
« Parler de nationalisme chrétien, c’est un oxymore »
Nous sommes quelques jours avant les élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Karen Georgia Thompson, qui cumule la présidence de la Communion mondiale des Eglises réformées et celle de son Eglise unie du Christ aux USA est l’invitée du Synode des réformés suisses. L’assemblée vient notamment de repousser de justesse une résolution affichant l’opposition de l’Eglise réformée du pays à l’assouplissement du matériel de guerre, sur lequel la population helvétique se prononcera à la fin du mois. En marge de ces débats, la « papesse » des réformés évoque son credo : croire dans le Dieu de Jésus-Christ est un moteur de la vie civique. Pour cette théologienne née en Jamaïque, devenue ministre générale d’une des principales dénominations protestantes « mainstream » outre-Atlantique, connue pour ses positions progressistes sur les questions sociales, la foi impose à celles et ceux qui en sont dépositaires un engagement en faveur de la justice et de l’entraide. Dans ce contexte, comment appréhende-t-elle les élections étasuniennes de ce 3 novembre ?
KGT : Je savais que je serais absente le jour du vote, je suis donc très heureuse d’avoir pu voter vendredi déjà, de manière anticipée. A mon sens, l’élection est très ouverte, et de nombreux sièges sont disputés. J’espère donc que les gens iront voter. C’est un devoir civil important. L’abstention est même un grand danger. Quant à l’issue des élections, j’espère que nous allons assister à un véritable changement, parce que les coupes dans les programmes d’assistance sociale, par exemple, telles qu’elles sont pratiquées depuis un an et demi, touchent de nombreuses personnes.
En cela, les Eglises ont-elles un rôle à jouer ?
Notre foi, c’est notre vote… Nous n’allons pas faire campagne, en disant pour qui voter. Mais nous devons appeler les gens à voter avec amour. L’amour constitue une valeur chrétienne fondamentale, comme aussi le soutien des personnes les plus pauvres. D’ailleurs, dans mon Eglise, nous incitons les gens à appeler les autres, par amour, à se rendre aux urnes. Les critères qui devraient alors guider le vote sont les idées de justice, de sécurité sociale, d’éducation. Des valeurs qui ont un impact également dans les communautés ecclésiales.
Vous défendez des engagements sociaux forts. Comment la situation politique actuelle des Etats-Unis vous affecte-t-elle ?
On peut dire que l’administration actuelle est transparente sur tous les plans ! Elle avait fait campagne sur un programme anti-social, anti-immigration, dans des termes très forts. Mais on n’y croyait pas… On se disait que ces paroles étaient excessives, qu’elles étaient propres à des discours de campagne. Or, en 2025, on a effectivement vu éclore un type de société différent. Et la voix de notre Eglise s’est éteinte. On a entendu parler de nationalisme chrétien : or c’est un oxymore ! Mettre en avant une nationalité ou une couleur de peau, en excluant les autres, c’est une prétention de suprématie, qui n’est pas en phase avec les idées chrétiennes. Cela détruit même ce qui est au fondement du christianisme : l’accueil, l’amour, le partage.
C’est pour défendre cela, à votre sens, que plusieurs pasteurs protestants se sont présentés comme candidats démocrates pour ces élections de mi-mandat ?
Il est important de dire que tous les pasteurs ne sont pas évangéliques, et que tous ne soutiennent pas Trump… Mais il faut aussi rappeler que la foi entre en jeu avec la politique. Bien sûr, l’Eglise et l’Etat sont séparés, et les deux institutions n’ont pas à interférer dans les affaires de l’autre. Mais la foi personnelle pousse les croyants à s’impliquer. Ma foi me dit de chercher à apporter un changement pour mon voisin, par amour. Si nous ne sommes pas engagés politiquement, comme chrétiens, nous ne vivons pas notre foi, qui nous oblige à nous intéresser aux questions de justice sociale. Il faut donc être présent avec d’autres. D’ailleurs, ce qu’on vit aux Etats-Unis n’est pas détaché de ce qui se passe ailleurs dans le monde. En tant que chrétiens, nous sommes appelés à lire les signes des temps, qui se manifestent localement mais qui ont un impact aussi au niveau global.





