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©Carl Bloch, Wikmedia Commons
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©Carl Bloch, Wikmedia Commons

Le Christ ne donne pas de réponse,il met en mouvement

Cheminement
Dans le Nouveau Testament, Jésus est présenté comme un enseignant. Pourtant, il ne donne pas de solutions pratiques, mais plutôt des idéaux vers lesquels il faut avancer, chacun à sa façon et à son rythme. Une forme de coaching dont il faudrait s’inspirer?

«En général, dans le monde du sport, les bons coachs finissent mal. Jésus a été crucifié: c’est peut-être le signe que c’était un bon coach», plaisante Olivier Bauer, professeur de théologie pratique aux Universités de Lausanne et Genève et passionné de hockey sur glace. Plus sérieusement, il rappelle que les Evangiles le présentent comme un «rabbi» – un maître ou un formateur. «On qualifie Jésus de thérapeute, de fils de Dieu, de sauveur de l’humanité… Moi, ça me convient assez bien qu’on le nomme aussi formateur. Ses méthodes d’enseignement et d’accompagnement personnel sont sources d’inspiration.Ce qui est frappant avec Jésus, c’est qu’il met en mouvement. Il met le doigt sur des noeuds inextricables de l’existence et il appelle à agir.» 

Un appel à réfléchir 
«Comme professeur, il est nul! Au lieu de donner un savoir, il dit des paraboles qui sont des mots simples et illustrent la vie de tous les jours… mais on n’y comprend rien», résume quant à lui le pasteur Marc Pernot, animateur du site JeChercheDieu.ch. «On croit comprendre le récit et la fin remet tout en question. Il nous appelle à réfléchir.»

Pour Marc Pernot, chaque parole de Jésus doit être comprise par son destinataire depuis sa réalité individuelle. «Quand il dit: ‹ En vérité, en vérité, je vous le dis, ne résistez pas aux méchants ›(Mt 5, 39), il sait bien que personne ne va laisser agresser sa grand-mère, ce n’est pas possible! Pareil avec: ‹ Soyez parfait comme votre Père céleste › (Mt 5,48). Il faut comprendre ces paroles comme visant à susciter une interrogation. Il cherche à développer l’intelligence de ses interlocuteurs. Il souffle un idéal, une visée, mais c’est à vous de voir concrètement comment vous allez avancer.»

Olivier Bauer aborde également cettequestion: «Je suis étonné de voir comment aujourd’hui on prend au sérieux les paraboles de Jésus. Comment on entend au premier degré ses paroles. Mais la démarche ne se veut pas culpabilisante, ilutilise une technique intéressante. Ses histoires peuvent être entendues comme des blagues, et puis il y a des gens qui ont des oreilles et qui les utilisent pour entendre et qui essaient de comprendre ce qu’ils pourraient changer dans leur vie.»

Accepter son passé
Jésus ne donne ainsi pas de réponse, mais incite à changer. «Sans renier ce que l’on a été», pointe Olivier Bauer. «J’ai toujours été frappé dans le récit de guérison du paralysé de Béthesda (Jn 5), par le ‹ Lève toi, prends ton lit, et marche! ›. S’il est guéri, pourquoi devrait-il s’encombrer de son brancard? Je le lis symboliquement comme une invitation à voyager dans la vie avec nos bagages, qui font partie de nous.» 

Un modèle pour les Églises 
«Sur Je ChercheDieu.ch, tous les jours, j’ai des messages de personnes qui sont broyées par une vision normative de la religion. Une religion qui donne des réponses toutes simples: ‹ Tu dois… ›, ‹ Tu ne dois pas… › Et souvent il y a un petit grain de sable: ‹ Tu dois croire que Jésus adonné sa vie pour toi. › D’accord, mais souvent on y croit plutôt à 80 %. Et cette faille peut être une souffrance», témoigne Marc Pernot. «Alors que, pour moi, le message de l’Evangile m’incite plutôt à dire que la question du salut est réglée et que chacune et chacun doit se savoir digne d’entrer en relation avec Dieu, de penser par lui ou elle-même!» se réjouit-il. «Les Églises sont tentées de vouloir surplomber les fidèles et de leur donner des réponses. Et souvent c’est ce qu’ils et elles attendent, car c’est ce qu’il y a de plus simple. Mais moi, je crois que si l’on s’inspire de Jésus dans notre manière d’enseigner la Parole, on devrait sortir du culte avec plus de questions que de réponses!»

Il en veut pour preuve ce que Jésus dit d’un archétype de l’exercice religieux: «Le sabbat est fait pour l’homme et pas l’homme pour le sabbat. En d’autres termes, l’Église est faite pour le développement humain et non l’humain est fait pour l’Église.» Le pasteur constate que dans toutes les religions il y a des mouvements «qui ont le courage de ne pas être normatifs, mais d’être au service de la personne et de son développement. Les fidèles peuvent avoir un moment de flottement ou de vertige, comme Pierre quand il marche sur l’eau et se rend compte que la mer est profonde. Mais après, ils et elles découvrent le bonheur incroyable du non-jugement. Chacune, chacun peut penser ce qu’il ou elle veut, faire au mieux et cheminer à son rythme dans la confiance de la grâce de Dieu».