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©Abbatiale de Romainmôtier

Écouter le culte

En 2026, dans un monde marqué par les polarisations identitaires, sociales ou religieuses, les injustices et les conflits armés, comment méditer les paroles de Jésus sur le croix ? Comment accueillir l’appel du Christ : pardonner à ceux qui font du mal ? Comment répondre aujourd’hui, par notre vie, à sa demande J’ai soif ? Comment faire nôtre sa confiance lorsqu’il dit Père, en tes mains je remets mon esprit 

Se tenir devant la croix, écouter et repasser dans notre cœur les paroles de Jésus pour cheminer à sa suite…

Prédication

Référence(s)
Jean
Chapitre
18
Jean
Chapitre
19

Pour ceux et celles qui ont aimé ou admiré Jésus, la crucifixion a pu être ressentie comme un échec insoutenable.
Jésus a fait naître de tels espoirs : un esprit brillant, un cœur ouvert à tous, des talents de guérisseur, une éloquence bouleversante…
Jusque-là, rien ne semble impossible pour lui. Et voilà qu’il va subir la mort des criminels, crucifié entre deux voleurs.

Il apparaît comme une victime impuissante, ridiculisée, torturée, forcée de marcher jusqu’au lieu de la crucifixion, et désormais clouée sur une croix.
Et pourtant, il assume tout cela avec une forme de tranquillité, malgré l’extrême souffrance.
Sur le Golgotha, le Christ demeure dans le silence… Il accueille ce qui lui est infligé, il porte en lui la douleur des humains sans rendre le mal pour le mal.
Le prophète Ésaïe l’avait annoncé : « C’étaient nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. »

Ce silence de Jésus n’est pas une absence ; il est l’expression même de l’amour qui se livre jusqu’au bout.
Chaque plaie est une parole, chaque regard une promesse de pardon.
Si la croix est un lieu de torture et de mort, elle est d’abord le lieu où Dieu prend sur lui toute notre mort.

Ce qui est broyé en lui, c’est la haine du monde ; ce qui en naît, c’est la réconciliation, la guérison et la paix, au-delà de tout ce que nous voyons et expérimentons au cours de notre vie.

À la source du sang et de l’eau qui jaillissent de son côté s’ouvre la naissance d’une humanité réconciliée et d’un monde nouveau.
Et ses blessures sont des portes de la miséricorde. Elles laissent passer la lumière que rien n’éteint.

En conscience, Jésus se rapproche de notre impuissance. Il est là lorsque nous vivons l’égarement et la dérive, afin que nous ne soyons pas victimes, mais relevés avec lui.
On l’a cloué sur la croix, cloué fermement à tous nos échecs, assimilé à tous les apparents semeurs de désillusion qui génèrent chez les autres déception, méfiance ou amertume…
Le Christ prend en charge tous ceux, toutes celles qui croient avoir été abandonnés par Dieu.
Sa grâce, qui agit même en silence, est auprès des personnes qui croient voir leur vie se déliter sans pouvoir rien y faire.
Et après tout, notre destin est entre nos mains, puisque c’est lui, le Christ, qui les tient.

Ses bras sont étendus sur la croix, ouverts à chacune et à chacun, nous montrant la hauteur et la profondeur, la longueur et la largeur de l’amour de Dieu, qui n’a pas de limites.
Ce moment le plus sombre, quand le soleil et la lune ne brillent plus, est une révélation de sa gloire.

On peut contempler ce mystère à travers le visage des pauvres. Le Christ crucifié continue d’être visible en eux : dans le malade qui a mal, dans la personne qu’on rejette, dans l’enfant dont on se moque, dans le conjoint humilié, dans l’étranger que l’on redoute.
Ces visages blessés, c’est encore le sien.
Alors, qui sert ces frères et ces sœurs n’agit pas seulement avec amour : il touche la chair du Seigneur.
Car le lieu de toute véritable compassion est le lieu de la révélation. C’est là que l’amour de Dieu s’accomplit.

Plus nous laissons Jésus porter sur nous son regard de miséricorde, plus grandit en nous le désir de partager ce chemin de compassion qui mène à la Résurrection.

Avant de rencontrer la personne qui souffre, qui est devant moi, affaiblie, blessée, en attente, posons-nous cette question :
qu’ai-je fait de mes propres blessures ? De mes causes perdues, de mes errances, de mes fautes, de ma souffrance, de ma propre croix ?
C’est là, pourtant, que Dieu veut déposer son propre corps, tant il est proche de nous. On ne peut donner que ce que l’on a reçu.

Celui qui s’est laissé aimer jusque dans sa pauvreté devient capable d’aimer vraiment.
Vendredi saint ne nous invite donc pas d’abord à la tristesse, mais à la vérité : appelés à contempler un amour qui ne cherche pas à convaincre, mais à relever et à sauver.
Devant la croix, tout discours tombe ; il ne reste que la vulnérabilité de l’amour et de la gratitude.

Dans ce silence, chacun·e peut alors redire : « Par ses blessures, nous sommes guéris. » Et laisser ce mot de guérison descendre au plus profond de sa vie, là où le Christ continue d’aimer en secret.

Et puis, dans une souffrance indicible, Jésus a pris soin de sa mère. Dans un souffle, il la confie au disciple qu’il aimait. Marie rejoint les disciples. Ils ne seront jamais seuls.
Jésus, même sur la croix, ne nous laisse jamais seuls. Il ne nous veut pas repliés sur nous-mêmes, il nous veut debout dans notre cœur. Il nous aima jusqu’à l’extrême, et aujourd’hui encore, il nous veut heureux.