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© Jean-Bernard Sieber
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Florence-Clerc Aegerter, pasteure
© Jean-Bernard Sieber

Florence Clerc Aegerter, cheval ou dessin ? Pastorat !

RELATIONS
« J’exerce ma vocation de chrétienne dans le pastorat. » Ce n’est pas ainsi qu’elle avait pensé assouvir son besoin d’agir, de comprendre, de transmettre et d’aider. Ni sa soif de beauté.

Un matin de Noël, après la saynète des enfants, elle a balancé une miniprédication sur les gens peu fréquentables qui entouraient le nouveau-né (lire l’encadré). « Tu avais fumé du bon », lui dit alors le président du Conseil de paroisse. 

Elle en sourit encore, avec malice, la fine théologienne, grande lectrice aussi bien de l’écrivain spirituel Louis Evely (« Je trouve chez lui ma propre foi mise en mots ») que de Bonhoeffer, de Jean de la Croix, du Valaisan François Varone (Ce Dieu censé aimer la souffrance – tout un programme). 

Et de Giono, car l’amour de la nature et des animaux est un de ses moteurs. Si elle avait mieux étudié l’allemand, elle serait vétérinaire, mais l’école germanophone à Berne la rebuta. Elle se contenta de pratiquer l’équitation. Et, plus tard, durant quelques mois, l’équithérapie. Inoubliable : « Chevaux et porteurs de handicap ne trichent pas, impossible de tricher avec eux. » La relation est décidément la grande affaire de sa vie. 

Sensible, émotive, « une éponge », elle perçoit l’état intérieur de ses interlocuteurs et en prend soin : « Je m’efforce de trouver dans la tristesse des personnes en détresse une force, comme ceux qui transforment leur indignation en engagement. » Dans son ministère, elle a aimé la catéchèse, non livresque, créant avec des ados un plateau de jeu élaboré, style heroic fantasy. Elle aime « travailler en groupe, coaliser les énergies, construire des ponts ».

Le bonheur à la Faculté

Elle a pourtant failli se retrouver « seule derrière une planche à dessin ». Après sa licence en théologie, elle se voit éleveuse de chevaux ou illustratrice. Elle postule dans les deux domaines, l’école de dessin de Lyon l’accepte, elle y va, attirée par « la liberté d’expression, le bonheur de créer des mondes extraordinaires ». Car depuis l’enfance elle dessinait et écrivait des histoires, l’imaginaire pour elle était aussi réel que le réel. 

Après deux ans, Florence Clerc renonce, lucide: « Pas assez de talent pour réaliser mes rêves, travailler chez Aardman ou pour des éditeurs. » A 28 ans, retour «au nid» : la Faculté de théologie de Lausanne. Il faut dire qu’elle s’y était épanouie. Entrée à 20 ans « comme auditrice, pour voir, et aussitôt happée! Je n’avais pas de vocation pastorale, la matière me passionnait. L’ambiance. Des camarades aussi avides de connaissance que moi. Des profs accessibles, la plupart excellents ». Elle les égratigne affectueusement dans deux drolatiques BD concoctées avec des copains. Si tous les protagonistes sont ses profs, avec Eric Junod (« un des plus remarquables ») en détective, l’artiste donne les grands rôles à ceux qu’elle juge insuffisamment reconnus, le sociologue Roland Campiche et JeanDaniel Kaestli, « spécialiste mondial des apocryphes, mais bien trop modeste ».

Plusieurs mondes en moi

Autres traits constitutifs de sa personnalité, humour ravageur et allergie viscérale à l’injustice, à la maltraitance, ressurgissent à chaque moment de sa conversation foisonnante: une idée en appelle plusieurs autres et le temps n’existe plus. Florence Clerc a « trop d’énergie. Gamine, je ne tenais pas en place. Mais si j’étais stimulée intellectuellement, je pouvais rester tranquille ». Hyperactive, impatiente, elle se voit comme « un cheval de course » – avec les risques d’épuisement soudain qui menacent moins les bêtes de trait, plus régulières… Elle a connu le burn-out.

La mort: une vie nouvelle non soumise à l’espace-temps

Reprenons le fil: après Lyon, la voici assistante de «Bibus», le regretté professeur Bernard Reymond. Diplôme postgrade en poche et mariée au serrurier Freddy Aegerter, qui a trois grands enfants, elle devient pasteure – à mi-temps. Chardonne, UNIL, Région La Broye comme coordinatrice – entre autres. Depuis qu’elle œuvre à 100% entre Oron et le Jorat, en équipe, c’est son mari qui cuisine; et s’adapte, comme il l’a toujours fait, à ses horaires imprévisibles. 

Son obsession boulimique de comprendre et de transmettre fait d’elle un mouvement perpétuel. « J’ai toujours eu le sentiment d’avoir plusieurs mondes en moi. » Engagée pour faire évoluer son Eglise, elle a activement siégé au Synode. Passionnée d’art, notamment paléochrétien, elle guide des voyages, a rédigé pour la revue Antike Kunst un article pointu, décode le discours théologique et politique sous-jacent de mosaïques de Ravenne. 

Elle étonne en révélant ses moments méditatifs, mais que serait la connaissance sans la beauté? Dont elle se nourrit pour résister aux soucis, aux situations anxiogènes. A la crainte de la mort de ceux qu’elle aime. 

Et la sienne? Elle tente de se rassurer: « Grâce à Georges Haldas, je la vois comme une vie nouvelle qui n’est pas soumise à l’espace-temps. » 

Bio express 

1965 Naissance. 
1967 Nestlé envoie son père et sa famille au Pérou pour trois ans. 
1988 Etudes juives à Jérusalem. 
1990 Licence en théologie. Stage d’aumônerie en hôpital. 
1993 Quitte l’école d’illustration de Lyon. Assistante en théologie pratique à Lausanne. 
1998 Stage pastoral au Val-de-Ruz (NE). 
1999 Epouse Freddy Aegerter. 
2000 Pasteure à Chardonne. 
2011 Aumônerie de l’Université de Lausanne. 
2017 Stage d’équithérapie. 
2018 Région La Broye, coordinatrice (50%). 
2019 Oron-Palézieux, pasteure (30%). 
2025 Jorat et Oron-Palézieux, pasteure (100%)

Nativité déjantée 

La pasteure ne voyait guère de gens comme il faut autour du berceau. Parents pas riches, pas mariés, le papa pas vraiment le papa. Bergers ignorants, sales et probablement saouls: voir la chorale des anges dans le ciel! Trois étrangers « avec une grosse araignée au plafond » pour se mettre à suivre une étoile plus brillante que les autres. Cela annonçait que Jésus se préoccuperait en priorité des gens pas comme il faut! Elle terminait par un uppercut sur le miracle de Noël et l’illusion des apparences.