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L'Institut œcuménique, au château de Bossey - oikoumene.org
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Institut oecuménique de Bossey - oikoumene.org
L'Institut œcuménique, au château de Bossey - oikoumene.org

Institut œcuménique de Bossey, 80 ans de « contre-culture »

12 octobre 2026
 
5 min de lecture
L’Institut de Bossey célèbre ses huit décennies. Fondé en 1946 sur la Côte vaudoise, ce centre lié au COE accueille des étudiantes et des étudiants en théologie du monde entier pour un semestre de formation œcuménique. Une expérience de vie communautaire significative dans une époque polarisée.

Que se passe-t-il lorsqu’une trentaine d’étudiants et étudiantes de presque autant de pays et de confessions chrétiennes vivent, étudient, partagent, prient et voyagent ensemble durant près de six mois ? La réponse se trouve à l’Institut œcuménique de Bossey, qui renouvelle l’expérience chaque automne. Ce laboratoire de vie et de formation œcuménique fête ses 80 ans en ce mois d’octobre.

L’Institut, lié depuis ses origines en 1946 au Conseil œcuménique des Églises (COE), est niché dans la campagne vaudoise, à Bogis-Bossey. Il occupe un château du 18e siècle, doté d’une tour médiévale, d’une orangerie réaménagée et d’un grand parc surplombant le lac Léman, à quelques kilomètres de Genève. Chaque matin, les étudiants commencent leur journée, à l’appel des cloches, dans la chapelle aménagée dans l’ancienne cave cistercienne du domaine. « Au-delà de la formation théologique, c’est une véritable expérience résidentielle pour les étudiants venus des quatre coins du monde, qui peuvent ainsi se confronter à leurs différences, et même aux points de division entre leurs Églises », commente Odair Pedroso Mateus, étudiant dans les années ‘80, et qui y a ensuite enseigné de 2004 à 2021.

« Au moment de la reconstruction de l’Europe, après la Seconde guerre mondiale, il s’agissait de créer un centre de formation chrétienne, pour des laïcs, leur permettant de réfléchir, à la lumière de leur foi, à leur responsabilité dans ce processus de reconstruction et au rôle que pouvaient y jouer les Églises », relate celui qui a également été directeur de la Commission Foi et Constitution du COE jusqu’en 2022. Avec le temps, cette tâche devient moins urgente, l’Institut se concentre sur la formation théologique d’étudiants et de jeunes pasteurs, dans le domaine de l’œcuménisme. 

Interculturel et interconfessionnel

La participation, d’abord exclusivement européenne, s’est élargie, au cours des décennies, aux cinq continents. A Bossey, la dimension interculturelle se marie donc à l’interconfessionnelle. Pour autant, l’Institut veille à tisser des liens avec la région où il est établi : chaque automne, c’est la paroisse réformée locale de Terre-Sainte qui accueille, au temple de Céligny, l’ouverture de l’année académique de Bossey.

L’Institut de Bossey dispense aujourd’hui des formations en vue de l’obtention de différents diplômes d’études œcuméniques, en lien avec l’enseignement théologique de l’Université de Genève. Mais « l’essentiel de l’expérience de Bossey ne se déroule pas en salle de classe », observe le Zurichois Tobias Adam, étudiant à Bossey il y a deux ans : c’est la vie communautaire qui prend rapidement le dessus au sein du groupe, permettant à ces jeunes de développer une culture interconfessionnelle qu’ils pourront réinvestir dans leurs Églises locales de provenance.

Un objectif : la réalité concrète de l’unité

Dans « un monde si divisé et clivant », se remémore Miles Baker Hunt, ancien étudiant méthodiste étasunien, l’objectif à vivre à Bossey est la réalité concrète de l’unité visible. « Cela se manifeste en particulier dans la planification du culte entre étudiants issus de milieux confessionnels très différents. J’ai eu la joie, par exemple, de préparer un culte avec un collègue de l’Église apostolique arménienne. Notre service a alors intégré à la fois nos traditions et une combinaison d’anglais et d’arménien. »

Tobias Adam confirme ces souvenirs : « C’est sans doute avant tout le fait d’être intégré dans un réseau mondial de relations et d’amitiés qui m’a le plus marqué. Car c’est tout autre chose de connaître personnellement des personnes originaires d’Ukraine ou du Myanmar, et d’écouter leurs témoignages, que de simplement découvrir les guerres dans ces pays à travers les médias. » Une expérience qu’avait faite déjà Daniel Attinger, moine dans la communauté de Bose (Italie), qui avait suivi un semestre œcuménique à Bossey dans les années ’60 : « J’y ai compris combien la vie chrétienne peut avoir de répercussions dans le monde politique : c’était le temps de l’apartheid en Afrique du Sud, et divers étudiants venaient de là. Nous avons vécu des heures mémorables sur cette question. » Durant ce semestre, le Neuchâtelois se souvent avoir eu le privilège de rencontrer aussi le patriarche Athénagoras de Constantinople, grand acteur de l’œcuménisme d’alors. « J’ai par ailleurs retrouvé l’un des étudiants à Jérusalem. Il y était devenu évêque au Patriarcat grec », ajoute-t-il.

Responsabilités ecclésiales

Parmi les personnalités, étudiants ou professeurs, ayant gravité autour de Bossey, plusieurs ont ensuite assumé des responsabilités importantes dans leur Église. Un exemple parmi tous : le patriarche Daniel de Bucarest. L’actuel chef de l’Église orthodoxe roumaine a été chargé de cours à l’Institut œcuménique à partir de 1980, il en a même été le directeur adjoint entre 1986 et 1988. C’est que « le monde a besoin de dirigeants capables d’écouter avant de parler, de dialoguer avant de diviser, de réconcilier plutôt que de polariser, et de rechercher le bien commun plutôt que de défendre des intérêts particuliers », confirmait le secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises dans son discours, lors des célébrations du 80e anniversaire de l’Institut. Et Jerry Pillay de souligner, le 7 octobre dernier : « C’est précisément là que Bossey peut apporter une contribution extraordinaire. » En effet, commente Odair Pedroso Mateus, « l’Institut œcuménique de Bossey met en œuvre des valeurs contre-culturelles à une époque de polarisation, c’est une école de paix associée à une école d’unité chrétienne ».