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«La foi crée un espace de rencontres»

Pierre Léderrey
18 mars 2026
Entretien
Diacre stagiaire dans la paroisse de Saint-Prex – Lussy – Vufflens, Adjovi Prince Agbodjan évoque son parcours de vie et de foi.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours de vie?
Depuis ma conception, telle que me l’a racontée ma mère, la vie m’a conduite à travers épreuves, détours et renaissances. Mon enfance, simple mais riche en rebondissements, a forgé très tôt ma capacité d’adaptation. J’ai appris la différence entre manquer et être pauvre: le manque m’a donné le sens de la valeur des choses et des relations. Je garde l’image d’une enfance heureuse dans mon Afrique natale, pleine de couleurs et de parfums d’où je rêvais devenir un jour sage-femme. Aimant l’école mais limitée par les moyens, je me suis formée en autodidacte et par des cours du soir. Les rencontres marquantes de ma jeunesse ont façonné la femme que je suis, m’apprenant à accueillir chacun dans sa singularité.

Et sur votre parcours de foi?
Ma foi s’inscrit dans une histoire familiale où mes ancêtres ont renoncé à leurs trônes pour suivre le Christ. Je suis héritière d’une famille solidement ancrée dans la tradition spirituelle locale, et Dieu n’a jamais été pour moi une idée abstraite, mais une présence concrète dans mon environnement, dans mes joies comme dans les épreuves. La rencontre avec la communauté de l’Église protestante de Chavannes, il y a plus de vingt ans, a été décisive, suscitant en moi l’éclosion du bonheur d’être au service de mon prochain. Quant à ma foi, j’ai choisi de la vivre à la suite du Christ au sein de l’Église évangélique réformée, grâce à l’accueil et à l’inclusion dont cette belle assemblée a fait preuve.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous engager professionnellement au service de l’Evangile?
A ma troisième étape de maturité, j’ai compris que je ne pourrais m’épanouir que dans un métier où la foi est centrale et vivante. Servir l’Evangile n’est pas pour moi une fonction à définir, mais un état d’être à habiter pleinement.

Diacre? Animatrice? Comment voyezvous cette fonction dans l’Église?
Je vois cette fonction comme un ministère de présence: écouter, relier, encourager, prendre soin. Etre un visage d’accueil et un témoin discret de l’amour du Christ dans le quotidien, au plus près de nos réalités humaines.

La multiculturalité, une richesse pour la communauté?
La question de la multiculturalité, souvent posée, me semble secondaire face à l’essentiel. La culture est un outil, une clé d’appartenance, mais lorsque l’on parle de foi, de joie profonde ou de souffrance, elle s’efface. Il ne reste que l’être. En ce sens, je crois que la foi dépasse les religions. Même si celles-ci enrichissent la communauté, la foi crée un espace de rencontre qui dépasse les cultures.

Comment se passe votre stage? Des surprises, bonnes ou mauvaises?
Mon stage est source d’émerveillement. Je découvre une Église ouverte et une équipe de formation humaine et attentive. J’apprends beaucoup, parfois par l’échec. Je découvre aussi mes limites, notamment administratives et informatiques, et je mesure le défi de garder un équilibre entre écran et présence réelle.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre charge? Y a-t-il quelque chose qui vous demande davantage d’efforts?
Ce qui me plaît le plus est la rencontre: être avec les personnes, écouter leurs histoires, cheminer avec elles. Ce qui me demande plus d’efforts concerne l’administratif et le numérique, qui prennent du temps et de l’énergie. J’y découvre aussi mes limites, notamment face aux exigences administratives et informatiques,et je mesure combien le temps passé derrière un écran pourrait parfois être troqué par davantage de présence auprès de la communauté.

Comment et où vous voyez-vous ensuite? Y a-t-il un domaine des quatre missions de l’EERV où vous investir en particulier ?
Servir est ma joie depuis l’enfance. Je ne souhaite pas choisir un domaine précis, mais me laisser guider par l’inspiration. J’avance avec humilité et disponibilité, désirant vivre une foi incarnée dans les rencontres, où que je sois. En relisant ma vie, je reconnais la présence fidèle de Dieu, discrète ou bouleversante, et cela me met en marche avec confiance et joie.