
Une victime mise à l’écart sur son lieu de travail
Bref rappel des faits. Le 8 avril, on apprenait que l’Église réformée neuchâteloise (EREN) avait prononcé une interdiction temporaire de travail contre l’une de ses anciennes ministres, également suspendue par l’Église réformée du canton de Vaud (EERV), son employeur actuel. Cette décision faisait suite à une enquête interne révélant des manquements à la déontologie pastorale. Au total, l’accusée aurait fait quatre voire cinq victimes, selon le Groupe de soutien aux personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse (SAPEC).
Mise à l’écart
Aujourd’hui, des voix s’élèvent dans les rangs de l’EERV, employeur de la femme qui a porté plainte contre la pasteure, pour dire que la victime est pénalisée. « En effet, son contrat temporaire n’a pas été transformé en contrat durable indéterminé, comme la procédure le prévoit, ce qui est d’autant plus surprenant qu’elle a accompli un parcours sans faute pendant les deux années probatoires » affirme Marie-José Aeby, cofondatrice du groupe SAPEC.
« Loin d’être reconnue pour avoir donné l’alerte, elle a été écartée des principales étapes marquant l’achèvement de son parcours : son nom ne figure pas sur la liste publiée des personnes ayant terminé leur formation en même temps qu’elle ; elle n’a pas été conviée à la présentation officielle devant le Synode de l’EERV, les 19 et 20 juin à Penthalaz ; enfin, elle n’apparaît dans aucune communication aux côtés de ses collègues et ne sera sans doute pas conviée aux événements publics qui doivent suivre », poursuit Marie-José Aeby. La victime n’a pas souhaité s’exprimer.
Protection des données
« L’EERV a fait le travail, elle a enquêté, elle a pris des mesures courageuses qui méritent d’être saluées, témoigne une source proche du dossier. Peut-être qu’elle n’a pas été très rapide, mais le boulot a été fait. En revanche, ce qui ne va pas, c’est la façon dont elle traite la victime. J’ai une théorie sur le motif de la non-transformation de son contrat temporaire en contrat fixe, c’est que l’Église espère que cela contribuera à faire retomber la vapeur. Mais cela revient à quelque part à sanctionner l’intéressée. »
Contacté à ce sujet, le service de presse de l’EERV nous a communiqué ce qui suit : « Un contrat de travail relève de la protection des données et cela concerne les intérêts directs d’une collaboratrice actuelle et, nous l’espérons, future. Pour ces deux raisons, nous refusons de porter atteinte aux intérêts de cette dernière en diffusant une information violant la protection des donnés. Enfin, en aucune manière, nous dérogeons à nos règles. Pour le surplus nous ne ferons aucun autre commentaire. »
Deux hypothèses
« Le fait que la victime soit mise à l’écart peut s’expliquer de deux manières : soit c’est pour la protéger, soit il s’agit d’une mesure de rétorsion, estime une autre source anonyme. En ce qui me concerne, je penche pour la seconde hypothèse, même si, stratégiquement, je pourrais comprendre que ce ne soit pas le moment de mettre cette personne en avant. »
Selon le code des obligations, l’employeur est tenu de protéger la personnalité des employés, relève un employé de l’EERV qui souhaite aussi rester anonyme. « Or la pasteure incriminée continue d’organiser des rencontres chez elle avec des gens de la paroisse pour influencer des collègues et propager des rumeurs. C’est assez problématique, parce que les rumeurs sont susceptibles de nuire à la santé de la personne qui en fait les frais. Le conseil synodal ne protège donc pas la victime. »
L’EERV se défend
Le Conseil synodal de l’EERV réfute ces allégations. Le 15 juin, l’EERV a rappelé dans un communiqué la chronologie des faits et les décisions qu’elle a prises dans cette affaire. Tout d’abord, l’EERV a été saisie de plaintes concernant la pasteure en question à la mi-2025, et elle a prononcé des mesures provisionnelles dès le mois d’octobre de la même année, « dans le souci de mettre un terme aux atteintes à la personnalité, de prendre soin des victimes et de lui permettre de mener à bien l’enquête qu’elle avait ouverte ». Suite à une enquête, l’accusée a été suspendue de ses fonctions, puis licenciée à la fin mai 2026 en raison d’atteintes graves à la déontologie pastorale et au code d’éthique et de conduite de l’EERV.



