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Des clips antisémites viraux sur Instagram

 
1 min de lecture
Les contenus antisémites ont près de sept fois plus de chances que tout autre contenu d'apparaître parmi les vidéos les plus populaires sur Instagram, selon une étude publiée le 28 juillet.

Bien que les vidéos identifiées comme antisémites représentent moins de 5 % des contenus analysés, elles constituent 32 % des vidéos les plus visionnées de chaque compte de partage de clips inclus dans l’échantillon. En tout, les 92 vidéos antisémites affichaient près de 40 millions de vues, selon cette étude qui a été réalisée par le Centre de recherche sur l’antisémitisme (ARC) du Combat Antisemitism Movement (CAM). On observe donc une « viralité disproportionnée ».

Définition internationale

« Nous nous sommes basés sur la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA) », explique Barney Breen-Portnoy, rédacteur en chef du CAM, interrogé par mail. Selon cette dernière, l'antisémitisme se caractérise par « une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par de la haine à leur égard ». 

La clip economy d’Instagram aggraverait le phénomène. Également appelée économie du clipping, ce terme désigne un modèle économique et de marketing basé sur la production, le découpage et la diffusion de courts extraits vidéo qui sont tirés de contenus plus longs comme des podcasts, des lectures en direct (streaming) ou des émissions, puis publiés en masse sur les réseaux sociaux (TikTok, Instagram Reels et YouTube Shorts).

Repartage trop facile

En général, ces clips sont des partages de moments forts ou des réactions de créateurs de contenu ; ils sont donc le plus souvent inoffensifs. Mais lorsqu’ils ne le sont pas, la facilité avec laquelle il est possible de les repartager contribue à la propagation de contenus problématiques. En effet, le recoupage réduit considérablement les obstacles à la rediffusion : pas besoin de générer du matériel original, ni d’apparaître à l’écran, ni de posséder des compétences avancées en montage.

De plus, les réactions négatives et les mesures prises par les plateformes visent souvent le créateur originel, plutôt que le compte qui republie l’extrait. Enfin, les comptes ne présentent souvent aucune signature idéologique, ce qui rend les méthodes conventionnelles de détection et de lutte largement inefficaces.

Investissement rentable

« Pendant des années, nous avons appréhendé l’antisémitisme en ligne à travers des campagnes coordonnées et en ciblant des acteurs malveillants », déclare le chercheur associé à l’ARC et auteur de l’étude Oliver Marks, également interrogé par mail. « Cependant, nos nouvelles recherches suggèrent que ce modèle ne suffit plus. Une part croissante des contenus antisémites n’est pas le fruit d’une conviction sincère, mais plutôt un sous-produit d’une économie de l’attention qui récompense tout ce qui génère de l’engagement. »

Autrement dit, lorsque les contenus antisémites suscitent systématiquement de l’engagement, les gens sont enclins à les publier, non pas parce qu’ils y croient, mais simplement parce que cela fonctionne. « Dans un écosystème où les clics font office de monnaie, l’antisémitisme est devenu un investissement rentable », conclut le rapport.

La méthodologie utilisée

Pour mener à bien son étude, l’ARC a analysé 1 960 des 2 800 vidéos publiées sur cinq comptes Instagram qui rediffusent des contenus provenant de streamers controversés. « Nous avons identifié des comptes Instagram spécialisés dans les extraits vidéo qui obtenaient de bons résultats et qui publiaient fréquemment du contenu provenant d’un petit groupe de streamers connus pour faire polémique, notamment Sneako, Myron Gaines et Adin Ross », précise Oliver Marks. Il s’agissait d’un choix délibéré pour déterminer si les contenus antisémites obtenaient de meilleurs résultats que d’autres contenus à forte audience dans la clip economy. Ainsi, seules les vidéos dépassant les 5 000 vues ont été prises en considération.

Fondé en 2019, le CAM est une coalition internationale regroupant plus de 1 000 organisations partenaires et des millions de personnes issues d’horizons divers et luttant contre l’antisémitisme sous toutes ses formes.

Pour lire le rapport complet : The Clip Economy — Antisemitic Content is Almost 7x More Likely to Go Viral on Instagram