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©Musée International de la Réforme
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Anonyme, Sur le Haut-Zambèze, XIXe siècle (fac-similé).
©Musée International de la Réforme

Réfléchir au rôle des Églises suisses face à leur passé colonial

Mémoire
A l’occasion de l’exposition «Colonialisme – Une Suisse impliquée», DM convoque historiens et théologiens pour réfléchir au passé colonial suisse et à la mission protestante.

Du XVIIe au XXe siècle, la Suisse n’a pas possédé de colonie au sens classique du terme. Pourtant, elle en a largement profité. Banques, familles et entreprises helvétiques ont financé des expéditions négrières, assuré des navires esclavagistes et tiré profit de matières premières produites par des esclaves.

Pour Olivier Bauer, professeur de théologie à l’Université de Lausanne, la «bonne conscience helvétique» masque une réalité troublante: «La Suisse a bénéficié du système colonial tout en se pensant extérieure et irréprochable. La neutralité helvétique n’a pas empêché l’implication économique et sociale dans la traite négrière», rappelle-t-il. 

Les Églises protestantes, souvent silencieuses sur ces enjeux, ont parfois été actrices directes ou indirectes du système. Certaines voix critiques ont existé, mais elles étaient minoritaires et tardives. Aujourd’hui encore, cette histoire reste «difficile à nommer». «Reconnaître cette complicité est un pas nécessaire vers une Église consciente de son passé.» Les premières missions européennes se sont souvent engagées dans ce que Jean-François Zorn, historien des missions, qualifie de «malentendu productif»: les missionnaires faisant une offre religieuse, les autorités locales formulant une demande politique de protection. «Ce dialogue asymétrique, mêlant compromis et tensions, préfigure l’arrivée de la colonisation, mais ne s’y réduit pas. 

À l’heure des indépendances, les missions ont parfois joué un rôle de médiation et d’interpellation, tout en étant contraintes par la violence et la prudence imposées par le contexte colonial.» Selon lui, «décoloniser la mission aujourd’hui ne consiste pas à rompre avec le passé,mais à transformer les rapports: passer de logiques de domination à des relations entre Églises autonomes et partenaires».

Pour Benjamin Simon, directeur de DM, cette réflexion critique est indispensable à la mission contemporaine: «La Suisse ecclésiale reste parfois prisonnière d’une vision paternaliste, où les Églises du Sud sont considérées comme des bénéficiaires passives. DM a choisi d’inverser cette perspective: la mission devient un espace de réciprocité, d’apprentissage mutuel et de transformation, guidée par sa théologie des trois ‹ T › – traduction, transmission, transformation.» Les échanges de personnes ne se font plus seulement du Nord vers le Sud; ils s’opèrent aussi du Sud vers le Nord et du Sud vers le Sud, reflétant la mondialisation du christianisme et la nécessaire reconnaissance des Églises du Sud comme partenaires égales.

Nicolas Monnier, ancien directeur de DM et pasteur, illustre cette approche par son parcours personnel au Mozambique. Enfant de missionnaires, il a été témoin de la manière dont la mission protestante a contribué à l’éducation, à la santé, à la valorisation des langues locales et à l’émergence d’élites locales. «La missionne se laisse pas enfermer dans une logique coloniale unique», souligne-t-il.

Aujourd’hui, le christianisme du Sud est pleinement autonome et mondial: il revient en Europe par les migrations, interpellant les Églises historiques et enrichissant le dialogue ecclésial. La mission, dit Nicolas Monnier, trouve son coeur dans une dynamique de réciprocité, où chaque Église apprend et reçoit de l’autre.

Exposition et conférences
Le château de Prangins accueillera, du 27 mars au 11 octobre, l’exposition «Colonialisme – Une Suisse impliquée», complétée par une série de conférences organisées par DM.

La première aura lieu le jeudi 23 avril: «Mission et colonisation: entre connivence et différence». Le programme complet est disponible ici.