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Fusion d’Églises vaudoises : les grandes épousailles

Le nombre de paroisses de l’Église réformée vaudoise sera divisé par trois d’ici 2029, grâce à des fiançailles volontaires. Pour faciliter le processus, le Conseil synodal a décidé de nommer un « Monsieur Fusion » qui entrera en fonction le 1er mai. Comment fonctionne ce processus de regroupement participatif ? Explications.

Appelé « Église 29 », le projet de réforme structurelle de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) prévoit une réorganisation des paroisses d'ici 2029. À la clé, le passage de 88 paroisses et 11 régions à seulement 25-30 grandes paroisses. Interview de Philippe Leuba, président du Conseil synodal de l'Eglise réformée vaudoise.

Qui a décidé du principe de ces fusions ?

La décision a été prise sur proposition du Conseil synodal (soit le gouvernement de l’Église) par le Synode (le Parlement), qui a validé les axes principaux de la réforme en 2024. L’objectif des 25 à 30 grandes paroisses figure dans nos pierres angulaires, c’est-à-dire dans les principes généraux qui ont été admis à la quasi-unanimité par le Synode.

Quel est le but ?

En résumé, il s’agit de simplifier les structures en supprimant l’échelon des régions, de renforcer les équipes et d’améliorer la proximité avec la population en créant des paroisses plus fortes pour faire face à la diminution du nombre de fidèles et à la pénurie de pasteurs. Actuellement, nous avons onze régions qui regroupent en moyenne sept à huit paroisses et qui représentent un échelon intermédiaire entre les paroisses et l'EERV. Nous avons décidé de les supprimer pour rendre l’Église plus agile et redonner un certain nombre de compétences aux paroisses. Compte tenu de l'évolution sociale, nous avons besoin de paroisses plus grandes. Il fut un temps où les Vaudois travaillaient là où ils habitaient. Aujourd’hui, les choses ont changé, les déplacements sont plus faciles. À cela s’ajoute le problème de la relève des pasteurs, qui est insuffisante. Nous avons fait des projections en partant du principe que nous devons pouvoir – au minimum – doter chaque paroisse d’une équipe de trois professionnels, dont un pasteur.

Qui a eu l’idée d’un processus participatif ?

Le Conseil synodal, avant validation par le Synode. Nous avons enclenché un processus de bas en haut, c'est-à-dire que les fiançailles émergent de la volonté des paroissiens et ne sont pas dictées par la hiérarchie. Nous avons demandé à l'ensemble des paroisses de réfléchir à leur avenir en tenant compte de l’objectif qui est de n’avoir plus que 25 à 30 paroisses en 2029. L'idée est de restituer l'avenir des paroisses aux paroissiens, en sachant que tout au bout du processus, c’est le Synode qui validera le découpage des paroisses.

Comment cela se passe concrètement ?

Il y a des groupes de travail répartis dans les régions, avec des délégués paroissiaux et des délégués d’autres lieux d’Églises. Souvent, les solutions vont de soi, parce qu’il y a des paroisses qui travaillent déjà ensemble. Les gens se connaissent, ils ont collaboré sur des projets et ils se disent qu’ils vont intensifier une collaboration existante. La question de la proximité géographique joue aussi un rôle facilitant pour les fiançailles. Par ailleurs, nous avons établi un « guide des fusions » qui est une aide aux paroisses pour passer en revue l'ensemble des questions qui se posent dans le cadre de ce projet, avec un côté très didactique. Enfin, d'entente avec le Synode, nous avons engagé un « Monsieur Fusion », qui est l'ancien délégué de l'État aux fusions de communes, Laurent Curiaux. Il travaillera pour l’EERV à 40 % à partir du 1er mai pour offrir ses bons offices et proposer des solutions à l'ensemble des paroisses.

Ne se fiance pas qui veut…

Pour que des fiançailles soient possibles entre deux paroisses, plusieurs critères doivent être remplis, comme un bassin de population suffisant, le nombre de protestants présents et une surface territoriale maximale. Ces facteurs, fixés par le Synode, donnent des indications aux groupes de travail régionaux. Mais ils ne sont pas absolument rigides. Des exceptions seront possibles. Si je prends le Pays-d’Enhaut, par exemple, il est clair que la configuration topographique justifie que l'on puisse éventuellement déroger au nombre de protestants sur le territoire paroissial fixé par le Synode. En principe, il y a des raisons objectives qui permettent de ne pas exiger que tous les critères soient remplis. Nous en sommes conscients, mais les exceptions devront être validées par le Synode, probablement en 2027.

Il y a des paroisses qui sont déjà parvenues à se mettre d'accord pour se fiancer…

C'est le cas par exemple des paroisses d'Oron-Palézieux, du Jorat et de Savigny-Forel. Vous savez, quand j'étais conseiller d'État, je me suis occupé du dossier des fusions de communes. C'était un peu similaire. Il y avait des communes où la fusion était une évidence, et puis d'autres où c'était beaucoup plus difficile et où cela demandait un travail de persuasion plus important. Actuellement, il y a à peu près un tiers du canton où nous sommes près d'atteindre nos objectifs.