Aller au contenu principal
(c) iStock
i
(c) iStock

Quand les neurosciences partent à la rencontre de l’âme

Entretien
L’Université de Genève fait dialoguer spiritualités et neurosciences, les 23 et 24 avril, lors d’un colloque interdisciplinaire. Pour la neuroscientifique Lia Antico qui y participera, la méditation permet de réduire l’anxiété et de renouer avec le divin.

LV: Vous vous intéressez à la neurospiritualité, en quoi cela consiste?

LA: C’est un nouveau champ qui témoigne d’une volonté des neurosciences d’aller à la rencontre de la spiritualité. En observant le cerveau par neuroimagerie pendant la prière ou la méditation, les études en neurospiritualité cherchent à décrire l’expérience spirituelle, qui est universelle. Elles étudient aussi ses effets sur la santé mentale. Par exemple, de quelle manière des pratiques méditatives chrétiennes comme la prière de Jésus et le rosaire peuvent augmenter le bien-être psychologique et émotionnel tout en réduisant l’anxiété.

LV: Au centre de votre recherche scientifique, il y a la méditation pleine conscience.

LA: En quelques mots la pleine conscience consiste à se concentrer sur le moment présent, en portant une attention bienveillante sur ce qui se passe en soi et autour de soi. C’est d’ailleurs, ce qui m’a mené à passer quatre ans à l’Université Brown, aux États-Unis, pour développer une application basée sur la pleine conscience pour réduire les burn-out et l’anxiété chez les professionnels de la santé.

LV: Une pratique que vous enseignez également.

LA: Aujourd’hui, je travaille au sein de l’Unité de Pédagogie Médicale de l’Université de Fribourg pour développer des propositions de soutien aux étudiants en médecine et aux médecins assistants.

De plus, je collabore avec l’aumônerie et j’y propose des méditations laïques et spirituelles. Depuis longtemps, pratiquer la méditation m’aide à nourrir ma vie intérieure et à prendre des décisions dans ma vie professionnelle. Je m’inscris dans la spiritualité ignatienne, du fondateur des Jésuites, Ignace de Loyola. (ndlr. Auteur de «Les exercices spirituels», un ouvrage de discernement et de méditation)
La méditation existe dans la majorité des courants religieux, mais chacun est libre de la pratiquer aussi de façon laïque.

LV: Dans le cadre de ce prochain colloque à Genève, vous donnez une conférence intitulée «Neurospiritualité et santé mentale: quand le cerveau rencontre l’âme». Qu’est-ce que l’âme?

LA: Les traditions spirituelles décrivent souvent l’âme comme le siège de la conscience et l’essence de notre identité. Parallèlement, les neurosciences permettent d’identifier l’activité cérébrale lors d’expériences spirituelles. Ma conférence explore justement cette zone de rencontre. Les recherches montrent que les états de conscience modifiée, comme la prière ou la méditation, induisent des changements d'activité dans des zones cérébrales liées aux pensées centrées sur soi. Cela rejoint ce que les mystiques décrivent comme une expérience spirituelle de l’ordre de la transcendance, où l'on se sent relié à plus grand que soi ou connecté à l’universel. 

LV: L’expérience spirituelle peut parfois s’exprimer par des visions. Quelle est la frontière entre troubles psychiques et mysticisme?

La frontière n’est pas simple à dessiner car sur le plan de l’expérience, le contenu peut parfois être très similaire. La différence réside avant tout dans la façon dont une personne l’inscrit dans son vécu, quelle signification elle donne à cette vision et quel est son impact. Chez une personne souffrant de troubles psychiques, ces manifestations peuvent provoquer des angoisses, une désorganisation du quotidien et une grande souffrance.

En revanche, chez certains mystiques du Moyen-Age et de la Renaissance l’expérience d’une rencontre avec le divin a un impact positif. Par exemple, Hildegarde de Bingen a trouvé le soutien de figures majeures de l’Eglise et de la politique grâce à ses visions, ce qui était exceptionnel pour une femme à cette époque. De son côté, Ignace de Loyola, s’en est inspiré pour mieux servir Dieu et la communauté, posant les bases de la Compagnie de Jésus (ndlr. donc les Jésuites).

Dr. Lia Antico, «Neurospiritualité et santé mentale: quand le cerveau rencontre l’âme», jeudi 23 avril, 16h15.

Décloisonner les savoirs

«De plus en plus de personnes s’intéressent à la méditation ainsi qu’aux nouvelles spiritualités. Cela peut s’inscrire dans le cadre d’un accompagnement spirituel, d’une quête de sens ou avec la volonté de se rapprocher de Dieu», relève Mariel Mazzocco, responsable des enseignements en spiritualité et organisatrice du colloque «Spiritualités et neurosciences», à l’Université de Genève. «Je constate, toutefois, un vrai flou et une méconnaissance du public face à ces thématiques», ajoute la philosophe.

Ce colloque a donc deux objectifs: faire dialoguer des chercheuses et chercheurs de différents horizons et proposer des clés de compréhension à un large public. Ainsi, les 23 et 24 avril, une quinzaine de psychologues, anthropologues, philosophes et neuroscientifiques croiseront leurs recherches sur la place de la spiritualité dans les soins et dans la société. «Les rencontres interdisciplinaires permettent de décloisonner les savoirs afin de dépasser une perspective unique. Face à l’essor des nouvelles offres spirituelles, un éclairage des différentes pratiques contribue ainsi à éviter la manipulation, voire des situations d’emprise», précise encore Mariel Mazzocco. Le colloque est gratuit et ouvert à toutes et tous.

Colloque interdisciplinaire « Spiritualités et Neurosciences », UNIGE, 23-24 avril 2026.