
On converge toujours jusqu’à Saint-Luc
La nuit tombe sur le quartier de la Pontaise, mais l’atmosphère derrière les portes de la Maison de quartier ne pourrait pas être plus chaleureuse. Dans l’aile est du bâtiment, accrochée depuis plus de dix ans à l’ancien temple de Saint-Luc, les voix d’une vingtaine d’enfants, de jeunes et d’animateurs bourdonnent.
Au premier étage, une dizaine d’enfants apprennent le breakdance. Au rez-de-chaussée,Hugo, Naim, Julio ou encore Chiara échangent joyeusement avec l’animateur socioculturel en mangeant des tartinesau Nutella.
Tout un quartier mobilisé
Cela fait douze ans que la Fondation pour l’animation socioculturelle lausannoise (FASL), organisme privé financé par la Ville de Lausanne, a investi les lieux. Avant cela, c’était un des temples de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud. Une telle réaffectation ne s’est pas faite du jour au lendemain et a mobilisé tout un quartier. À l’époque, Oscar Tosato était conseiller municipal et devait prendre cette décision pour plusieurs endroits similaires de Lausanne. «Pour des raisons de budget, mais aussi de fréquentation, la nécessité de garder tous ces lieux de culte se posait.» Il faut dire qu’en 2004, l’état général du temple de Saint-Luc se dégradait et son utilisation avait déjà été réduite à la faveur de la toute nouvelle chapelle oecuménique du Bois-Gentil, inaugurée en 2001. «Nous avons rencontré tous les acteurs impliqués», raconte l’ancien conseiller municipal. «Les plus grandes inquiétudes concernaient le fait que les paroissiens de Saint-Luc ne se déplaceraient pas jusqu’à Bois-Gentil ou Bellevaux, le troisième lieu de la paroisse.
Mon rôle était de rassurer. Il fallait pouvoir dire au club de couture qu’il pourrait continuer à venir et prendre part à ce nouveau projet.» Ancienne paroissienne assidue, Monique Krayenbühl se rappelle cette période avec philosophie. Non motorisée, elle admet ne pas aller très souvent à Bellevaux. «Les changements dans l’église, on était bien obligés de s’y habituer. Mais nous avons quelque peu perdu le contact avec le quartier. C’était une paroisse très vivante et aujourd’hui on est peu nombreux à nous rendre à Bellevaux», déplore-t-elle.
Dans les réflexions initiales, une salle du sous-sol du temple de Saint-Luc devait être dévolue au recueillement spirituel et gérée par la paroisse. Après quelques années, faute d’affluence, les derniers signes religieux ont été décrochés des murs. À la place, un billard et des canapés ont été installés pour les jeunes.
Un accueil universel
En 2013, les nouveaux locaux ont été inaugurés. Entre les anciens espaces et l’annexe ajoutée, une quinzaine de salles sont désormais à disposition de la FASL. Elles sont destinées à l’accueil de parents avec leur progéniture, à celui des enfants en milieu scolaire (APEMS), à des bureaux, à la cuisine et à des salles qui peuvent être louées à des associations locales pour des prix dérisoires.
Et malgré l’effigie du taureau de l’évangéliste Luc restée dans l’entrée, les activités religieuses sont aujourd’hui proscrites de la Maison de quartier. Ainsi, en son sein, les différences de croyance sont lissées au bénéfice d’un accueil universel.Si le clocher ne sonne plus, la nouvelle génération qui a pris possession des lieux se rassemble quand même à l’appel de sa communauté pour un moment de partage. Le même appel que celui auquel répondaient les paroissiens il y a de cela vingt ans.



