
Denise Jaquemet, portée par la promesse que Dieu pourvoira
«Je travaillais pour le Département missionnaire (aujourd’hui DM). Je faisais de la recherche de fonds et je n’aimais pas ça», résume Denise Jaquemet. Une situation qu’elle portait dans la prière, demandant à Dieu ce qu’il voulait qu’elle fasse de sa vie. «En 2011, j’ai reçu un appel extraordinaire. J’ai entendu une voix tout à fait audible qui venait de mes tripes me dire d’ouvrir un gîte sur le chemin de Compostelle », témoigne-t-elle. «J’ai bondi de joie et accepté cet appel. Mais j’ai encore demandé à ne pas être seule », relate-t-elle.
Elle démissionne, quitte son appartement, vend sa voiture et entreprend, à 54 ans, un pèlerinage au départ de la cathédrale de Lausanne, persuadée qu’en chemin elle trouvera le lieu où réaliser la volonté divine. «En même temps que mon appel, j’ai reçu la promesse que Dieu pourvoira», explique-t-elle. Une promesse qu’elle associe volontiers à l’adage qui dit «aide-toi et le ciel t’aidera». Un appel ne signifiant pas que tout sera simple.
«Je n’avais jamais pensé faire ce pèlerinage, je préférais la montagne!» avoue-t-elle en riant. Pourtant, la marche devient une école de vie. «J’ai rencontré des gens aux motivations si diverses: sportives, spirituelles ou simplement en quête de sens. Beaucoup couraient à la bénédiction des pèlerins après la messe, sans même se dire croyants. Cela m’a montré à quel point les gens sont ouverts à l’échange et à la transcendance.»
Mais les jours passent et Denise ne reçoit toujours pas de signe clair quant au lieu où créer un gîte. «Plus j’avançais, moins j’étais bien intérieurement. Je me disais: ‹ Mais finalement, je fais quoi après?»
Retour sans perspective
«Quand je suis rentrée en Suisse, on m’a conseillé de faire une retraite. Je suis allée chez les sœurs de Grandchamp (à Areuse, NE) pour savoir où Dieu voulait ce gîte.» La première lecture biblique du premier
dimanche est une révélation. «C’était Genèse 22, quand Abraham aurait dû sacrifier son fils. Il trouve un bélier et nomme cet endroit ‹Jehovah Jire›, ce qui signifie ‹l’Eternel pourvoira›. C’était presque ma promesse. Je me suis alors dit que je pourrais appeler mon gîte ‹El Jire›, ‹ Dieu pourvoira », dévoile Denise.
«J’ai quand même demandé à une sœur si ce n’était pas prétentieux d’avoir le nom avant l’objet. Parce que je n’avais aucune perspective à ce moment-là, en 2012, où Dieu voulait ce gîte.» Pragmatique, la sœur lui répond: «Avec un nom comme ça, tu peux y aller.» Pour Denise, plus qu’un nom, c’est devenu une vocation.
Après trois ans de recherche spirituelle, elle doit retrouver du travail. «Je n’ai aucun diplôme. J’ai arrêté de me former après l’école, mais Dieu a pourvu. Les choses se sont enchaînées: j’ai fait des ménages, j’ai
repris un temps partiel à DM, des accueils au Café du marché de Payerne (qui était alors un projet de l’Eglise réformée visant à favoriser le lien social, NDLR), j’ai fait un peu d’administratif», liste Denise Jaquemet, qui à
l’approche de la soixantaine vit à la cure de Montpreveyres. «La fenêtre des toilettes donnait sur les combles et je voyais régulièrement cet immense espace vide. J’ai compris petit à petit que Dieu voulait ce gîte ici même, à 15 km en amont du point de départ de mon pèlerinage.»
Premiers accueils dès 2019
Les difficultés ne faisaient que commencer. Le lieu, propriété de l’État de Vaud, fait l’objet d’une note 1 au recensement architectural, ce qui désigne un bâtiment d’intérêt national ou cantonal majeur. Mais Dieu a pourvu et a placé les bonnes personnes au bon endroit, permettant au projet d’avancer peu à peu. Premier facilitateur, le diacre Bertrand Quartier, avec lequel elle travaillait déjà à DM, arrive à la cure. Il cède son bureau ministériel pour en faire un premier lieu d’accueil des pèlerins, mais sans cuisine. Une association se forme et, dès 2019, chaque jour, en été, des bénévoles accueillent les pèlerins entre 16h et 18h. Déjà 1270 personnes ont séjourné à El Jire.
«Le nouveau gîte fonctionnera de manière différente: un repas du soir sera proposé. Les hospitaliers ne seront donc plus là seulement pour l’accueil, mais vivront sur place durant une semaine. Ils devront préparer le repas, faire un peu de ménage», explique Denise. Une nouvelle équipe de bénévoles s’est constituée, pour la plupart des hospitaliers actuels ne désirant pas faire leur valise pour aller à 10km de chez eux. Elle, en revanche, se réjouit de boucler son sac pour vivre une semaine à El Jire, en tant qu’hospitalière, dès la réouverture. «J’ai dit à la commission de construction que j’attends plein de monde dès le 1er juin et jusqu’à fin octobre. J’espère vraiment qu’on pourra ouvrir à temps, même s’il y a encore quelques finitions.» Une inauguration officielle aura lieu le 12 septembre lors des Journées européennes du patrimoine.
Nécessaire discernement
«Il ne faut pas rester seul avec son appel », prévient Denise Jaquemet. On lui a conseillé de s’entourer de personnes avec qui prier et qui pouvaient l’aider à discerner quelle était la volonté de Dieu. «J’ai vu des signes tout au long de ce parcours, mais j’ai un groupe de prière et une personne qui m’accompagnent au niveau spirituel, c’est essentiel!»

Une promesse dans la poche
El Jire fonctionne sur le modèle du donativo, soit la participation libre aux frais. C’est le seul en Suisse. Dans les faits, les pèlerins se montrent suffisamment généreux pour couvrir les frais courants du gîte alors que la transfomation a été financée par le Canton, la Loterie romande, diverses fondations et des donateurs privés. «La moyenne des dons des hôtes est de 30fr., ce qui est généreux vu qu’il n’y a pas de repas pour le moment. Les pèlerins sont touchés par les lieux et peut-être par une autre spécificité: chacun reçoit une
pièce de 5fr.», explique Denise. «Quand il a su que le gîte allait ouvrir, un ami m’a apporté deux rouleaux de pièces et m’a dit d’en donner une aux 100 premiers pèlerins comme symbole du nom du gîte.» Il a lui-même été pèlerin et sait combien les symboles sont importants sur le chemin. «Sur la tranche des pièces de 5fr., il est écrit ‹Dominus providebit› , ‹Dieu pourvoira›, en hébreu ‹El Jire› , donc le nom du gîte», souligne Denise Jaquemet. Depuis, les donateurs de pièces n’ont jamais manqué et la tradition s’est perpétuée.
Célébration
Un office est célébré dans la chapelle adjacente le premier et le troisième mercredi du mois à 18h30, durant la saison du pèlerinage. Uniquement le premier mercredi du mois, hors saison.



