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L’EPER offre des cours gratuits pour les employés de l’économie domestique afin de les informer sur leurs droits, la santé au travail, l’importance des assurances sociales, etc.
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Chèques-emploi structure l’économie domestique

Poids Lourd
Instauré il y a vingt ans, son outil de rémunération n’a cessé de se généraliser en Suisse romande. Son amélioration ne résout cependant pas tous les problèmes du personnel à domicile.

Si c’était une entreprise, elle pèserait lourd dans l’économie romande: environ 200 millions de francs de masse salariale pour tous les cantons (chiffres de 2024). Le chèque emploi, outil de simplification administrative, a été inventé en France. Il consiste à transférer à un organisme la gestion des démarches obligatoires (cotisations sociales, assurance accident, etc.) des personnes employées quelques heures par semaine ou par mois par des particuliers.

Le Valais a installé cette solution en pionnier. Le chèque emploi n’a pas pris du côté alémanique, mais les autres cantons romands ont rapidement suivi.
Dans chacun d’eux, c’est un autre organisme qui s’occupe de ce service facilitant le recours à un•e employé•e de maison – la majorité sont des femmes.
L’employeur·se alimente un compte permettant de calculer à la fois les charges sociales et le salaire de l’employé·e. Sur Vaud, c’est l’Entraide protestante (EPER) qui gère l’outil créé en 2005. En vingt ans, l’essor de celui-ci a été notable. Une première bascule est survenue en 2008. «Une nouvelle loi sur le travail au noir venait d’entrer en vigueur et une campagne d’affichage assez menaçante dans sa forme avait fait effet: les employeurs se sont rendu compte des risques légaux qu’ils prenaient et se sont rués sur notre solution», se souvient Clotilde Fischer, directrice de Chèques-emploi Vaud. Un autre pic a eu lieu après la pandémie, qui a touché de plein fouet les travailleur•ses précaires.

En 2024, 6014 personnes étaient déclarées auprès du service de l’EPER, pour 10 976 employeurs et plus de 48,5 millions de francs de masse salariale. Des chiffres qui ne cessent d’augmenter. «87 % des contrats concernent le ménage, mais de nouveaux besoins surviennent avec le maintien à domicile toujours plus important de personnes âgées», observe Clotilde Fischer. En parallèle, avec l’arrivée de concurrents privés sur le marché, les structures gérant les chèques emploi ont décidé de se fédérer en une association Chèques-emploi Suisse pour faire valoir leurs atouts. «Nous sommes là depuis vingt ans et à un coût raisonnable…» explique Pascal Guillet, à la tête de l’association romande et de TAC – Travailau Clair SARL, à Neuchâtel. En 2026, les structures romandes ambitionnent de communiquer de manière unifiée et à terme d’avoir un «produit unique», même si «chacun va garder ses spécificités», assure-t-il. «Nous avons un socle commun très épais, puis il y a des différences par canton.» À Neuchâtel, par exemple, les personnes âgées recourant à ce service sont encore nombreuses à se déplacer au guichet, plutôt que d’utiliser la voie électronique.

Sur le canton de Vaud, l’EPER a mis en place, avec Retraites populaires,une solution de deuxième pilier sur mesure, y compris pour les personnes dont le salaire n’atteint pas le seuil. Sur ce point comme sur d’autres aspects sociaux, lesemployé•es espèrent des améliorations. «Nous n’avons pas de deuxième pilier si nous n’atteignons pas le minimal LPP auprès d’un même employeur. Or, la réalité de notre métier, c’est la multiplication de petits contrats de quelques heures. Sur le plan social, le combat reste entier. À l’exception de Genève (et Neuchâtel, NDLR), le seul à avoir instauré un salaire minimum légal au sens politique, nous restons dans une zone grise. Beaucoup d’entre nous n’ont toujours pas de retraite décente et le paiement des vacances est encore trop souvent ignoré par les employeurs. Nous ne demandons pas de privilèges. Nous voulons simplement être reconnus et traités comme n’importe quel autre employé avec des droits complets», explique Veronica Quinteros, femme de ménage. Elle est à la tête d’une autre structure, qui vient de se créer: l’Association des travailleuses·eurs de l’économie domestique.