
« Le défi autour de la lecture est d’ordre relationnel »
Editeurs et statisticiens l’affirment: depuis l’arrivée des écrans dans nos vies, notre temps consacré à la lecture d’ouvrages imprimés diminue. Et les ventes de livres s’en ressentent. «Nous constatons une baisse de 5 % de nos ventes sur le marché européen. C’est significatif, mais cela s’explique aussi par les coûts de fabrication qui ont augmenté, et une légère hausse de ventes du numérique, bien que le papier reste largement prédominant», explique Sara Landes, directrice éditoriale des éditions Bibli’O à Paris.
Mais comme pour les autres intervenants conviés par le Cidoc le 10 septembre (voir encadré), pas de phénomène catastrophiste pour cette experte du livre chrétien. Sara Landes y voit plutôt des transformations profondes à l’oeuvre: «Plusieurs librairies ont, par exemple, créé des clubs de lecture. Le défi autour du livre est d’ordre relationnel.» Un besoin de faire communauté autour des ouvrages qui n’a pas échappé à Nicole Awais, responsable de la formation pour l’Église réformée fribourgeoise. «Lire était une activité solitaire.
Désormais, j’observe les ados échanger autour de certaines oeuvres. Souvent, c’est par WhatsApp, au sein de groupes nés lors de rencontres protestantes comme BREF ou Le Grand Kiff!»
Micro-communautés
Et les paroisses ne sont pas en reste. «Nous avons développé de petites communautés de lecture de la Bible, pour des adultes et pour des jeunes. C’est un environnement relationnel où l’on prie, on lit la Bible, on échange… Lire seul chez soi n’est pas évident, on peut vite être happé par les écrans... Certaines personnes nous disent aussi avoir peur de se lancer dans un ouvrage aussi gigantesque, qu’elles ne comprennent pas toujours… Grâce à ces micro-communautés, elles viennent régulièrement», explique Matthias
Rambaud, agent pastoral pour l’Église catholique sur les paroisses de Lausanne-Nord.
Attention, il ne s’agit pas ici des traditionnels groupes de lecture biblique, connus des habitués de la vie ecclésiale! «Nous avons beaucoup de ‹ recommençants ›, qui n’ont pas grandi dans une culture catholique et découvrent la foi par le biais des réseaux sociaux ou d’influenceurs.» Pour ces personnes, il pourrait y avoir quelque chose de désincarné à vivre ainsi toute sa vie spirituelle hors de la communauté, de l’Église. «Ils ou elles se tournent vers nous souvent pour approfondir et faire communauté dans la vie réelle», complète Matthias Rambaud. Un besoin d’échange que les éditeurs suivent de près. À Saint-Maurice, les éditions Saint-Augustin ont d’ailleurs lancé l’année dernière un réseau social!
OEcuménisme pionnier
Où emprunter le DVD d’un film récompensé par le jury oecuménique de Cannes, trouver un jeu pour raconter la Bible aux enfants ou encore la dernière édition de Témoignage chrétien? Le Cidoc, situé au boulevard de Grancy, à Lausanne, regorge de trésors. Né en 2000 de la fusion d’une entité protestante et d’une autre catholique, c’est un projet oecuménique pionnier. Dirigé par une fondation, soutenu par l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) et la Fédération ecclésiastique catholique romaine du canton de Vaud (Fedec-VD), il est autonome et emploie quatre personnes.
Pour ses 25+1 ans, il propose une soirée autour de la foi à l’ère numérique le jeudi 10 septembre, dès 17h, au Cazard (Lausanne). Une soirée intitulée «La foi à l’ère du numérique: le livre a-t-il encore un avenir?». Info: www.cidoc.ch





