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L’espérance agressée

Don
L’espérance est suscitée par l’Esprit saint. Elle est mise à mal par nos espoirs déçus, nos critiques acerbes, nos raisonnements désabusés. Elle se nourrit des promesses de Dieu et s’enracine dans la résurrection qui permet de goûter à la Vie nouvelle.

Gérard Pella, Pasteur EERV à la retraite, attaché à créer des liens entre spiritualité et théologie

 

«L’espoir, c’est moi qui le porte, tandis que l’espérance, c’est elle qui me porte», résume le pasteur Gérard Pella, qui se réjouit que le français, contrairement à d’autres langues, différencie les deux mots. «L’espoir, c’est quelque chose que je formule, un souhait qui part de moi», précise-t-il. Alors que l’espérance «est un élan qui vient de plus profond que moi. Il me semble vraiment qu’elle est suscitée par le Saint-Esprit. D’ailleurs, Paul écrit: ‹ Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de joie et de paix pour que vous débordiez d’espérance par la puissance du Saint-Esprit.» (Romains 15, 13)

Un don mis à mal
Dans un texte de 1912, l’auteur français Charles Péguy parle de l’espérance comme d’une «petite fille étonnante». Gérard Pella s’en est inspiré pour une prédication (www.re.fo/vive). «Je vois plutôt l’espérance comme une jeune femme agressée par les raisonnements désabusés et le découragement quand on constate que rien ne change. Elle est aussi agressée par les critiques acerbes qui la traitent de fuite en avant ou d’opium du peuple. Elle est surtout malmenée par nos espoirs déçus: toutes ces guérisons que l’on n’a pas vues, tous ces changements que l’on avait espérés.» Et malgré toutes ces agressions, Gérard Pella garde la foi en la vitalité de l’espérance comme don de l’Esprit. «J’ai beaucoup aimé le livre de Jacques Ellul L’Espérance oubliée. Pour lui, l’espérance relève pour ainsi dire de l’impossibilité. C’est justement quand tout est impossible que l’espérance peut jaillir de nouveau.»

La résurrection comme base
«Pour moi, pour ma tradition théologique, ce qui vient nourrir et réconforter l’espérance, c’est avant tout la résurrection de Jésus», affirme Gérard Pella. «L’action de Dieu n’enlève pas la souffrance ou la mort, mais permet de traverser ces épreuves. Jésus lui-même a traversé ces épreuves et, par sa résurrection, il donne accès à une Vie nouvelle, Il inaugure une nouvelle Création.» A la fin de ses études, Gérard Pella a travaillé sur les écrits de Wolfhart Pannenberg (1928-2014). Le théologien allemand présente la résurrection comme «proleptique.» «C’est-à-dire qu’elle est un avant-goût de tout ce qui était attendu par le peuple juif pour la fin des temps.»L’espérance se nourrit aussi de toutes les promesses qu’il y a dans la Bible.

«L’espérance ne va pas de soi. C’est un acte de confiance dans une parole qui nous vient de plus loin. Et le Saint-Esprit vient en attester la vérité à notre esprit.» Comme le dit Jacques Ellul: «L’espérance est d’abord cet acte absurde de faire confiance à ceux qui nous ont dit ce qu’était la parole de Dieu qu’ils avaient reçue.» Et parmi ces promesses, «comme fils et petit-fils de maçon, j’aime beaucoup la métaphore que Jésus formule pour parler de notre avenir comme d’une maison: il va préparer une place pour nous dans la maison de Son Père». (Jean 14)

La venue glorieuse du Christ
Avec le Nouveau Testament, il croit à la venue glorieuse du Christ et à la promesse de nouveaux Cieux et d’une nouvelle Terre où la justice habitera enfin. L’espérance chrétienne permet en effet d’espérer non seulement pour nous, mais pour le monde: une nouvelle Création! Elle nous conduit à espérer en Dieu, mais – plus encore – à espérer Dieu lui-même. Il vient!
 

Pour aller plus loin
Gérard Pella recommande:
• Sören Kierkegaard, Discours chrétiens, tome 2, Dans la lutte des souffrances, Delachaux et Niestlé, 1968.
• Jacques Ellul, L’Espérance oubliée, Table ronde, 2023; première publication en 1972.
• Nicholas Thomas Wright, Surpris par l’espérance, Excelsis, 2019; original (anglais) en 2007.
• Le poème «Un amour m’attend» ici