
L’Église française de Berne se visiteen musique
Elle se dresse au coeur de Berne, à deux pas de la Zeughausgasse, discrète et chargée de siècles. L’Église française – ancienne église des dominicains, reconvertie à la Réforme, lieu de culte des huguenots puis des francophones de la capitale – vient de se doter d’un audioguide musical d’un genre nouveau. En trente minutes et douze stations, le visiteur est invité à traverser huit cents ans d’Histoire, casque sur les oreilles et smartphone en main.
En français dès 1623
L’idée germe lors du jubilé de 2023, qui célèbre les 400 ans des cultes en français dans l’édifice. «En 1623, l’autorisation a été accordée de célébrer des cultes en français dans l’ancienne église des dominicains, alors que Berne avait adopté la Réforme depuis près d’un siècle sans proposer jusque-là d’office en français», rappelle le pasteur Olivier Schopfer. Pour marquer l’événement, la paroisse organise des visites musicales en direct: un musicien joue à chaque station pendant qu’un guide commente l’histoire du lieu. Le succès est au rendez-vous. Restait à pérenniser la formule. C’est chose faite avec cet audioguide, accessible gratuitement depuis n’importe quel navigateur à l’adresse audioguide.egliserefberne.ch. Pas d’application à télécharger, pas de boîtier à emprunter à l’entrée: une simple page web, pensée pour le téléphone portable et les écouteurs. Des panneaux installés à chaque station guident physiquement le visiteur à l’intérieur de l’église, mais la visite peut aussi s’effectuer à distance, depuis chez soi, grâce à des photographies de l’édifice intégrées au parcours.
La musique comme fil conducteur
Ce qui distingue cet audioguide d’un guide classique, c’est l’inversion de la logique habituelle. Ce n’est pas l’histoire qui a dicté le choix des oeuvres musicales, mais bien la musique qui a guidé la construction des textes. «On est partis des différentes étapes musicales de la vie de l’église pour élaborer les commentaires», explique Olivier Schopfer. Le résultat est saisissant: aux chants grégoriens de l’époque dominicaine succède le silence pesant des premières années de la Réforme – période durant laquelle les instruments sont bannis des lieux de culte – puis réapparaît progressivement le chant des psaumes, d’abord a cappella,avant que les instruments à vent ne© Albert Drescherfassent leur retour, annonçant la réintroduction des orgues.
Le parcours s’arrête également sur des éléments architecturaux remarquables, comme le jubé – ce pont de pierre qui enjambe la nef et porte de magnifiques peintures médiévales –, autrefois frontière symbolique entre l’espace des laïcs et celui des moines.
Un écrin acoustique
Pour Olivier Schopfer, la rencontre entre musique, architecture et spiritualité n’a rien d’artificiel: elle est inscrite dans les pierres mêmes de l’édifice. «L’église a été conçue, dès le début, comme un instrument de musique. Les moines chantaient dans le choeur, invisibles, mais tout l’espace était pensé pour que leur voix porte jusqu’aux fidèles. La spiritualité, la musique et l’architecture ont été liées dès l’origine.» Une conviction que partagent volontiers les musiciens qui se produisent régulièrement dans cet écrin acoustique exceptionnel. «Ils ne sont pas du tout étonnés qu’un contenu spirituel accompagne la musique», sourit le pasteur.
Au-delà de l’outil touristique, l’audio-guide porte un message plus profond. «Le but n’est pas de faire du prosélytisme, mais de signaler qu’il y a une communauté vivante qui se réunit, qui aime ces lieux et les tient en vie», affirme Olivier Schopfer. L’église, qui accueille de nombreux concerts tout au long de l’année, peine toutefois encore à ouvrir ses portes le week-end, précisément lorsque les touristes – suisses et étrangers –affluent dans la capitale. Un défi que la paroisse entend bien relever.
L’audioguide est accessiblesur audioguide.egliserefberne.ch.



