
« Parler de la mort ne la fait pas venir »
Il arrive que nous parlions de la mort… mais rarement de la manière dont elle survient. Et pourtant, cette question nous est forcément venue : nous allons tous mourir un jour, mais comment ? C’est sur ce sujet que le « Festival autour de la mort » propose de réfléchir et d’échanger en abordant la question du choix personnel, de l’accompagnement, de la dignité et de l’espérance.
Le but est de lever les tabous autour de la mort pour mettre des mots sur une réalité qui nous concerne tous, en ouvrant un espace de discussion bienveillant. Au programme : un film, des présentations orales, une table ronde et des partages avec le public. L’entrée est gratuite et tout le monde est bienvenu. L’événement est porté par la paroisse réformée de Gland-Vich-Coinsins. Mais il est surtout l’initiative de deux femmes, la pasteur Chantal Rapin et la diacre Christel Matthey.
Protestinfo. D’où vous est venue l’idée de ce festival ?
Chantal Rapin. Elle nous est venue d'une manière assez naturelle, par un intérêt commun pour les questions qui tournent autour la mort et qui traversent toute existence humaine. Dans nos ministères particuliers, nous sommes souvent confrontées à des familles qui doivent accompagner un proche, sans qu’elles puissent ou qu’elles osent en parler franchement, ou alors seulement tardivement. J’ai été aumônière en soins palliatifs spécialisés et je me suis bien rendu compte de l'importance de pouvoir en parler – et pas seulement sur le dernier bout de route. Il ne s’agit pas de faire de la mort le centre de toutes les conversations, mais de profiter plus pleinement de la vie, et le fait de pouvoir s’en ouvrir permet de s’alléger et de clarifier un certain nombre de choses avec les siens.
Christel Matthey. C’est un sujet que je tentais d'aborder de temps en temps avec des amis ou avec des personnes de l'âge de mes parents, et j’ai remarqué que beaucoup de personnes n’ont pas vraiment envie d'y penser. Souvent, les gens ont des réticences à dire quels sont leurs souhaits une fois qu’ils seront morts. J’ai également été confrontée à la demande d’une personne qui n’allait vraiment pas bien et qui voulait s’en aller avec une piqûre. Je me suis donc renseignée un peu sur Exit et cela a fait naître passablement de questions chez moi par rapport à la mort. Et puis, comme l’a dit Chantal, nous avons l’habitude d’accompagner des familles endeuillées et nous avons constaté qu’elles étaient nombreuses à ne pas avoir trouvé le moyen d’aborder le sujet. J’ai eu l’occasion d’accompagner une personne en fin de vie et de préparer avec elle son service funèbre avant qu'elle nous quitte, et j’ai vu différence que cela pouvait faire. Il est important d’avoir la possibilité de parler de la mort, parce que le jour où on se retrouve devant des choix à faire, c’est plus difficile si on n’en a jamais parlé avant.
Protestinfo. Quel est votre but en organisant ce festival ?
Christel Matthey. C’est de pouvoir donner un espace aux personnes qui s’interrogent sur la mort et qui, pour une raison quelconque, ont du mal à en parler avec leur entourage. Ce serait bien si elles venaient pour être écoutées ou pour poser des questions, en se disant que cela répondra peut-être à certains de leurs questionnements – car c’est ce que nous aimerions pouvoir faire pour elles.
Chantal Rapin. Effectivement, je pense que ce qui est essentiel pour nous est d’ouvrir et d’offrir un espace de parole où chacun peut venir, que ce soit par intérêt personnel ou juste pour écouter ce qui est dit. Il est vrai qu’il est parfois plus difficile d’aborder la question avec les siens. Mais là, avec d’autres personnes, qu’on ne reverra pas forcément, c’est peut-être plus facile. Et puis, c’est l’occasion de rencontrer des gens qui soutiennent différents points de vue ; c’est quelque chose qui permet d'affiner son propre positionnement, pour pouvoir éventuellement poursuivre la discussion avec son entourage.
Protestinfo. Qu'est-ce qui a bien marché dans la première édition ?
Chantal Rapin. Je crois que nous avons réussi à offrir une belle qualité de présence et d'écoute, de sorte que les gens ont accepté de se dévoiler un peu. Certains ont pris la parole à plusieurs reprises, d’autres se sont contentés d’écouter avec respect. Nous avons senti qu’il y avait dans le public un véritable accueil de ce qui était dit.
Protestinfo. Qu’est-ce que vous avez changé cette année, par rapport à 2025 ?
Chantal Rapin. Sur le fond, nous avons conservé la même structure, avec un film, des témoignages et des échanges avec le public. Nous avons simplement choisi d’autres orateurs et une autre thématique. L'année passée, notre sujet était plus général, comme l’indiquait d’ailleurs le titre du festival : « Et si on parlait de la mort ? ». Cette fois-ci, nous allons nous centrer davantage sur le « comment mourir », avec notamment la lecture d’un journal de fin de vie d’un auteur qui ne pourra pas être présent, parce qu'il est en soins palliatifs en ce moment, et l’intervention du théologien Simon Butticaz qui nous parlera de la mort dans le Nouveau Testament. Nous allons aussi donner la parole à l’association Exit, ce qui amènera évidemment d'autres questionnements.
Protestinfo. Admettons que l’édition 2026 du festival est derrière vous. À quoi verrez-vous que c’était un succès ?
Christel Mattey. Alors, nous pourrons nous estimer heureuses si nous sommes encore vie – je dis cela sur le ton de la boutade, mais c’est pour rappeler que parler de la mort ne la fait pas venir plus vite, contrairement à ce que croient certaines personnes superstitieuses. Plus sérieusement, nous serons comblées si nous avons réussi à établir un climat de confiance parmi les participants. Je pense qu’il y a là un véritable enjeu, puisque nous allons faire place à des points de vue qui peuvent sembler en opposition. Notre intention est de créer un climat bienveillant et respectueux de tout le monde.
Chantal Rapin. Je confirme que nous serions satisfaites si les gens réussissaient à discuter les uns avec les autres en toute confiance. Le petit plus serait qu’ils continuent à approfondir les thématiques abordées une fois de retour chez eux.
Programme détaillé
Vendredi 30 octobre 2026
19h30 – Présentation et projection du film « Amour de Haneke », suivie d’un échange
Samedi 31 octobre 2026
09h30 – Accueil
10h00 – Présentation « La fin de vie en Suisse : le suicide assisté », par Jean-Jacques Bise, coprésident de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité EXIT, à Genève.
11h15 – Lecture musicale du journal de fin de vie du psychothérapeute Jean Malher
13h45 – Présentation « Comment faire avec l'expérience de la finitude ? », de l’aumônier Alexandre Stern
15h00 – Présentation « Mourir, le grand défi de la foi ? » du théologien Simon Butticaz
16h15 – Table ronde
Dimanche 1er novembre 2026
10h00 – Culte au Temple de Vich « Mourir oui... mais comment ? », dirigé par la pasteure Chantal Rapin et la diacre Christel Matthey





