
Michael Porret, l’aumônier qui parle avec les mains
Michael Porret n’avait pas prévu de devenir aumônier des sourds et malentendants. Il le raconte sans halo, sans grande musique intérieure. Un séjour au Brésil avec sa femme, une école biblique, et soudain cette conviction étrange: apprendre la langue des signes. Pourquoi? Mystère. Aucun proche sourd, aucune histoire familiale liée à ce handicap. De retour en Suisse, ils s’inscrivent à des cours. Puis deux personnes lui parlent d’un poste d’aumônier. Michael Porret a déjà trois emplois, ne cherche rien, se présente «un peu en touriste». Le courant passe. Le voilà embarqué.
Depuis, il accompagne une petite communauté fidèle, entre Neuchâtel et Tavannes. Sur le papier, une quarantaine de noms; dans la vraie vie, une vingtaine de personnes qui reviennent au culte, à l’étude biblique, aux sorties. «Une Église à taille humaine, où l’on ne compte pas en masse, mais en liens. Ce qui rassemble? La foi, bien sûr», explique l’aumônier. Mais aussi une langue, des gestes, une culture. «Un petit pays dans notre pays», résume-t-il. «Une blague qui ferait mouche dans une paroisse entendante peut tomber à plat ici.»
Une langue pour faire passer la foi
Michael Porret n’est pas interprète au sens strict. Il fait plutôt le pont. Il parle français pour celles et ceux qui ne signent pas, mais il se cale autant que possible sur la langue des signes. Il simplifie sans raboter, illustre sans infantiliser. Quitte, dit-il en riant, à parler parfois «en mode Tarzan». Sa priorité n’est pas de briller. Elle est que tout le monde comprenne. Dans cette communauté, la parole doit devenir visible. Elle se pose dans l’espace, s’incarne dans le geste, passe par les yeux. Cette langue l’a déplacé. Lui qui se perd facilement sans image a trouvé là une autre profondeur. «Quand on parle d’oral et d’écrit, il manque clairement la partie image», dit-il. Pour préparer un culte, il pense autrement. Il cadre, montre, cherche le support qui fera passer le texte. Les paraboles bibliques, elles, ne coulent pas toujours de source. «Quand Jésus parle du levain pour évoquer le Royaume de Dieu, certains restent sur le pain, la pâte, le boulanger. La métaphore ne décolle pas forcément», précise l’aumônier. Alors il faut reprendre, inventer, trouver d’autres chemins.
Ce qu’il aime chez les sourds et malentendants qu’il accompagne, c’est leur «simplicité sans être simplistes». Leur manière directe de recevoir la Bible: c’est écrit, on croit, cela suffit parfois. Cette franchise lui fait du bien. Elle ramène au texte, au concret.
Le poste d’aumônier occupe 30 % de son temps. Le reste? Il brasse. De la bière, depuis vingt ans, près de Saint-Aubin. Là encore, les frontières sont poreuses: des membres de la communauté viennent visiter, passent commande, discutent. Michael Porret est aussi instructeur de parapente dans l’école de son frère. Une autre affaire de gestes précis, de confiance, d’air qui porte ou qui secoue. Vu de loin, son CV ressemble à une plaisanterie: aumônier, brasseur, moniteur de parapente. Vu de près, tout se tient.
Le défi de rejoindre les jeunes
A la maison aussi, la vie circule fort. Marié, père de cinq enfants – quatre biologiques et un accueilli depuis plusieurs années –, il vient souvent au culte avec toute sa tribu. Sa femme travaille dans l’aumônerie de prison. L’accueil, chez la famille Porret, n’est pas une posture. C’est une habitude. Aujourd’hui, son défi tient en peu de mots: rejoindre les jeunes. Ils sont moins présents, plus intégrés au monde entendant. Que faut-il changer pour qu’ils trouvent leur place? Michael Porret n’a pas de formule magique. Il préfère écouter.





