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Réunion de la Communion d’Églises protestantes en Europe sur les violences sexuelles, en juin à Varsovie.
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Abus sexuels en protestantisme: des solutions encore hésitantes

Camille Andres (Réformés), Laure Salamon (Réforme)
7 octobre 2026
 
7 min de lecture
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Après un premier volet sur les freins à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au sein des Églises luthéro-réformées, analyse des pistes et solutions envisagées ou déjà mises en place.

Une Ciase pour le protestantisme? Des voix s’élèvent en faveur d’un état des lieux, comme la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église l’avait fait en 2021 au sein de l’Église catholique en France. «Pour mettre le sujet sur le tapis, il faut une enquête de qualité, pointe Juliette Labarthe, directrice du Service égalité & diversité de l’université de Genève. Il faut pouvoir chiffrer pour démontrer la réalité, particulièrement dans le milieu académique.»

La plupart des interlocuteurs interrogés dans notre enquête approuvent et l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS) vient d’annoncer que son étude sera menée en partenariat avec deux hautes écoles de travail social.

En France, la petite taille des Églises luthéro-réformées reste un frein à la réalisation d'un état des lieux car elle risquerait de permettre l'identification des personnes concernées malgré leur anonymisation. Toutefois, l'enjeu d’une étude serait de déterminer si, au sein du protestantisme aussi, les abus ont un caractère systémique – ce dont doutent nombre d’interlocuteurs sollicités pour cet article. Ou encore d’établir le lien entre abus spirituels et abus sexuels.

Des procédures claires 

La plupart des Églises luthéro-réformées en Suisse et en France ont déjà mis en place des cellules d’écoute et d’accompagnement, et elles travaillent sur des procédures pour prévenir les violences sexistes et sexuelles (VSS). Mais encore faut-il que ces procédures soient harmonisées entre les Églises, ce qui pour l’instant pose problème côté suisse. Pour éviter le réflexe de «famille qui se protège», la structure de signalement, qui ne garantit pas l’anonymat, doit être distincte de la structure de consultation, qui le permet. C’est ce que propose la Fédération protestante de France, qui a mis en place des formations sur les violences sexuelles et, depuis deux ans et demi, une ligne d’écoute (+33 1 80 52 33 89) qui renvoie vers France Victimes pour l’accompagnement personnel.

Chaque structure doit être accessible, et ses procédures intelligibles. C’est ce que recommande l’EERS dans ses principes et standards de 2025. La clarté des procédures, l’expertise des interlocuteurs sont cruciales. «Pour l’Église, il est difficile d’être en lien à la fois avec l’auteur et avec la victime. Il est important pour nous d’être accompagnés par une instance indépendante et experte», précisent les conseillers synodaux de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV), qui s’est dotée d’une instance externe en 2025. En effet, il est compliqué pour une institution de faire face à des allégations restant à prouver. Le tout en devant tenir compte à la fois des souffrances et demandes des victimes potentielles et de la présomption d’innocence de l’accusé. 

La question de l’anonymat est d’ailleurs posée, mais non résolue. Si plusieurs signalements anonymes dénoncent un comportement toxique, voire dangereux, l’institution doit-elle les prendre au sérieux? Et que faire des différents protagonistes, victimes et agresseurs, au sein d’une même communauté? Les uns redoutent une chasse aux sorcières, d’autres apportent une confiance de principe démesurée aux abuseurs présumés. Comment rester unis et capables de se dire les choses? 

Marie-Jo Aeby, porte-parole du Groupe SAPEC, association suisse de soutien aux personnes abusées par des autorités religieuses, défend le respect, en premier lieu, des victimes: leur rythme, leurs besoins. Une pasteure de l’Église protestante unie de France (EPUdF), qui a demandé à garder l'anonymat pour s'exprimer, fait part de cette préoccupation: «Il faut respecter la parole des victimes et ne pas la délégitimer si l’enquête n’aboutit pas, car ce sont des faits toujours compliqués à prouver. Un non-lieu ne signifie pas que l’agresseur est innocenté. Il faut en tenir compte dans la suite des relations au sein de la communauté.» 

Éviter les conflits d’intérêts

Face aux abus de pouvoir, qui engendrent parfois d’autres formes d’abus, il existe une solution selon Juliette Labarthe: la mise en place de règles claires et transparentes permettant d’éviter les conflits d’intérêts. L’Institut protestant de théologie (IPT), après la récente enquête sur un professeur de théologie, a ainsi «pris conscience qu’il y avait une situation malsaine, détaille Nicolas Cochand, responsable du master Église et société à l’IPT. Aucun système ne protège totalement, mais les principes ont été fermement établis et les voies de recours ont été mises en place durablement. Nous avons maintenant plusieurs personnes référentes à toutes les étapes».

Juliette Labarthe ajoute que la publication du nombre de sanctions prises par l’institution a fait évoluer les comportements à l’Université de Genève. «Cela montre que les situations sont traitées avec sérieux et ce à quoi s’exposent les potentiels auteurs de violences.»

Mais comment être sûr de ne pas recruter un profil problématique? Pour ce qui est des bénévoles en contact avec les enfants, l’extrait de casier judiciaire est systématiquement demandé en Suisse comme en France. Cependant, «si on ajoute encore de l’administratif, des documents à remplir, etc., ne prend-on pas le risque de rendre le travail de jeunesse lourd à organiser, et de décourager le bénévolat?» s’interrogent aussi des responsables de l’EERV. Les Éclaireuses et éclaireurs unionistes de France y arrivent bien.

Depuis 2022, ils se sont emparés du sujet: ils ont mis en place une cellule VSS d’accompagnement depuis 2023, voté une politique de protection des membres en 2024, et ils proposent des temps de formation et des revues à destination des enfants et des animateurs.

En général, l’Église, en tant qu’employeur, n’a pas le droit de répondre à un recruteur sur des questions concernant un de ses collaborateurs sans son autorisation. Comment faire? Dans les faits, «si des références sont sollicitées auprès d’une Église et qu’elles ne nous parviennent pas, on se doute qu’il y a un souci», expliquent les conseillers synodaux de l’EERV.

Former et revoir la gouvernance

Tant du côté du Groupe SAPEC que de Cynthia Guignard, chargée des relations avec les Églises pour l’EERS, la formation paraît incontournable et à tous les échelons. À Paris et Montpellier, l'Institut protestant de théologie propose des ateliers de sensibilisation sur le harcèlement, la discrimination et les violences sexistes et sexuelles depuis 2025.

L’EERS a mis en place un webinaire, actuellement en cours. Jean-François Ramelet, président du conseil synodal de l'EERV, plaide aussi pour des conseils de paroisse (conseils presbytéraux) plus sensibilisés au sujet. «L'instance qui peut dire à un ministre que quelque chose ne va pas, qui doit assumer une vigilance et un regard critique, c’est le conseil paroissial. Un manque d’implication peut favoriser des abus.» 

Autre enjeu de gouvernance, quand ces sujets sont discutés au sein des instances, une pleine transparence peut nuire à la franchise de la discussion. «Le fait que nos assemblées générales ne soient désormais plus publiques va nous permettre de nous dire plus librement des choses difficiles entre Églises, mais aussi de nous interpeller, de nous encourager à traiter les signalements et de nous soutenir dans ces démarches. Une assemblée publique bride forcément une part de cette parole. Nous avons besoin de cet espace de confiance pour avancer ensemble», estime le pasteur Yves Bourquin, après un changement de statut de la Conférence des Églises réformées romandes. Pourtant, en France, c’est le manque de transparence qui est pointé du doigt. Les cas sont discutés entre la commission des ministères et la direction de l’EPUdF sans que les membres n’en soient informés publiquement. 

Face aux abus sexuels ou spirituels, c’est aussi une réflexion plus générale sur la gouvernance des Églises qui est préconisée. Sans faire des abus un sujet militant ou l'unique priorité, mais en ouvrant une réflexion de fond sur la question du pouvoir en milieu protestant. Un pasteur plaide ainsi pour conserver le respect des victimes comme «aiguillon moral» et pour «garder l'Évangile comme boussole».

Chaque Église ou union est invitée à engager une réflexion théologique sur la toute-puissance, les abus spirituels, la théologie féministe, celle du pardon, du péché et du mal. «La charge du pardon en Église reste encore sur la victime, avec l'injonction ‹il faut pardonner», pointe Jean-Francois Ramelet. «Et pourquoi pas un colloque?» lance une théologienne. Une autre question est soulevée par plusieurs interlocuteurs: «Que faire des écrits des agresseurs? Faut-il continuer à les utiliser, à les citer? Ou, au contraire, les remettre en question? Les bannir?» Pour l’heure, plusieurs attitudes coexistent.

Les Églises protestantes s’engagent dans la lutte contre les VSS

En juin 2026, la Communion d'Églises protestantes en Europe (CEPE) a réuni pendant deux jours des représentants des Églises protestantes d’Europe sur le thème des violences sexistes et sexuelles (VSS). De la difficile prise de conscience à l’action en passant par des salariés spécialisés sur les VSS, il existe une grande diversité parmi les Églises protestantes européennes. «Le mot courage a souvent été prononcé dans les pistes pour avancer sur le changement de culture», retient Sibylle Klumpp, pasteure et représentante de la CEPE au Conseil de l'Europe.