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Prendre ce temps d’été pour découvrir le vécu des autres à travers la lecture !
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Étrange étranger... Lectures d’été pour voyager dans le temps ou l’espace

Mireille Reymond Dollfus, pasteure auprès des migrants.
8 juillet 2026
 
1 min de lecture
Lecture
On peut voyager loin en emportant des livres dans son sac. On peut aussi rester chez soi et voyager dans le temps. J’aime les deux, mais je prends parfois plus de plaisir à voyager dans le temps parce que les histoires passées dressent toujours pour moi un miroir de notre humanité d’ici et maintenant.

Au moment où j’écris, je tremble encore à l’issue du scrutin du 14 juin. Cependant, quelle que soit cette issue, l’impératif restera exactement le même: nous, Suisses, nous avons été des étrangers et nous devons nous en souvenir sous peine de nous trahir (Exode 20/21). Il y a 100 ans, la Suisse n’avait pourtant pas été en guerre. Mais l’avidité de certains et leur absence totale de scrupules avaient jeté nombre de leurs concitoyens dans une pauvreté noire: des enfants eurent faim, d’autres furent placés. Un crime économique commis par des accapareurs de guerre qu’on a cherché à résoudre en se débarrassant des plus faibles. D’autres encore s’exilèrent, en France par exemple, au bord de la Gironde, et qui seraient aux critères d’aujourd’hui, des vrais «faux réfugiés» c’est à dire des émigrés économiques. 

Vers 1925, plusieurs milliers de Suisses partirent pour tenter de s’installer dans le Sud-Ouest de la France. Nous étions cela: des réfugiés économiques. Et aujourd’hui, les pays dans lesquels nous nous serions rendus nous auraient réexpédiés en 48h au fond de nos campagnes vaudoises ou bernoises. 

Saurons-nous nous en souvenir? Saurons- nous voir dans le visage des étrangers d’aujourd’hui, contraints de partir de pays où règnent des profiteurs de guerre, les yeux de nos grands ou nos arrières grands-parents, se demandant avec angoisse comment ils allaient être accueillis? Et comprendre que notre humanité s’exerce et reste vivante au contact des autres, au contact de ceux dont la culture est différente et qu’ils nous enrichissent de la leur? 

Alors, pour vous dire au revoir, certains récits de Madeleine Knecht-Zimmermann se sont imposés à moi: Olga, l’histoire de sa tante, mais surtout Cathala, dans lequel elle raconte son enfance au lendemain de la 2e guerre mondiale dans le Sud-ouest, là où son père avait été nommé pasteur de cette communauté de Suisses exilés économiques. À la fois, elle y dit très bien le fait d’être étranger et de grandir sur une terre étrangère en franchissant la frontière invisible des cultures plusieurs fois par jour, mais aussi comment son père a mené un ministère de bienveillance et d’accueil, ce qui, à mes yeux, constitue l’essence même de notre vocation de chrétien à suivre le Christ.

Mais si vous trouvez que je ne vous emmène pas assez loin, ni dans l’espace ni dans la lutte, alors deux autres livres devraient pouvoir nourrir vos appétits: l’un retrace la vie d’un Ste-Cri migrant au Montana aux États-Unis à l’aube du XXe siècle, et l’autre, de Lolvé Tillmanns, remontant encore plus loin dans le temps, est à la croisée des destins entre paysans vaudois et bergers algériens au début de la Compagnie Genevoise des Colonies Suisses de Sétif, du temps où Henri Dunant cherchait à faire des affaires...