Aller au contenu principal
Les retraites spirituelles connaissent un succès grandissant.
i
Les retraites spirituelles connaissent un succès grandissant.
Les retraites spirituelles connaissent un succès grandissant.

Retraites en silence : quand le vide nous remplit

27 juillet 2026
 
5 min de lecture
Face au succès grandissant des retraites en silence, les offres se multiplient, qu’elles soient inscrites dans la tradition bouddhiste ou chrétienne. Mais que vit-on quand on se met à l’écart du bruit durant quelques jours ?

Pour Hélène*, c’est devenu une nécessité. Presque comme respirer, boire et manger. Depuis novembre 2025, elle prend au moins quelques jours chaque mois, parfois une semaine, pour se déconnecter et suivre une retraite en silence. « ça a changé ma vie, spirituellement et dans ma santé. Rien ne m’apaise tant. J’y trouve enfin un équilibre », témoigne-t-elle.

La journaliste romande, trentenaire, a tenté l’expérience « par hasard ». Ce sont ses mots. Son travail l’absorbait beaucoup, et elle sentait le besoin de lâcher prise. Une nécessité que des techniques de respiration ou la pratique de la danse contemporaine ne parvenaient pas à combler. Des amies lui ont alors parlé de retraites en silence dans la tradition Vipassana, une ancienne pratique de méditation bouddhiste. Elle essaie… et s’en trouve transformée : « Partie un peu anxieuse, j’en suis revenue alignée et calme. » Elle l’attribue au cadre paisible, assurément, mais aussi à la régularité des horaires à suivre : « Ce rythme imposé apaise mon cerveau, qui va trop vite d’ordinaire. »

Hélène le découvre : le silence, nul besoin de le remplir, comme on le fait dans le quotidien, en s’imposant par exemple des conversations – souvent futiles. « Ce vide du silence, en réalité, il est plein. Et il me remplit. » Il la fait accéder plus profondément à elle-même. « Le silence me fait dépasser les émotions passagères, les distractions, les colères ou les tensions, qui encombrent mes journées et qui me détournent de moi. ll me permet de ne pas me perdre dans des projections. »

Le silence, un labeur

Mais cet apprentissage, c’est un labeur, souvent astreignant, reconnaît-elle. Et au retour chez soi, il nécessite de l’exercice : elle prend ainsi quelques dizaines de minutes de méditation chaque jour. Et elle s’astreint à écouter les bruits que font les choses ordinaires : le froissement des tissus au moment de s’habiller ou le cliquetis des ustensiles à la cuisine. « C’est un délice : ça me ramène ici et maintenant. » Car la recherche de silence, ce n’est pas un enfermement ou une fuite, souligne-t-elle : « Au contraire, on découvre le monde. On abandonne les logiques de performance, si invasives, pour s’ouvrir à ce que le monde nous offre, gratuitement. Et on se reconnecte aux autres, aussi. »

Comme Hélène, de plus en plus de personnes sont attirées par cette pratique. On ne dispose pas de chiffres, mais les animateurs de retraites en silence l’observent : la démarche connaît un succès grandissant. Anne Michel est l’une de ces animatrices. Elle pratique la méditation bouddhiste depuis les années 1970, elle a commencé à l’enseigner il y a plus d’un quart de siècle et elle a créé – avec son association Mudita – un centre dans un lieu retiré des Alpes fribourgeoises, où des retraites sont données régulièrement depuis 2016. « Jadis, la spiritualité était un tabou, comme la sexualité. Cela appartenait à la sphère privée. Désormais ces pratiques se sont libéralisées », sourit-elle.

Un ancrage dans le corps

Mais que viennent chercher les personnes, toujours plus nombreuses, qui aspirent à quelques jours de silence ? « Elles cherchent à moins souffrir ! », lâche d’emblée Anne Michel. Et d’ajouter : « Nous leur proposons un cadre : un ancrage dans le corps et dans le moment présent, où elles peuvent se dégager de leur inquiétude existentielle, qui est la source de leurs souffrances et prend toute la place. » Au-delà du calme momentané que le silence peut offrir aux personnes, il leur fait découvrir leur humanité authentique, promet Anne Michel : « Elles passent de l’individuel à l’universel, c’est-à-dire des préoccupations momentanées qui les submergent à une présence plus profonde, à laquelle elles sont appelées. »

Cette présence constitue une expérience de transcendance. « C’est un potentiel de paix, inscrit dans la nature humaine. Mais il faut un véritable travail pour y accéder », détaille Anne Michel. Et selon elle, toutes les grandes spiritualités en tracent un chemin : « Au-delà du monde tel que nous le percevons, il y a une paix possible. C’est ce que la foi biblique traduit, à sa manière, en affirmant que ‘Christ est présent en moi’. »

Approfondir des questions existentielles

D’ailleurs si beaucoup de retraites en silence s’ancrent dans les philosophies orientales, le phénomène touche également le monde chrétien. Les monastères catholiques accueillent ainsi un public de plus en plus varié. Le changement s’est produit après « la pause du covid », observe frère Marie, longtemps responsable de l’hôtellerie à l’abbaye cistercienne de Lérins (dans les Alpes-Maritimes) : la proportion d’hommes demandant de passer quelques jours dans son monastère a considérablement augmenté. De même que le nombre de jeunes professionnels. « Au-delà des fidèles d’Eglise, ce sont désormais majoritairement des personnes cherchant à approfondir des questions existentielles, sur leur place dans le monde ou le sens de leur travail. Des questionnements symptomatiques d’une société en crise de sens », commente le religieux français. 

Francesco* est un de ces retraitants. Protestant, il a quasiment renoncé à se rendre au culte du dimanche dans sa paroisse, au profit de retraites régulières dans des monastères. Et cela depuis plus de trois décennies. Ce fonctionnaire vaudois se retire ainsi quelques jours chaque année, seul, dans une abbaye bourguignonne. Il participe également de manière régulière à des retraites en groupes, dans le centre réformé de Crêt-Bérard ou dans un monastère orthodoxe. « Dans le silence, tout se simplifie », observe-t-il.

« On n’est pas seul avec soi-même »

Il reconnaît toutefois qu’il n’est pas toujours facile d’apprivoiser le silence, « parce que beaucoup de pensées font irruption… Mais à un certain moment, les pièces du mobile reprennent leur juste place : les préoccupations professionnelles se relativisent, et les questions du sens de la vie ou des relations retrouvent la centralité qui leur revient. »

Mais pour lui, le silence, ce n’est pas qu’une absence de paroles, de bruits ou de pensées, qu’on vivrait seul avec soi-même : « Dans certains moments, il se passe quelque chose. Une présence finit par se manifester. » Cette présence, que le croyant discerne comme celle de Dieu, il dit en avoir parfois « la perception très claire, et très belle… Mais ce n’est pas moi qui la crée : il s’agit toujours de la recevoir ! »

Cette présence, dans le silence, on peine à la verbaliser, souligne Francesco : elle « se manifeste par du vide ». Mais elle donne le clair « sentiment d’un vide qui est plein ».

 

* Prénom d’emprunt.

Plus d'épisodes "Les voix du silence"

Les retraites spirituelles connaissent un succès grandissant.
Protestinfo
27 juillet 2026
© Communauté de Grandchamp
Protestinfo
20 juillet 2026
David Le Breton © DR
Protestinfo
13 juillet 2026