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© Daniel Mueller
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© Daniel Mueller

Anne Durrer, l'art de relier les Eglises

 
1 min de lecture
Tissage
Docteure en pharmacie devenue artisane de l’oecuménisme, la secrétaire générale de la Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse tire sa révérence après neuf ans. Portrait d’une bâtisseuse de ponts.

Ces jours-ci, Anne Durrer est «là et pas là». Présente encore, mais déjà ailleurs. Dans le jardin de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), à Berne, elle sourit de cet entre-deux. Le 30 septembre, elle quittera la CTEC-CH. Depuis 2017, elle y a occupé ce poste à 50 %. Un «tout petit poste», dit-elle. Mais il suffit de l’écouter pour comprendre que ce mi-temps a contenu bien davantage que des convocations à des séances, des listes de membres et des procès-verbaux.

Son travail a abrité des cafés servis avant les réunions, des célébrations préparées à plusieurs, des traductions de textes, des Églises à convaincre, des liens à renouer chaque fois qu’un visage changeait. Son métier, au fond, aura été de relier. Non pas en surplomb, mais par la fréquentation patiente des personnes. «Aller voir les membres, rencontrer les plateformes oecuméniques cantonales, chercher les synergies, savoir ce que les uns font et ce que les autres ignorent encore.Dans l’oecuménisme, la relation est très importante», explique-t-elle.

Une voix commune sans uniformité
Une image résume ses années: le Forum chrétien. Elle le découvre en 2018 lors d’une rencontre francophone portée par les Églises de France, avec la Belgique et la Suisse. Elle y va par curiosité, avec peu d’attentes. Elle en revient saisie «comme par un virus». Le principe est simple et exigeant: réunir les grandes familles chrétiennes et se demander qui manque encore à la table.Cette question est devenue sa devise.

Elle y entend la table du Seigneur, mais aussi celle du repas ordinaire, où les différences se disent autrement. Autour d’un café, le col romain, la soutane, l’étiquette confessionnelle cessent d’être des murs. On découvre des itinéraires de foi sinueux, façonnés par des rencontres imprévues. En 2021, un forum voit le jour en Suisse romande. Trois ans plus tard, Anne Durrer porte le format en
Suisse alémanique, dans la région de Bâle. Il faut convaincre, traduire, bâtir, associer des Églises parfois éloignées de ces espaces. Plus de 100 personnes se retrouvent. Elle en garde une grande fierté: avoir vu une dynamique prendre corps et parvenir désormais à continuer sans elle.

Une vie entre les mondes
Née à Genève, élevée en Terre sainte vaudoise, Anne Durrer vient d’une famille catholique. Un père anticlérical, une mère très engagée dans les milieux de femmes catholiques et dans l’action sociale de l’Église. De cette enfance, elle a reçu moins une foi toute faite qu’une vision chrétienne de l’être humain. Sa première expérience oecuménique?

Une heure d’histoire biblique le samedi, seule catholique au milieu d’enfants protestants. Rien ne la destinait, pourtant, à devenir passeuse d’Églises. Elle étudie la pharmacie à Lausanne, travaille pour l’association faîtière des pharmaciens, s’oriente vers la communication, puis reprend des études de théologie à Strasbourg, comme un catéchisme d’adulte. À Justice et Paix, elle découvre la doctrine sociale de l’Église. À l’Office de consultation sur l’asile à Berne, elle apprend le travail entre les mondes: requérants, État,
Églises. Là encore, les relations déplacent parfois des montagnes.

Ce goût de l’entredeux dit beaucoup d’elle. «Cela m’ennuierait de ne travailler que dans un monde», confie-t-elle. Sa réussite tient à cette patience: faire place, créer une bonne ambiance, permettre à chacun de rester lui-même. Le plus difficile, en neuf ans, n’a pas été une porte fermée, mais le manque de temps des Églises, leurs agendas saturés, leurs forces comptées. Anne Durrer parle peu d’elle, mais quelques détails la trahissent joliment: le petit chocolat avec le café, une collection de 40 chats à défaut d’en avoir un vrai en appartement, l’e-book glissé dans les bagages pour ne jamais manquer de lecture.

La retraite, pour elle, ne ressemble pas à un retrait. Elle voudrait bouger davantage, lire, voir ses proches, se rendre disponible pour les jeunes, les jeunes mères, ceux qui viennent après. Dans une Suisse qui se distancie des Églises, elle croit l’oecuménisme plus nécessaire encore. Une voix chrétienne commune, notamment sur la paix et les questions sociales, lui paraît plus audible.

Quelques dates 
1962 Naissance à Genève. 
1980-1991 Etudes de pharmacie puis doctorat. 
2002-2013 Passage par Justice et Paix, l’Office de consultation sur l’asile à Berne, puis Santé Suisse. 
2008-2010 Bachelor en théologie. 2013 Entrée au service de communication de l’EERS (alors FEPS).
Dès 2017 Secrétaire générale de la CTEC.CH.

La CTEC.CH en bref
Fondée en 1971 à Bâle, elle est la seule plateforme oecuménique active au niveau national: ses membres sont les Églises dans leur organisation faîtière. Les réformés y sont ainsi représentés par l’EERS; les catholiques romains, par la Conférence des évêques suisses.La CTEC.CH compte douze membres, parmi lesquels des Églises réformée, catholiques, orthodoxes, évangéliques et l’Armée du Salut. Elle permet à ces traditions chrétiennes de se rencontrer, d’échanger et, lorsque c’est possible, de porter une parole commune. Son rôle n’efface pas l’importance du terrain: en Suisse, beaucoup de collaborations oecuméniques se vivent d’abord au niveau local.