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© CES / Federico Anzini / cath.ch
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Les évêques suisses réunis à Lugano (image d'illustration)
© CES / Federico Anzini / cath.ch

Les évêques suisses priés de se positionner sur la question des minorités

27 février 2026
Mariage
Avec 1019 signatures, la pétition contre la prise de position des évêques suisses sur les critères de nomination des agents pastoraux a atteint son but. À présent, les évêques sont invités à ouvrir le dialogue sur le traitement des personnes qui sont en partenariat hétérosexuel ou homosexuel, mariées au civil uniquement, ou divorcées et remariées.

La vie privée des agents pastoraux qui ne vivent pas selon les principes de l’Église catholique est-elle un critère de recrutement et de licenciement ? L’organisation catholique progressiste AGK (pour Allianz Gleichwürdig Katholisch) estime que non, et c’est ce qui a motivé sa pétition intitulée « La vie privée reste privée », qui a récolté 1019 signatures à ce jour1.

« Notre but est atteint, déclare Mentari Baumann, présidente de l’AGK. Nous allons maintenant remettre la pétition à la Conférence des évêques suisses pour l’inviter à un premier dialogue sur le mandat épiscopal et le mode de vie des agents pastoraux ». Sont concernées les personnes vivant en partenariat hétérosexuel ou homosexuel, qu’elles soient non mariées, mariées civilement ou divorcées et remariées.

Incertitudes

Dans la pratique, tous les prêtres, diacres et agents pastoraux laïcs dont le mode de vie s’écarte des préceptes canoniques ne font pas l'objet de discrimination, reconnaît Mentari Baumann : « De nombreux aumôniers dont la situation personnelle ne correspond pas aux prescriptions de l’Église peuvent être engagés, mais c'est une question de chance et non une volonté structurelle. Leur sort dépend du responsable hiérarchique, des conseils paroissiaux régionaux, du service du personnel du diocèse, etc. Ce sont eux qui décident si la vie privée d’un candidat est un motif de non-engagement ou de licenciement. Et même si l’intéressé obtient un emploi malgré un divorce, une relation homosexuelle, etc., on ne sait pas comment sa situation professionnelle évoluera s’il souhaite changer de poste, ou si un nouveau responsable arrive. »

Les agents pastoraux dont la situation personnelle ne correspond pas aux prescriptions de l'Église savent que cela peut entraîner des conséquences pour leur mission en Église
Conférence des évêques suisses

Rappel des faits. La pétition de l’AGK fait suite à un document publié en novembre dernier par la Conférence des évêques suisses (CES) sur le mandat épiscopal et le mode de vie des agents pastoraux2. Dans ce résumé de sept pages, la CES affirme que la crédibilité de l’Église dépend largement du mode de vie de ses responsables et de son personnel. Elle précise que c’est une affaire de responsabilité personnelle, à la fois morale et éthique. Aussi, les agents pastoraux dont la situation personnelle ne correspond pas aux prescriptions de l'Église « savent que cela peut entraîner des conséquences pour leur mission en Église ».

Approche « responsable » de la sexualité

Pour la CES, les représentants de l’Église sont des personnalités publiques qui sont jugées sur l'ensemble de leur conduite, et c'est pourquoi « il n'est pas possible de séparer complètement leur comportement professionnel et leur vie privée », lit-on encore dans ce document. Leur force de persuasion se mesure, « par exemple, à la manière dont ils entretiennent leurs relations, à une approche responsable de la sexualité, à leur engagement en faveur de la justice, de l'égalité et d'une vie digne ». À la question de savoir si les personnes en situation « irrégulière » du point de vue canonique peuvent recevoir un mandat épiscopal pour travailler en Église, la CES refuse de répondre de manière péremptoire et préconise au lieu de cela un traitement au cas par cas.

Pour l’AGK, la prise de position des évêques suisses laisse trop de place pour l’arbitraire. Elle est surtout trop vague : « Le document suggère qu'il existe une voie à suivre et que les personnes dont la vie privée s'écarte des directives de l'Église pourraient l’emprunter, mais il n’est pas précisé comment », relève Mentari Baumann. Et d’ajouter : « Des déclarations affirmant que des agents et agentes pastoraux gays, lesbiennes, divorcés et remariés ou vivant en concubinage ne vivent pas selon l’Évangile portent atteinte à la dignité des personnes concernées ainsi qu’à celle de toutes les personnes dont la situation de vie ne correspond pas à la norme. » Pour l’AGK, la vie privée des agents pastoraux, laïcs et clercs, devrait être séparée de leur fonction professionnelle.

Soutien aux pétitionnaires

La prise de position des évêques suisses suscite également la désapprobation de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ). « Il existe un large consensus entre notre position et celle de l'AGK en ce qui concerne la question du service pastoral et de la vie de couple en partenariat », explique Urs Brosi, secrétaire général de la RKZ. Tout comme l’AGK, la faîtière des corporations ecclésiastiques considère que la vie privée ne devrait avoir d’incidence sur l’emploi, et qu’une décision de principal général serait préférable au traitement au cas par cas proposé par les évêques suisses.

Enfin, la RKZ estime que la CES aurait pu s’inspirer de la Conférence épiscopale allemande, qui a décidé en 2022 que le mode de vie ne devait être pris en compte ni pour l’embauche ni pour le licenciement. Détail significatif, elle n’a reçu aucune critique de la part du Vatican – preuve que le droit canonique offre une marge de manœuvre juridique, selon Urs Brosi.

La vie relationnelle, l'orientation sexuelle et le mode de vie [...] ne constituent pas un critère d'embauche
synode du canton de Zurich

L'Église catholique de Zurich a d’ailleurs suivi cette voie. En effet, le 4 décembre dernier, son synode a déclaré la vie commune des employés de l'Église comme une affaire privée. Le règlement d'embauche stipule désormais que pour l'embauche dans le service de la proclamation, la vie privée n'est pas prise en compte : « La vie relationnelle, l'orientation sexuelle et le mode de vie, en particulier la sphère intime, ne font pas l'objet d'évaluations juridiques et ne constituent pas un critère d'embauche. » Reste à savoir si la décision du synode du canton de Zurich sera reprise par d'autres corporations ecclésiastiques cantonales.