2 days 13 hours ago
Dans la sphère du domicile, le travail gratuit constitue une règle tacite ancienne, qui n’a rien d’exceptionnel, puisqu’il est considéré comme naturel et nécessaire, cantonné aux travaux domestiques et au soin. Longtemps attribuée aux femmes par défaut, cette économie souterraine composée de dévotion, d’heures non comptées et d’effort sans salaire, a pourtant été la base de l’économie officielle.
Parlons aujourd’hui d’une notion clé des affaires culturelles helvétiques: la massification du bénévolat au sein de l’organisation culturelle, en particulier dans le champ de l’événementiel, de l’art contemporain, de la presse mais aussi et de plus en plus dans celui du cinéma. Bien que le pays n’ait jamais été aussi riche, la tendance demeure à la hausse. Alors, pourquoi continue-t-on d’exploiter la culture et les femmes?
Ce parallèle n’a pourtant rien d’étrange, puisque tout comme le travail domestique, le travail culturel s’appuie sur une fiction tenace et rétrograde: la vocation n’aurait pas besoin d’argent. On ne travaillerait donc pas contre rémunération, mais pour la cause, l’engagement remplaçant le salaire; et en guise de reconnaissance symbolique, gardons donc le symbole comme rétribution matérielle.
Dans la majorité des cas, cette gratuité n’est plus un choix mais se voit imposée, sélectionnant les profils qui peuvent se permettre de travailler sans salaire, excluant silencieusement les autres classes sociales plus modestes, comme au siècle dernier.
Émilie Fradella
2 days 14 hours ago
De retour en terres genevoises pour sa 27e édition, le Festival international de films indépendants Black Movie a accaparé les écrans de la Capitale de la paix du 16 au 25 janvier pour y déployer sa fameuse sélection: 104 films, dont 48 longs et 56 courts, glanés çà et là dans les courants des eaux alternatives.
Émilie Fradella
2 days 15 hours ago
Shinji Sōmai (相米慎二), né le 13 janvier 1948 à Morioka, dans la préfecture d’Iwate, mort prématurément le 9 septembre 2001, est l’un des cinéastes les plus singuliers et les plus sous-estimés du Japon de l’après-Seconde Guerre mondiale. En l’espace de vingt années d’activité, il réalise treize longs métrages au parcours polymorphe, oscillant entre films populaires, expérimentations formelles et drames humains profondément sensibles.
Anthony Bekirov
3 days ago
To be or not to be, c’est l’audace faite film, pour un sommet de comédie noire qui se tient fièrement au niveau du Dictateur de Chaplin (1940) autant dans son ambition que dans sa portée politique.
Thomas Bonicel
4 weeks 2 days ago
Proclamée couleur de l’année 2026 par l’entreprise américaine Pantone, la nuance «Cloud Dancer» (PQ-11-4201TCX), tirant vers la teinte grège cotonneuse, à cheval entre le beige clair et le gris, anime les colonnes de la presse outre-Atlantique. Car si les tendances esthétiques sont présentées comme dictées par l’industrie, et plus grossièrement diffusées par le marketing médiatique - la Mode en cheffe de file -, elles donnent volontiers place à l’interprétation ainsi qu’aux savantes analyses de la part des spécialistes et journalistes de tout bord, qui se lancent à cœur joie dans la psychanalyse colorimétrique. TIME relaie d’ailleurs l’argumentaire du communiqué de Pantone tel un programme: «Une affirmation consciente de la simplification: Cloud Dancer renforce notre concentration, en nous libérant de la distraction des influences extérieures»1. Et le vocabulaire employé trahit déjà l’usage qu’on veut faire de cette teinte en prescrivant une disposition intérieure, car ce «blank canvas» n’est pas vide: il est déjà tendu et prêt à recevoir ce qui convient (et à effacer ce qui dérange).
Émilie Fradella
4 weeks 2 days ago
Sur la carte de Gaza tracée au sol à la peinture blanche, les neuf protagonistes du dernier long métrage de Nicolas Wadimoff, Qui vit encore (sortie romande le 28 janvier prochain), partagent une parole rare, redonnant une humanité singulière à des destins trop souvent réduits au silence. Échange croisé avec le réalisateur, Haneen Harara et Mahmoud Jouda, pour écouter ce qui résiste, malgré tout.
Laury Garcia Haouji
4 weeks 2 days ago
Projeté en ouverture de la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025, Promis le ciel est un second long métrage d’une grande pudeur, qui brosse le portrait de trois femmes, trois migrantes subsahariennes ayant rejoint la Tunisie. Rencontre avec Erige Sehiri à l’occasion de l’avant-première genevoise en fin d’année passée.
Luca Palumbo
4 weeks 2 days ago
Pour identifier les films qui ont marqué Ciné-Feuilles en 2025, nous avons demandé un classement annuel des 10 meilleurs films à 17 de nos critiques. Il en a découlé une liste de 83 titres.
Émilie Fradella
4 weeks 2 days ago
En 2022, Elena López Riera signait son premier long métrage, El Agua, une fiction aux accents documentaires portée par de solides interprètes, mais fragilisée par la multitude de thématiques qu’elle cherchait à embrasser.
Marvin Ancian
1 month 3 weeks ago
En clôturant cette brumeuse année 2025, une évidence s’impose: la grammaire des faits majeurs qui l’ont traversée n’a jamais pris la forme d’événements stabilisés. Ces douze derniers mois ont adopté la configuration de l’épisodique, avec des signaux dispersés et des informations incomplètes, qui ne se laissent pas véritablement saisir. Alors dans ce bouillon, que choisir? Ce monde qui nous apparaît sans jamais se constituer pleinement trouve un écho direct dans la pensée de Jacques Derrida, formulée dès De la grammatologie (1967). La présence n’y advient jamais comme totalité, mais toujours dans un mouvement de décalage et de retard. Il n’y a, chez lui, aucune présence qui ne soit déjà travaillée par le retrait, aucune manifestation qui échappe à l’ajournement ou au désajustement. Le monde contemporain ne se présente plus comme un ensemble d’événements auxquels nous aurions accès, mais comme une série de données disjointes, partiellement occultées, soumises à des temporalités qui échappent au présent. Derrida parle alors de la disparition du «présent plein»: ce que nous percevons est toujours déjà en retard sur lui-même, lié à un passé incomplet et à un futur qui ne se réalise jamais entièrement.
Émilie Fradella
1 month 3 weeks ago
Comment l’artistique et l’économique se reconfigurent-ils face à des politiques institutionnelles? À l’occasion du Festival international du film de Genève (GIFF) 2025, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Gaëlle Mourre et Quentin Darras, un couple d’artistes basé au Royaume-Uni ayant produit des expériences en réalité virtuelle (VR), aujourd’hui en pleine réorientation.
Ani Gabrielyan
1 month 3 weeks ago
Cette édition ouvre une nouvelle décennie pour ce festival tourné vers la création audiovisuelle dans toute sa diversité. Mettant à l’honneur à la fois le cinéma, que les séries ou encore des œuvres de réalités virtuelles, le festival, dont le cœur battant est situé dans la charmante bâtisse du Théâtre Pitoëff, a vu le public défiler en nombre.
Noémie Baume
1 month 3 weeks ago
Comme à l’habitude, le Festival FILMAR en América Latina propose une plongée passionnante dans les cinémas latino-américains au creux du réputé sombre mois de novembre. Véritable vitrine de ces cinématographies, dont les films restent peu distribués dans les salles helvétiques, ce festival offre l’occasion aux spectateur·rice·s du bout du lac de faire de belles découvertes sur grand écran.
Noémie Baume
1 month 3 weeks ago
Début octobre se tenait à Genève la 13e édition du Festival Everybody’s Perfect. Unique festival de cinéma queer en Suisse romande, il unit, chaque année, les arts et les rencontres pour célébrer les expressions des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, intersexes et queer du monde entier. À cette occasion, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec Anna Cazenave Cambet, venue présenter en avant-première suisse son dernier long métrage Love Me Tender.
Luca Palumbo
1 month 3 weeks ago
Du 22 au 26 octobre derniers, ni la pluie, ni la tempête Benjamin n’ont empêché le Vevey International Funny Film Festival (VIFFF) de faire rire son public dans la bonne ambiance qui lui est propre. Après une édition anniversaire, le festival remettait le couvert pour la 11e fois, en reprenant sa formule sur cinq jours et battant à nouveau son record d’affluence, avec plus de 9'500 spectateur·rice·s. Retour sur quelques œuvres découvertes, et parfois primées.
Marvin Ancian
1 month 3 weeks ago
La troisième saison de la série anthologique Monstre choisit de mettre en scène sur huit épisodes l’histoire du pilleur de tombes et deux fois tueur Ed Gein. Si les scènes extrêmes s’enchaînent avec une volonté claire de choquer, on en ressort surtout mal à l’aise par l’exploitation et la mythification de son sujet.
Victor Comte
3 months ago
Fini la légèreté, la grande Histoire avec un beau H. Fini les plans quinquennaux sur la comète, les récits flamboyants d’espoir et de spectaculaire. Nous vivons l’après: l’après des mythes, des promesses et des chants collectifs. Le monde s’est dévêtu de ses légendes, et le cinéma, désormais, en porte la banale nudité. Nous, critiques et spectateurs, avançons dans ce que Byung-Chul Han décrit comme une époque où le sujet de la performance s’exploite lui-même et croit, ce faisant, se réaliser1: plus de transcendance, moins de vanités.
Dans les propositions de ce numéro, quelque chose s’est effondré. Qu’il soit politique, amoureux, familial ou romanesque, le temps qui s’y reflète semble avoir perdu foi en ses récits. Le désenchantement y agit comme une couleur, grisante et grisée, à la fois lucide et mélancolique, qui attaque les images comme une fièvre lente et désabusée.
Cette fièvre, c’est peut-être celle que notre époque nous a refilée: brûlant les esprits sans les consumer, épuisant sans renverser... Une fièvre du trop-plein, que l’on soigne avec des slogans génériques, qu’on maquille sous les chiffres de croissance ou de décroissance comme une vulgaire voiture volée. Mais d’où vient ce mal? On nous a longtemps répété que la richesse de cette croissance, la culture, la reconnaissance «descendraient» d’elles-mêmes, comme une pluie fine depuis les étages supérieurs - plus on engraissait le haut, plus le bas serait sauvé.
Ruissellement, disait-on...
Émilie Fradella
3 months ago
Du 11 au 19 octobre se tenait le Festival Lumière à Lyon, berceau du 7e art, pour sa 17e édition. En conjuguant projections restaurées, hommages à des cinéastes légendaires, avant-premières prestigieuses et rencontres avec des invités, cette édition a pu rassembler amateurs et professionnels de cinéma, dans un amour partagé pour la salle obscure. Michael Mann s’est vu remettre le Prix Lumière, aux côtés d’invités de renoms, à l’instar de Sean Penn et Natalie Portman, tandis que la programmation s’est aventurée du muet aux grandes rétrospectives portant sur le travail de Louis Jouvet, Seijun Suzuki ou encore Martin Ritt.
Mathilde Panchaud
3 months ago
Le Lausanne Underground Film & Music Festival (LUFF) s’est révélé cette année comme un vague terrain d’expérimentation cinématographique, plus hésitant que les précédentes éditions, où l’excès ne fut pas tant un geste provocateur ou bien une posture, mais plus un état d’être dans une tentative parfois hésitante mais surtout sincère, de maintenir vivante l’idée qu’un cinéma puisse encore être un espace d’émancipation.
Émilie Fradella
3 months ago
Duo complémentaire, la journaliste Pascale Bourgaux et le cinéaste Mohammad Shaikhow signent avec Hawar, nos enfants bannis un film nécessaire devenu une référence pour comprendre le sort des femmes yazidies victimes de Daesh. Tourné sur plusieurs années, il est aujourd’hui projeté jusque dans les tribunaux pour éclairer le contexte du génocide yazidi. À l’occasion de sa sortie en Suisse, ils reviennent sur cette enquête au long cours dans un entretien passionnant.
Laury Garcia Haouji
Checked
10 hours 5 minutes ago
Ciné-Feuilles est une revue indépendante qui paraît tous les mois, parle de tous les films qui sortent dans les salles de Suisse romande, propose une sélection de films diffusés sur le petit écran, offre des compte-rendus de plusieurs festivals de cinéma
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