
Les chrétiens font du ski
Sur les pentes neigeuses, la foi en Dieu n’est pas un tabou. À preuve, plusieurs figures marquantes du ski mondial ont affiché leurs convictions, dont l’autrichien Matthias Mayer, médaillé d’or et de bronze aux Jeux Olympiques de Pékin, connu pour être un chrétien engagé. À leur plus modeste niveau, des skieurs chrétiens lambda ont créé une association romande, « Riders pour Christ ». Interview de son co-fondateur, Yann Valdez.
- Comment est née votre association ?
- L’idée nous est venue en rencontrant d’autres chrétiens dans le cadre d’événements organisés par l’association internationale des snowboarders et skieurs pour Christ, fondée en 1995 en Nouvelle-Zélande. Chaque année, elle organise un rassemblement européen en début puis en fin de saison ; le prochain aura lieu à Saas Fee au mois d’avril. Entre les deux, il y a des rencontres par pays, avec des weekends de glisse. L’association compte actuellement environ 3000 membres, soit 35 groupes ou partenaires nationaux dans une dizaine de pays dont la France, l’Autriche et la Suisse – enfin, uniquement la Suisse alémanique jusqu’à la formation de notre antenne romande en 2025. C’est la barrière linguistique qui nous a poussés à faire le pas. C’était plus facile que de se rendre dans la région de Chamonix… Nous avons commencé par créer un groupe WhatsApp en mars de l’année passée, afin de rassembler des gens, puis nous avons organisé notre première rencontre romande en décembre dernier.
- Vous êtes plutôt des skieurs, ou des snowboarders ?
- C’est assez équilibré, même si nous avons quand même plus de skieurs que de snowboarders. Dans les événements internationaux, il me semble que le rapport est inversé, mais c’est difficile à dire… Nous sommes aussi plus ou moins à égalité en termes de représentation hommes-femmes. Quant à l’âge, cela va de 15 et 50 ans, avec une moyenne qui se situe entre 20 et 30 ans.
- Vos membres sont-ils protestants, catholiques, ou y a-t-il un peu des deux ?
- Nous sommes quasiment tous protestants. Nous avons un ou deux catholiques qui se joignent parfois à nous et c'est cool. Personnellement, je fréquente l’Église de Westlake, à Lausanne, avec la co-fondatrice Mélanie Cretegny.
- Quelle était votre motivation ?
- J'ai toujours voulu rencontrer d'autres chrétiens qui partagent la même passion que moi. Je me suis dit que dans un pays comme la Suisse, où plein de gens skient, on répondrait à une demande. Au départ, on voulait simplement créer un réseau, une communauté pour s'encourager les uns les autres et passer de bons moments ensemble sur les pentes. Mais on avait aussi dans l’idée de partager l’amour de Jésus avec les autres. Donc on avait clairement un objectif d’évangélisation.
- Concrètement, l’évangélisation sur les pistes, cela ressemble à quoi ?
- On n’a pas encore fait beaucoup de choses, et ce sont de petites choses, comme engager une conversation sur un télésiège, ou organiser des apéros fart ouverts à tous. On a aussi fabriqué des pancartes avec des questions qui interpellent, pour permettre d’ouvrir la discussion. Avec l’association européenne, on a proposé un apéro sur un parking en Autriche, avec des gâteaux et du vin chaud. Là-bas, j'avais vu des skieurs chrétiens distribuer des biscuits et chanter des cantiques sur ce même parking, et j’avais trouvé que c’était sympa. Certaines personnes avaient été touchées. Je serais heureux de voir ce genre de scènes dans notre région.
- Vos membres sont exclusivement chrétiens ?
- Oui. Je ne pense pas qu'il y ait spontanément beaucoup d'intérêt pour notre association chez les non-chrétiens, ce n’est pas très attractif pour eux a priori. Mais j’espère que dans le futur, notre communauté sera une opportunité pour eux d'en apprendre plus sur la religion.
- Sur son site, l’association dont vous vous êtes inspirés dit que le monde du ski est un peu noir. Qu'est-ce qu'il faut entendre par là ?
- Il y a des clichés sur le snowpark et l’après-ski, où les gens consommeraient des drogues et de l’alcool. C’est vrai que cela peut vite devenir très sombre. Il y a aussi une prévalence assez importante de dépression chez les athlètes, pas seulement au haut niveau, mais aussi chez les saisonniers. Je travaille comme saisonnier et c’est clairement quelque chose que je remarque.
- Qu’est-ce que la foi peut apporter au skieur ?
- On se sent moins seul et on ressent une certaine paix, malgré les défis ou les blessures. On a une plus grande motivation à skier avec gratitude. À mon avis, la foi peut tout particulièrement aider les sportifs de haut niveau, à cause de toute la pression à gérer.
- Vous connaissez des sportifs de haut niveau qui ont la foi ?
- En Suisse, il y a le snowboarder freestyle Frederik Kalbermatten, qui a participé à l'épreuve masculine de demi-lune aux Jeux olympiques d'hiver de 2006. Je sais qu’il a été actif dans l’association internationale des snowboardeurs et skieurs pour Christ. D’une manière générale, il y a de plus en plus d'aumôniers présents dans les grands évènements sportifs. Dans le football, je connais le défenseur Badile Lubamba, premier joueur d’origine africaine sélectionné en équipe de Suisse. En France, il y a Olivier Giroud. J’ai aussi entendu parler d’une association, Athletes in action, avec laquelle je vais collaborer bientôt. C’est une organisation sportive chrétienne internationale qui accompagne les sportifs dans les questions liées à la vie et à la foi. Elle est soutenue par Sandrine Rey, hockeyeuse suisse qui a participé au tournoi féminin des Jeux olympiques d'hiver de 2006.
- Vous suivez les Jeux Olympiques de Milano-Cortina ?
- Oui. Je suivrai le match de hockey de la Suisse contre le Canada vendredi, et les épreuves de slalom géant des hommes et des dames ce week-end. Je pense que ce ne sera pas facile contre le Canada, mais la Suisse joue bien. Et Malorie Blanc a fait un bon résultat récemment, elle pourrait nous impressionner.
- À votre avis, combien de médailles la Suisse va-t-elle ramener ?
- Allez, soyons optimistes : une vingtaine !

