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capture d'écran site web assistedlab.ch

Histoires de suicides assistés

Pour mieux comprendre comment les témoignages personnels influencent l’opinion publique et la législation sur le suicide assisté, un groupe de chercheurs suisses a créé un site internet où sont rassemblés des récits de vie autour de ce sujet.

Blogs, livres autobiographiques, romans, documentaires, films de fiction et pièces de théâtre… Les personnes touchées de près ou de loin par le suicide assisté ont de multiples options pour raconter leur vécu. Et toutes ces productions sont susceptibles d’influencer l’opinion publique et les décisions politiques. Des chercheurs saint-gallois ont décidé de rassembler ces histoires sur un site internet baptisé Assisted Lab, apprend-t-on dans le dernier bulletin de l’association EXIT Deutsche Schweiz.

« L'un des axes principaux de notre travail est constitué par les documents de référence contenus dans nos archives », explique le groupe de chercheurs. Que racontent les histoires rassemblées sur leur site ? Elles mettent en avant une souffrance physique qui ne peut être soulagée, soulignent la valeur de l’autodétermination et questionnent l’intérêt d’ancrer dans les législations la liberté de choisir librement sa fin de vie.

Contribution romande

Certaines histoires ont marqué les esprits. Ainsi, le film Mar Adentro (2004), qui raconte le parcours d’un marin tétraplégique qui s’est vainement battu en Espagne pour le droit au suicide assisté, a considérablement contribué à l’assouplissement de la loi dans ce pays en 2021.

Parmi les productions en langue française, le livre « Vous ne connaîtrez ni le jour ni l’heure » publié en Suisse romande aux éditions de l’Aire. Dans cet ouvrage paru en 2013, un fils parle du suicide assisté de ses parents, programmé un 28 avril à 14 heures. La veille, il retourne chez ses eux afin de partager les derniers moments de leur existence et s’installe dans sa chambre d’enfant pour écrire ce qui est en train de se passer et ce qu’il vit.

Appel à participer

« Bien que l'ensemble actuel des documents dont nous disposons soit déjà très vaste, de nouveaux apports devraient s’y ajouter à mesure que les débats juridiques, politiques et sociétaux évoluent, affirme le groupe de chercheurs. Pour notre travail de recensement, nous dépendons entièrement de sources externes et nous sommes toujours ravis d'apprendre l'existence de nouveaux documents que nos utilisateurs jugent utile d'inclure dans nos archives. » Ces derniers sont encouragés à suggérer de nouveaux contenus en cliquant sur le bouton « Participer » du site.

Le groupe de recherche Assisted Lab compte des associés au Canada, en Irlande du Nord et aux Pays-Bas. Il réunit des chercheurs, des professionnels de santé, des patients et des artistes. But : créer des archives de l’assistance au suicide et étudier comment les témoignages publics sont compris par la société et les milieux politiques. Au final, il s’agit de fournir un fournir un corpus littéraire aussi large que possible et nuancé sur un thème délicat, afin d’en refléter toute la complexité.

Assistance au suicide : ce que dit l’Église évangélique réformée

Du point de vue de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), l’assistance au suicide ne peut jamais être considérée comme une pratique ordinaire ou une simple prestation parmi d’autres. Elle ne doit être ni banalisée, ni encouragée, ni intégrée à une logique d’attente sociale ou d’utilité. Elle touche à un seuil existentiel où se croisent de manière particulièrement sensible l’autodétermination, la vulnérabilité, la responsabilité sociale et le devoir de protection envers la vie.

« Dans ses réflexions éthiques, l’EERS souligne qu’il convient de prendre au sérieux la volonté exprimée par une personne capable de discernement, sans pour autant réduire cette situation à une décision purement privée », explique Stephan Jütte, directeur de la communication. Le désir de mourir s’inscrit souvent dans une constellation complexe faite de souffrance, de perte de sens, de peur de la dépendance ou de solitude. L’EERS plaide pour une société qui n’abandonne pas les personnes en détresse à leur seule décision, mais qui reste présente, solidaire et attentive jusqu’au bout. L’accompagnement spirituel, pastoral, médical et humain demeure essentiel, précisément là où les réponses simples ne suffisent pas.

Assisted Lab nous a fait parvenir le commentaire suivant:

"Cet article s’appuie sur des échanges avec l’équipe de recherche concernée. Certaines clarifications fournies avant publication n’ont toutefois pas été intégrées. Pour plus de détails, les lecteurs peuvent consulter le site assistedlab.ch.