
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© Alain Grosclaude

Joëlle Walther «J’aime faire découvrir des choses aux gens»

 
1 min de lecture
Curiosité
Joëlle Walther s’engage pour un tourisme à visage humain, avec la découverte du patrimoine chrétien romand en petits groupes.

Si elle peut facilement raconter comment elle s’est retrouvée dans l’association Églises+Tourisme Suisse, il lui est beaucoup plus difficile de dire ce qui a fait naître chez elle la passion du monument. Peut-être cela vient-il de ses parents, qui aimaient sillonner la Suisse pour lui faire découvrir le patrimoine culturel du pays? Ou alors de son séjour en tant que jeune fille au pair à Rome, après sa maturité? «J’ai une passion pour cette ville», dit-elle avec des étincelles dans les yeux.

Joëlle Walther a visité tant de monuments religieux qu’elle a besoin de réfléchir un long moment avant de pouvoir dire celui qui lui a laissé le plus beau souvenir: la chapelle Saint-Sylvestre, à Rome, justement. «Déjà, l’entrée est très particulière. Il faut sonner avec une clochette pour demander la clé au couvent où les soeurs s’occupent de personnes sourdes. C’est une chapelle romane, avec des peintures dans les tons ocre qui racontent l’histoire de saint Sylvestre. C’est très parlant. J’avais 19 ans. Depuis, je suis retournée un nombre incalculable de fois à Rome.»

Des concours de circonstance
Elle garde aussi un souvenir impérissable d’un voyage en Syrie effectué en 2010. L’accessibilité des lieux chrétiens en terre musulmane l’a beaucoup touchée. «C’était à Pâques. Il y avait des cortèges avec des milliers de gens», se souvient-elle. Un autre monument l’a aussi beaucoup émue en Syrie: Mar Moussa. «Un couvent où musulmans et chrétiens vivent ensemble. C’est un lieu un peu isolé dans la montagne, où les gens essaient de se comprendre. Il fait également office de lieu d’accueil pour des jeunes, un peu dans le genre Taizé, mais en plus modeste. Certains restent des mois, voire des années; d’autres arrivent le matin et repartent le soir.»

Son envie de créer un pont entre le religieux et le tourisme était connue de tous avant même qu’elle ne devienne responsable de l’Antenne romande de l’association Églises+Tourisme Suisse. Elle siégeait alors au Conseil du Consistoire de l’Église protestante de
Genève (EPG). Elle avait annoncé son intention de se lancer dans le tourisme religieux après sa retraite. Plusieurs concours de circonstances vont permettre à ce rêve de devenir réalité.

Tout d’abord, elle est nommée déléguée de l’EPG à la commission du tourisme de l’ancienne Fédération des Églises protestantes de Suisse (aujourd’hui Église évangélique réformée de Suisse). De fil en aiguille, elle devient la représentante romande de cette commission. Celle-ci sera finalement dissoute, ainsi que son homologue au sein de la Conférence des évêques suisses, ce qui donnera naissance à l’association Églises+Tourisme Suisse, avec Joëlle Walther comme cofondatrice.

A peu près à la même époque, la présidente du Conseil de la paroisse suisse alémanique de l’EPG la contacte pour lui parler d’un projet d’église ouverte au temple de la Madeleine. Elle saute sur l’occasion et participe à la création de l’Espace Madeleine en tant que responsable de l’Antenne genevoise d’Églises+Tourisme Suisse, qui deviendra plus tard romande.

Un tourisme à taille humaine
D’emblée, Églises+Tourisme Suisse ne se limite pas au patrimoine protestant. «Ce qui m’intéresse, c’est une approche interconfessionnelle», souligne Joëlle Walther. Dès le début également, elle choisit de collaborer avec des guides ou des historiens pour les visites. Des journéesdécouvertes sont organisées une fois par année par l’Antenne romande et groupées sur deux jours, ou deux fois deux jours. Exemples de lieux visités: la cathédrale et la basilique Notre-Dame à Genève, la cathédrale de Lausanne, l’église Saint-
Maurice à Pully et les temples du Mandement genevois. Un pique-nique en commun est organisé sur le coup de midi, au cours duquel les participants ont le loisir de discuter et de partager leurs impressions. «J’aime bien l’ambiance. Il y a beaucoup d’engouement au sein de ces groupes», se félicite Joëlle Walther. 

Le profit ne l’intéresse pas, pas plus que l’augmentation de la fréquentation: avec un tarif de 20 à 30 francs par journée et une moyenne de 12 à 15 personnes à chaque rencontre, elle s’estime pleinement satisfaite. Il lui tient à coeur d’accueillir tous les participants avec bienveillance et cela suppose de rester dans des dimensions raisonnables. «Ce qui me réjouit, c’est de faire découvrir aux gens des monuments et des histoires qu’ils croient parfois connaître, et de leur montrer qu’il suffit d’ouvrir une porte, au sens littéral du terme, pour se rendre compte que l’on peut encore apprendre des choses.»

Des projets à la pelle
En ce moment, Joëlle Walther poursuit trois projets. Tout d’abord, l’EPG l’a sollicitée pour animer deux groupes de travail: le premier doit mettre sur pied une visite touristique audio ou audiovisuelle de la cathédrale Saint-Pierre. Elle anime également un groupe de réflexion autour de l’Auditoire de Calvin. «Nous essayons par exemple de voir s’il est possible de concevoir une discussion virtuelle entre John Knox et Théodore de Bèze.» Le troisième projet concerne l’ouverture des temples. «Cela me tient à coeur. J’ai toujours trouvé que les temples n’étaient pas assez ouverts. Il doit y avoir un moyen de les rendre accessibles grâce à une boîte à clés informatique, qui permettrait aux paroisses de garder le contrôle en leur assurant une traçabilité des visites.»

Quelques dates 
1958 Naissance à Genève. 
1977–1978 Premier séjour de six mois à Rome. 
1987 Diplôme en sciences de l’information et master en lettres (histoire). 
2004–2006 Formation continue en théologie. 2014–2021 Coprésidente, puis présidente de l’Assemblée du Consistoire de l’EPG. 
2020 Constitution de l’association Églises+Tourisme Suisse (ETCH). 
2021 Ouverture de l’Espace Madeleine et de l’Antenne genevoise ETCH.