
De Gainsbourg à Hugo, une anthologie protestante de la poésie française
« Il se trouve que j’aime la Bible. Et aussi la poésie », a-t-il confié récemment sur les ondes de Radio France. De cet attachement personnel est née l’idée de relire « toute la poésie française à l’aune du texte biblique », en repérant les citations, les échos, les détournements ou les refus assumés.
L’anthologie embrasse large : des vers de Clément Marot aux réécritures modernes, des élans mystiques aux provocations contemporaines. « Rien n’est interdit, de Charles Baudelaire à Michel Houellebecq », insiste-t-il, soucieux de montrer que la Bible continue d’imprégner la culture, parfois là où on ne l’attend pas.
Organisé selon l’ordre des livres bibliques, de la Genèse à l’Apocalypse, l’ouvrage donne à voir la Bible comme un socle littéraire. Elle apparaît tour à tour source d’inspiration, matrice d’images et de rythmes, mais aussi contrepoint critique ou repoussoir, de Victor Hugo à Jacques Chessex. « C’est un patrimoine singulier, un texte avec lequel on dialogue, qu’on adopte ou qu’on combat, mais qu’on ne peut pas ignorer », résume l’auteur.
La rencontre avec Rimbaud
Derrière le chercheur se dessine un homme au parcours inattendu. « Avant, je n’aimais pas vraiment la poésie. Au collège, au lycée, cela ne me touchait pas », raconte-t-il. « À la fac, j’ai suivi un cours sur Arthur Rimbaud qui m’a absolument ébloui. Ce cours a complètement changé ma perception. »
Cette révélation personnelle irrigue aussi sa pratique pastorale. « Lors des enterrements, je lis souvent des poèmes, comme ceux d’Olivier Cadiot. Sa langue minimaliste se lit très bien devant une assemblée recueillie », explique-t-il.
Dans cette anthologie, on retrouve les mots d’une centaine d’auteur(e)s de Jean de La Fontaine à Andrée Chedid, de Blaise Cendrars à Maurice Chappaz ou de Jacques Prévert à Charles Ferdinand Ramuz.
Avec ce livre, le pasteur strasbourgeois au look de musicien pop esquisse un portrait en creux : celui d’un lecteur passionné, converti tardivement à la poésie, pour qui la Bible demeure une réserve vivante de langue, d’images et de souffle.

