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Les premiers dimanches du mois, la paroisse de Grandson accueille enfants, parents et grands-parents pour un culte festif et adapté aux enfants et aux adultes. © Th. Keller

« Qui sont ma mère et mes frères ? »

Olivier Bader
22 octobre 2026
 
1 min de lecture
Famille
Comment Jésus peut-il questionner pareillement ses liens maternels et de sang?
Quelle autre famille, quels autres liens d’amour veut-il prioriser?

Jésus, accaparé par une foule de visages anonymes, semble indifférent à ses proches qui le réclament (Marc 3,33). La question de Jésus est d’autant plus provocante dans la tradition juive et à son époque, où la famille était première et vitale.

Et pour moi?
Qui sont mon père, ma mère, mon épouse/ époux, mes enfants…? Que signifient les liens familiaux pour moi? Sans aucune hésitation, je réponds que ma famille est une priorité non négociable. Mes proches sont dans mon coeur, mes pensées, source de joie ou d’inquiétude au quotidien. Je suis prêt à leur porter secours, à rendre un service, à offrir de l’écoute et de l’affection.

Famille terrestre et famille spirituelle
Jésus valorise cette famille spirituelle composée de ceux et celles qui «font la volonté» de Dieu «notre Père». Cette famille dépasse les liens de sang et de clan et rassemble des identités et des origines si diverses. Cette famille-là a aussi ses exigences: «faire la volonté de Dieu»; selon l’Evangile de Luc: «écouter et mettre en pratique la Parole de Dieu». Ecouter la Parole, c’est renoncer au nombrilisme pour s’ouvrir à la vérité de Dieu. Mettre en pratique la Parole, c’est y adhérer de tout son être, pour qu’elle nous transforme de l’intérieur vers l’extérieur, du coeur aux actes.

Il peut donc y avoir conf lit d’intérêts et de loyauté entre famille terrestre et famille spirituelle; entre notre volonté d’être un bon fils/fille, époux/épouse, père/mère… et notre désir d’être pleinement fils/fille de Dieu. Si «ma» famille devient une priorité absolue, le risque est le repli, l’égoïsme et même, théologiquement, l’idolâtrie. Si «ma» famille est cette valeur suprême qui me mobilise totalement, je risque l’épuisement, le découragement, voire la rupture de ces liens que je veux tellement préserver!

La finalité de la famille
France Quéré, dans son livre «La Famille» (1990), nous aide à comprendre la vocation de la famille et notre responsabilité filiale. «L’enseignement du Christ nous révèle la finalité ultime de la famille qui n’est pas seulement de s’aimer entre soi et entre proches, mais d’aimer également au-delà de soi et du cercle familial. Le grand commandement y invite: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.»

La finalité de la famille est d’apprendre l’amour sous toutes ses déclinaisons: respect de soi, de l’autre, écoute, partage, don, pardon… Cet apprentissage commence dans «l’entre-soi» de la famille, petit laboratoire sécurisant et valorisant. Rapidement, l’amour est mis à l’épreuve de la vie: les cours d’école, les associations sportives, les réseaux sociaux peuvent être des terrains impitoyables, où l’enfant est bousculé dans son sentiment d’être aimé et sa capacité à aimer. Mais l’amour vécu au sein de la famille peut aussi être fragilisé, en particulier quand le lien conjugal se distend.

La vocation de l'Église
Avec et au-delà de la famille, la vocation de l’Église est de dévoiler comment Dieu notre Père nous aime et comment nous pouvons vivre de cet amour. C’est le lieu où parents et enfants peuvent, «en famille élargie», écouter la Parole de Dieu et apprendre à la mettre en pratique. La vie paroissiale et le culte en particulier devraient être comme de grands laboratoires où, dans le mélange des générations, on apprend à être aimé et à aimer.

Beaucoup de paroisses persévèrent pour offrir ces espaces de rencontres et d’apprentissage adaptés aux familles. Mais la tendance majoritaire, le dimanche matin, est de l’ordre de «l’entre-soi»: «Le dimanche, c’est le seul moment où l’on peut dormir et être en famille…»

Revoir ses priorités
Et pourtant, la question de Jésus nous presse à nous questionner et à revoir nos priorités. Quelle est ma famille? Quels sont ces liens essentiels qui me font vivre? Quelle paternité/maternité est première pour moi, pour mes enfants? Où et comment vais-je apprendre à aimer et leur apprendre l’amour? Quelle parole m’aidera à faire la volonté de Dieu et comment la mettre en pratique? Quels choix m’aideront à mettre tout cela en oeuvre?