
La vue, par nos yeux, nous fait voir la réalité immédiate et tangible, qui, nous le savons, passera. Notre propre corps terrestre passera. Par la foi nous avons accès à l’ultime réalité, qui, elle, est éternelle et indestructible. Laquelle est le moteur de notre marche ici-bas?
Prédication
Frères et sœurs,
« Or la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas » nous dit l’auteur de l’épître aux Hébreux, au chapitre 11, verset 1. Voilà qui nous dit d’emblée que les choses qu’on ne voit pas, la foi peut les saisir. Qu’il y a le monde visible, accessible à la vue par les yeux, et le monde invisible accessible par la foi. Quand tout est beau autour de nous, quand tout va bien, ce monde visible nous contente, nous remplit. Mais quand frappe l’épreuve, quand ça dysfonctionne, quand ça péclote, quand c’est difficile, comment tenir debout ?
A l’automne dernier, pendant notre camp de marche paroissial, nous étions en France, dans le département de la Drôme, dans la région du Dauphiné, un lieu d’où de nombreux huguenots, ces protestants réformés, persécutés pour leur foi, sont partis pour rejoindre des terres de Refuge, dont Genève et la Suisse. Nous avons découvert la vie de Blanche Gamond, une jeune fille huguenote du Dauphiné à la fin du 17è siècle, à la foi impressionnante, qui, arrêtée, torturée, poussée à abjurer après la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 n’a rien lâché. Nous avons aussi évoqué Marie Durand, une cinquantaine d’années après Blanche Gamond, autre héroïne de la foi, originaire du Vivarais, dans le département de l’Ardèche, voisin de la Drôme, connue pour ses 38 années d’emprisonnement dans la Tour de Constance à Aigues-Mortes et sa capacité à résister, par la foi.
L’apôtre Paul, en écrivant aux Corinthiens, jeune communauté, à la foi débutante et rencontrant un certain nombre de problèmes, les exhorte à voir déjà, spirituellement, l’habitation céleste qui les attend, glorieuse et éternelle, quand le corps, lui, notre habitation terrestre celle que l’on voit de nos yeux, est vouée à la mort et la destruction. « Car nous marchons par la foi, et non par la vue » dit-il.
Alors de quelle foi parle-t-on là et quels en sont les ingrédients ? Je vous en propose trois. Ils ne sont pas exhaustifs bien sûr, mais ce sont ceux que nous explorerons ce matin pour voir comment la foi peut nous aider à traverser les épreuves et les difficultés. Ces trois ingrédients de la foi sont l’imagination, la mémoire et la persévérance
1) Commençons par l’imagination :
Sans doute, plusieurs d’entre vous se disent : « je n’ai pas beaucoup d’imagination ». Alors pardon de vous bousculer, mais il est temps de la travailler, parce qu’il en faut pour croire !
C’est avec de l’imagination que l’on peut dépasser la réalité immédiate, l’expérience que nous vivons, pour la porter plus loin, au-delà, vers quelque chose d’autre, et surtout de nouveau.
Quand Paul parle de « notre domicile céleste », de « notre habitation éternelle », il lui faut une dose d’imagination pour se figurer à quoi elle ressemble.
Quand Marie Durand voyait les murs gris de sa prison, jour après jour, et le visage triste de ses codétenues, il lui a fallu de l’imagination pour se projeter dans une autre réalité, celle de la vie en liberté. Quand nous sommes frappés par la maladie, que nous expérimentons la diminution de nos facultés, il nous faut une bonne dose d’imagination pour nous imaginer restaurés. Quand un conflit vient empoisonner nos relations, il nous faut de l’imagination pour penser à la relation restaurée. Plus terre à terre, quand vous achetez une maison dans un mauvais état, il vous faut de l’imagination pour vous projeter dans la maison de vos rêves, sinon vous ne l’achèteriez pas. Alors oui, soyons imaginatifs frères et sœurs, voyons au-delà de la réalité visible, voyons plus haut, plus loin, plus neuf. L’imagination fait déjà habiter dans le monde ce qui n’est pas encore dans le monde. Elle est une capacité humaine unique, une vraie puissance. Alberst Einstein a dit que l’imagination est plus importante que la connaissance. Rien ne pourra remplacer l’imagination, même pas l’intelligence artificielle. C’est vrai l’IA ne peut que produire des choses à partir de ce qui existe déjà, mais elle ne peut imaginer quelque chose de nouveau. Seul le cerveau humain peut imaginer du nouveau, c’est un don de Dieu, qui a quelque chose à voir avec le fait de pouvoir imaginer ce que sera notre vie dans l’éternité, auprès de Dieu. « Il a mis dans le cœur de l’homme la pensée de l’éternité » (Ecclésiaste 3,11). Alors, oui, projetons-nous frères et sœurs, faisons preuve d’imagination – qui n’est pas très loin de sa sœur l’espérance – pour tenir bon et traverser la vie et ses épreuves.
2) La mémoire : la mémoire est une ressource extraordinaire dans les temps d’épreuve. Parce que tout le monde a quelque chose à quoi se raccrocher : une expérience passée, un souvenir, une lecture, une parole, une promesse. Dieu ne nous a jamais laissés orphelins ni abandonnés. Souviens-toi de ce jour où il t’a sorti d’un sacré pétrin. Souviens-toi du jour où tu as rencontré ton futur mari ou ta future femme, et comment, Dieu a orchestré les choses pour que vous en soyez là aujourd’hui, des années, des dizaines d’années plus tard. Souviens-toi du jour où tu as reçu la réponse positive de ton examen alors que tu n’y croyais pas. Souviens-toi, souviens-toi, souviens-toi. Comme Dieu le dit aux enfants d’Israël, car il sait que nous sommes de nature oublieuse. Souvenons-nous des bienfaits de Dieu. Et quand nous sommes en panne, souvenons-nous de Jésus-Christ qui s’est donné pour nous à la croix. Il n’y a pas de foi chrétienne sans cette mémoire vivante de l’œuvre de salut de Jésus-Christ accomplie à la croix.
3) La persévérance
Malgré les obstacles, malgré les difficultés, persévérer dans la foi. Oui, croire que Dieu travaille dans les coulisses et ne pas lâcher. Tenir bon, comme Abraham, au bénéfice d’une promesse, malgré tout ce qui aurait pu le décourager mille fois.
A vues humaines, c’est vrai, il y a des situations, parfois où tout paraît foutu. Et bien c’est justement là qu’il faut croire, qu’il faut marcher, par la foi et non par la vue ! Faire preuve d’une sorte de folie dans un monde rationnel qui fonctionne avec des statistiques, des éléments tangibles, des faits. Pensez au paralytique de la piscine de Bethesda en Jean 5 qui a persévéré pendant 38 ans avant d’être guéri par Jésus. Pensez à Marie Durand qui a persévéré pendant 38 ans, elle aussi, avant d’être libérée. 38 ans, frères et sœurs, oui, la persévérance se compte en nombre d’années, parfois en dizaine d’années ! Dieu est fidèle, il tient ses promesses, en son temps. J’ai parlé cette semaine avec un homme qui m’a raconté l’histoire de son petit frère : né avec le cordon ombilical très serré autour du cou, il était « mal parti » dans la vie avec des fonctions vitales et cognitives déficientes. Les médecins ont prédit à ses parents une vie difficile, qui ne serait en tous cas pas « normale ». Les parents se sont dévoués, acharnés même avec amour pour leur enfant, malgré les statistiques, malgré les prévisions, malgré les diagnostics. Aujourd’hui c’est un homme heureux, autonome, père de famille et même grand-père ! Par la foi, et non par la vue, les parents ont marché…
Pour conclure frères et sœurs, voilà un appel pour nous ce matin à marcher sur le chemin de notre vie, non pas avec les chiffres, les statistiques, les diagnostics, la rationalité, mais avec les yeux de la foi, cette foi qui comporte un grain de folie.
Croyons-nous en la parole et la promesse de Dieu ? Croyons-nous que ce qui nous attend auprès de lui n’est que félicité, et perfection ? Croyons-nous que même ce que nous avons vu de plus beau sur cette terre n’est rien par rapport à ce que nous verrons lorsque nous le verrons face à face ?
Quand Jésus dit à Thomas « heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru », il nous encourage, nous, 2000 ans plus tard, qui croyons sans voir vu le Christ ressuscité de nos yeux. Mais croyons-nous parce que c’est notre tradition et notre héritage, ou croyons- nous de cette foi vivante qui fait preuve d’imagination, de mémoire et de persévérance ? Que le Seigneur nous donne cette foi !
Amen.



