
Comment les jeunes croient aujourd'hui
Loin de l’idée d’une génération indifférente au religieux, une enquête lancée en 2024 par l’Institut de sociologie pastorale (SPI) romand met en lumière une vitalité spirituelle inattendue. Les 500 jeunes adultes romands interrogés – âgés de 16 à 30 ans et largement issus de réseaux proches de l’Eglise catholique – affirment dans leur majorité « croire en quelque chose », mais selon des modalités nouvelles : plus intimes, plus choisies, souvent détachées d’une appartenance institutionnelle stricte.
Près de 70% des répondants déclarent « vraiment croire » en Dieu. Par ailleurs, parmi les jeunes adultes qui indiquent ne pas avoir d’affiliation religieuse, 22% affirment néanmoins croire en Dieu ou en une entité supérieure. Ce rapport revisité n’exprime pas un rejet, souligne la sociologue Isabelle Jonveaux, qui a dirigé cette recherche alors qu’elle était encore directrice du SPI, mais une personnalisation de la foi, façonnée par l’expérience – prière, nature, quête de sens – plus que par la doctrine. « Aujourd’hui, chacun construit sa propre relation au divin », résume la chercheuse. Pour beaucoup, la foi devient un appui discret dans les moments de fragilité, un espace intérieur où l’on peut déposer ses peurs et ses questions.
Difficile d'être jeune et chrétienne
Un des résultats les plus surprenants concerne la pratique: les jeunes hommes fréquentent davantage la messe et les lieux de culte que les jeunes femmes, renversant un siècle de tendances sociologiques. Pour Isabelle Jonveaux, ce phénomène s’explique à la fois par le malaise de certaines jeunes femmes face au sexisme persistant dans certains milieux traditionnels et par l’influence de courants valorisant une spiritualité virile, centrée sur la figure du combat spirituel. A l’inverse, plusieurs jeunes femmes disent ne plus se reconnaître dans des discours qui figent les rôles de genre ou taisent certaines thématiques comme l’égalité, la sexualité ou les violences.
L’étude met aussi en lumière un contraste géographique marqué. En milieu rural, la déchristianisation culturelle a fragilisé la transmission: beaucoup de jeunes connaissent mal les références bibliques et vivent leur spiritualité seuls, sans communauté ni langage partagé.
En ville, on observe au contraire un renouveau nourri par une offre plus diversifiée: groupes de prière, liturgies soignées, temps de silence, accompagnement spirituel. Là, les jeunes cherchent des lieux où ils peuvent poser leurs questions sans être jugés, expérimenter, parfois revenir après un détour par d’autres formes de spiritualité.
Plutôt critique envers les institutions, mais loin d’y être hostiles, ces jeunes adultes expriment des attentes fortes: écoute, accueil des parcours atypiques, cohérence entre discours et pratiques. Ils invitent l’Eglise à passer d’un modèle de transmission verticale, centré sur la catéchèse et le « il faut », à un modèle de rencontre qui part de leurs expériences. La transmission familiale, lorsqu’elle existe, garde un rôle clé, mais elle ne suffit plus : beaucoup arrivent en paroisse avec peu de connaissances, mais une soif réelle de sens.
Pour Isabelle Jonveaux, ces résultats appellent surtout à mieux entendre une génération pour qui la foi reste un repère profond, mais qui cherche des lieux où être accueillie sans jugement. « C’est difficile d’être chrétienne et jeune aujourd’hui », confie l’une des jeunes femmes.
La recherche
Installé à Lausanne depuis septembre 2023, le SPI romand a entamé sa mission par une série de rencontres avec les acteurs romans de l’Eglise catholique. Ces échanges ont mis en lumière une préoccupation centrale: la difficulté à rejoindre les jeunes adultes. Appelée à assumer prochainement des responsabilités et à fonder des familles, cette génération joue un rôle déterminant dans le renouvellement de la communauté ecclésiale. Le SPI a ainsi choisi de consacrer sa première recherche à une enquête sur le rapport des jeunes adultes à la spiritualité.
Le rapport de l’enquête est disponible sur www.re.fo/raspi. 500 réponses au questionnaire ; jeunes de 16-30 ans (âge moyen: 22 ans); 58% de femmes, 40 % d’hommes ; contexte religieux : 84 % de catholiques, 7 % de protestants, 0,5 % d’orthodoxes, 0,4 % de musulmans, 7,5% sans appartenance.

