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Thérapies de conversion : une difficile reconstruction

8 septembre 2026
 
1 min de lecture
Début septembre, le Conseil fédéral a adopté un rapport reconnaissant l’ampleur des souffrances qui sont infligées aux personnes LGBTIQ+ par les thérapies de conversion pour modifier leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Deux personnes qui ont réussi à se reconstruire après une telle expérience ont accepté de témoigner.

Dénoncées ce printemps par les Églises catholiques et réformées de Suisse, les thérapies de conversion visant les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et queers (LGBTIQ+) peuvent être source de grandes souffrances, a reconnu le Conseil fédéral dans un rapport adopté le 2 septembre en exécution d’un postulat. Selon certaines estimations, entre 9 et 16 % des personnes LGBTIQ+ ont été confrontées à des mesures destinées à modifier leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.

Actuellement, la réglementation sur les thérapies de conversion n’est pas uniforme. Le droit en vigueur offre une certaine protection aux personnes concernées, mais plusieurs cantons ont pris des dispositions plus strictes (comme Neuchâtel, Vaud et le Valais), tandis que d’autres tolèrent ces pratiques. C’est pourquoi le Conseil fédéral estime qu’une réglementation au niveau fédéral pourrait être « judicieuse ».

Par ailleurs, lors de la séance du Grand Conseil genevois du 3 septembre, le Conseil d’État a demandé le traitement en urgence du projet de loi « sur l’interdiction des pratiques visant à modifier ou réprimer l’orientation affective et sexuelle ou l’identité de genre ». Cette demande a été acceptée par le Grand Conseil et le texte a été renvoyé en commission, où il sera examiné et travaillé au cours des prochaines semaines ou des prochains mois.

En attendant, des personnes continuent de souffrir ; David et Éric figurent parmi celles qui ont réussi à se reconstruire après des années de travail personnel. Ils ont pour premier point commun d’avoir évolué dans un milieu évangélique, duquel ils ont dû se distancer pour pouvoir se sentir en accord avec eux-mêmes. L’autre chose qu’ils partagent est de s’être réconciliés avec la Bible en la relisant dans une perspective protestante réformée.

ÉRIC

Protestinfo. Qu’est-ce qui vous a aidé à vous reconstruire ?

Éric. J'avais beaucoup d’attaches hors du milieu évangélique qui exerçait des pressions pour que je change d’orientation sexuelle. Donc, j’avais un réseau sur lequel m’appuyer et cela m’a aidé à partir. Quand j’ai accepté mon homosexualité, j’étais en paix avec moi-même et avec mon Créateur, convaincu qu’Il m’aime en tant qu’homosexuel, et cette paix intérieure a été un socle solide pour me reconstruire. Faire un certificat en théologie a été une aide incommensurable. J’ai pu me reconnecter avec la Bible, la réapprivoiser en l’étudiant avec une nouvelle façon de penser, plus protestante, mais tout aussi valable, et enfin mieux la comprendre. Grâce à cela, j’ai pu renouer avec ma spiritualité. Concrètement, mon travail de reconstruction est passé par une relecture des textes pour les contextualiser dans une approche historico-critique, par opposition au milieu évangélique où les choses sont prises telles quelles, de manière trop littérale. D’après mon expérience, le mode de pensée évangélique c’est un peu « nous avons raison, les autres ont tort, il faudrait convertir le plus de monde possible à notre façon de voir les choses ». J’ai eu besoin de mieux comprendre dans quel esprit certains textes ont été écrits. Typiquement, il y a le fameux passage du Lévitique, « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme, car c'est une abomination. » Ce qui est assez intéressant, c’est que le prêt à intérêt est aussi une abomination selon la Bible, mais je ne connais aucun évangélique qui peste avec force et fracas contre les banques. Les vêtements unisexes sont également une abomination, tout comme manger des fruits de mer, pourtant ce sont des actes que les évangéliques font couramment sans sourciller. Un autre point intéressant est que dans certaines traductions de la Bible, on trouve le mot « homosexuel », ce qui n'a aucun sens d'un point de vue historique, parce que le concept de l’orientation sexuelle est né au XIXe siècle. Par ailleurs, j’ai trouvé du soutien à l’antenne LGBTI de l'Église protestante de Genève, où j’ai rencontré d'autres personnes dans une situation semblable à la mienne. Nous avions le même besoin de spiritualité et c’était réconfortant de pouvoir en parler entre nous.

DAVID

Protestinfo. Qu’est-ce qui vous a aidé à vous reconstruire ?

David. C’est très compliqué de s’affranchir de gens d’Église qui vous disent ce que vous devez faire et qui contrôlent un peu votre vie, une fois qu’on est tombé sous leur joug. Ce n’est pas forcément par naïveté, mais quand on a envie de s’engager, qu’on a une foi sincère, on est plus vulnérable. Et les pressions à changer d’orientation sexuelle sont d’autant plus violentes que les gens qui les exercent se retranchent derrière Dieu. Je me suis rendu compte que je leur avais donné énormément de pouvoir sur moi. Comme j’avais été crédule, et parce que j’avais accepté qu'on me délivre une vérité que je ne comprenais pas vraiment, j’ai eu besoin d’entendre qu’il y a d’autres façons d’interpréter la Bible. Ce qui me faisait énormément souffrir, ce sont les versets qui parlent de l'homosexualité comme d’une abomination. Donc, la première chose qui m’a aidé à me reconstruire, c’est de suivre l’atelier œcuménique de théologie (AOT), à Genève. Cela m’a permis de me réapproprier la Bible. Je l’ai relue avec un esprit critique et une vision plus protestante qu'évangélique. Il a été particulièrement salutaire pour moi de comprendre que les choses doivent être replacées dans leur contexte. Peut-être que tel ou tel verset a été écrit pour une population donnée, à une époque donnée. Dans ce processus de reconstruction, la distance physique avec l’Église a été utile. Et puis, mes proches ont été très soutenants. J’ai aussi fait sept ans de thérapie. Enfin, l’antenne LGBT de Genève a été une vraie ressource. Tout cela m’a énormément aidé, même si cela n’a pas été facile de prendre du recul par rapport à un Dieu qui était, en fait, intolérant. Il ne faut pas rêver, après une telle expérience, la reconstruction est hyper longue. Je suis sorti de l’Église à 27 ans et cela m’a pris une bonne quinzaine d’années pour être bien avec moi-même. On peut s’en sortir, mais il faut être bien entouré, avoir des gens sur qui on peut compter, et bien s'écouter pour savoir ce dont on a besoin. C’est une reprogrammation totale.