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©Collection des Biviades
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©Collection des Biviades

Pour que plus rien ne cloche à Bevaix

Jacques Laurent, président de la paroisse de Joran
20 mars 2026
Restauration
Fin 2024, les quatre cloches du temple ne sonnaient plus… En fait, elles étaient toujours dans le clocher, mais déposées en vue d’un lifting de leurs robes. Et leur mécanisme bénéficiait, lui, d’une révision.

L’une pèse 880 kilos; l’autre, 540; la troisième, 450; et la dernière, 250… Les deux premières ont 225 ans; les deux autres, 81. À ces âges, une remise à neuf n’était pas du luxe… Le travail a été confié à l’entreprise lucernoise Muff Kirchturmtechnik AG par la commune de La Grande Béroche, dont fait partie la localité de Bevaix. Muff, comme l’indique son slogan, «Der Klang zur rechten Zeit» – ce qui peut se traduire par «le bon son, au bon moment» –, est une des entreprises qui bichonnent les cloches de nos temples. Parce qu’au fil du temps, «l’impact des battants met à mal le métal des cloches», provoquant un «vieillissement prématuré» de celles-ci, déplorait une expertise du Conseil communal pour expliquer le crédit de 65 000 francs à faire accepter au Conseil général.

Eviter la «terrible colère» de Dieu
Le temple a été bâti dès 1605 avec les pierres, sculptées ou non, de l’église du prieuré de Bevaix, fondé par le noble Rodolphe puis offert, en 998, à Odilon, abbé du couvent de Cluny. La région appartient alors au royaume indépendant de Bourgogne et, comme l’évoque l’acte de fondation de ce monastère «situé au bord du lac d’Yverdon», Rodolphe III, «par l’accomplissement de bonnes oeuvres», veut s’éviter la «terrible colère» de Dieu.

Quelques siècles plus tard, il y a exactement six cent ans, les moines possédaient encore le choeur de l’église, alors que les Bevaisans devaient se contenter de la nef, un mur séparant les deux parties. Pour le clocher, les choses sont moins claires… et on dut s’en remettre à l’arbitrage du seigneur de Gorgier-Vaumarcus pour savoir qui devait l’entretenir. Le verdict tombe: ce sera aux Bevaisans de payer! Jusqu’au début du XVIIe siècle, la propriété de ce clocher sera l’objet de litiges, les paroissiens, pauvres, n’exécutant qu’un minimum de réparations. L’édifice est bien trop loin du village, d’un accès décourageant lorsqu’il s’agit d’aller à la messe par gros temps.

Le Conseil d’État finit par permettre à la communauté, qui deviendra protestante quelques décennies plus tard, de construire leur temple au centre du village. Il est alors érigé avec les pierres du prieuré, dont les rares moines encore en place pensent à faire bombance plutôt qu’à prier. Le magnifique porche roman en calcaire d’Hauterive mais aussi l’agneau placé au centre du plafond du choeur rappellent ce matériel de récupération.

Un point de repère et d’identification
La paroisse du Joran regroupe les villages de La Béroche et de Bevaix. Le temple de Bevaix est le seul édifice religieux appartenant à la commune de La Grande Béroche, tenue d’en assurer l’entretien, selon le concordat passé entre les Églises reconnues et les communes neuchâteloises en 1943. Deux ans plus tard, les cloches qui viennent d’être restaurées étaient installées dans le clocher. Pour les amener (péniblement) à bon port, le char de la menuiserie Borioli a été emprunté. Le temple est aujourd’hui encore «un point de repère et d’identification du village» et ses cloches «résonnent toujours pour nous rappeler notre histoire», a précisé le Conseil communal au moment de présenter le budget des travaux. Désormais, elles font de nouveau «klang» toutes les demi-heures, au bon moment…