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Les protestants radicaux en forte hausse en France

 
3 min de lecture
La part des protestants évangéliques a pratiquement doublé en France depuis 2010, selon un sondage IFOP. En Suisse, en revanche, leur proportion reste stable.

Une précision tout d’abord : l’adjectif « évangélique » peut se référer à l’Église protestante réformée ou au courant des Églises libres, connues pour faire preuve d’une certaine radicalité. Lorsqu’il est utilisé seul, sans le mot « réformé », il s’agit de cette mouvance.

Selon les résultats d’un sondage de l’Institut français d'opinion publique (IFOP) dévoilés le 7 mai lors d’une journée d’étude de la Fédération protestante de France (FPF), la part des protestants évangéliques parmi les moins de 35 ans serait passée de 18 % en 2010 à 33 % en 2025 en France. Cette mouvance serait donc à présent majoritaire dans le paysage protestant français.

Des résultats surprenants

L’enquête de l’IFOP a été réalisée sur mandat de la FPF et a porté sur un échantillon de 32 612 personnes. Ce qu’elle révèle est à la fois complexe et surprenant, selon Christian Krieger, président de la FPF : l’image qui se dégage « est celle d'un protestantisme qui se recompose et qui constitue peut-être un laboratoire des transformations du religieux dans la France contemporaine ».

Le taux de protestants au sein de la population française reste autour de 2 %, identique à 2010, date du précédent état des lieux. Mais derrière cette stabilité, un basculement confessionnel s'opère. En 2010, 82 % des répondants se déclaraient protestants et 18 % évangéliques. En 2025, le rapport est de 67 % contre 33 %. La sensibilité évangélique atteint 33 % (contre 23 % en 2010), la réformée recule à 25 % (contre 37 %), la luthérienne à 13 % (contre 19 %), et la pentecôtiste progresse à 11 % (contre 5 %). Le pôle évangélique élargi (pentecôtiste, baptiste, charismatique) représente désormais entre 55 et 60 % du protestantisme français.

Une fracture générationnelle

Toujours selon Christian Krieger, la fracture générationnelle est « saisissante ». Parmi les moins de 35 ans, 53 % se déclarent évangéliques et 47 % protestants. À l'inverse, parmi les plus de 65 ans, 82 % se disent protestants et 18 % évangéliques. Les chercheurs parlent d'une « évangélication ». Aux yeux de Christian Krieger, c’est « un défi majeur pour les instances fédératives ».

En ce qui concerne les pratiques, 21 % des protestants assistent au culte chaque semaine (contre 26 % en 2010) et 53 % rarement ou jamais (contre 37 %). Mais les sensibilités charismatiques et pentecôtistes affichent une intensité forte : 51 % de pratique hebdomadaire chez les pentecôtistes. La lecture de la Bible suit la même bipolarisation : 39 % des évangéliques la lisent chaque semaine, contre 6 % seulement chez les luthéro-réformés.

Enfin, au niveau de la sensibilité politique, les évangéliques sont plus tentés par les extrêmes (Mélenchon, Roussel, Le Pen), tandis que les protestants au sens strict gravitent davantage autour d'un centre élargi de Macron à Jadot et Pécresse.

Une situation différente en Suisse

En Suisse, il n’existe pas de chiffres officiels, car les statistiques de l’Office fédéral de la statistique (OFS) ne saisissent pas la catégorie « évangélique » de manière très précise. L’OFS distingue principalement les Églises évangéliques réformées cantonales d’une catégorie plus large, les « autres communautés chrétiennes », laquelle comprend notamment des Églises libres évangéliques, mais aussi des Églises orthodoxes, luthériennes, anglicanes et catholiques-chrétiennes.

« Les données disponibles indiquent toutefois une tendance assez claire : le poids des Églises libres et évangéliques semble plutôt stable dans la population totale (environ 2 %), tandis que leur importance augmente légèrement à l’intérieur d’un protestantisme réformé en fort recul », affirme Stephan Jütte, porte-parole de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS). Selon les données de l’OFS, la part des Églises évangéliques réformées dans la population résidente de 15 ans et plus est passée de 28,0 % en 2010 à 19,5 % en 2023. Dans le même temps, la catégorie plus large des « autres communautés chrétiennes » est passée de 5,5 % à 5,8 %.

« On ne peut donc pas affirmer, sur la base des données officielles disponibles, que la Suisse connaît une croissance comparable à celle observée en France, conclut Stephan Jütte. En revanche, la visibilité et le poids relatif des milieux évangéliques et des Églises libres augmentent probablement dans le paysage protestant suisse, surtout parce que les Églises réformées historiques reculent nettement. »