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(c) Werner Näf
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Streetfood, farbige Kirche
(c) Werner Näf

Des bénévoles pour assumer le ministère pastoral ?

Par ref.ch | Jonas Gabrieli (traduit et adapté par Matthias Wirz, Protestinfo)
1 septembre 2026
 
4 min de lecture
C’est un tournant significatif pour la paroisse réformée schaffhousoise de Gächlingen : alors que les postes des deux pasteurs partant à la retraite ne seront que partiellement repourvus, des bénévoles s’apprêtent à prendre en charge certaines tâches pastorales. Un modèle à généraliser pour suppléer le manque de forces ministérielles?

Gächlingen est particulièrement touchée par la pénurie de ministres réformés. Dans cette petite paroisse rurale du canton de Schaffhouse, Werner Näf et son épouse Marianne se partagent actuellement le poste pastoral. Les deux prendront leur retraite fin 2028. Et à l’avenir, Gächlingen disposera d’un poste pastoral à 25 %, au lieu de 50 % jusqu’à présent.

Sans ancrage local, l’Église se réduit à une simple entreprise de services
Werner Näf

Mais « il y a de fortes chances qu’en 2029, on ne trouve pas de pasteur pour occuper un tel poste », explique le ministre. Une coopération régionale sera donc nécessaire ; toutefois la paroisse ne souhaite pas envisager de fusion. Ce que Werner Näf défend : « Ce qui touche à la foi se joue dans le cadre d’une relation. Et en cas de deuil, il faut pouvoir compter sur des personnes que l’on connaît et à qui l’on peut s’adresser. » De plus, souligne-t-il, une prédication ne se « consomme » pas simplement comme un exposé à l’université : « Sans ancrage local, l’Église se réduit à une simple entreprise de services. »

Répartir les tâches entre plusieurs personnes

La paroisse entend donc se réorganiser. Les tâches ministérielles seront réduites, avec un accent essentiellement mis sur la mission théologique fondamentale et l’encadrement des collaborateurs et des bénévoles, lesquels assumeront eux-mêmes certaines des tâches pastorales. Une réorganisation approuvée par l’assemblée paroissiale fin 2024 déjà.

Depuis lors, les choses ont évolué dans le même sens au niveau cantonal, également. En juin dernier, l’Église schaffhousoise a adopté un projet de réforme, que le président des réformés du canton qualifie de « changement de paradigme ». Wolfram Kötter explique en effet que son Église a choisi de « s’éloigner du ministère pastoral classique ». L’Église cantonale a défini cinq profils (pastorale, diaconie sociale, catéchèse, prédication et coordination paroissiale) et les collaborateurs et bénévoles appelés à assumer de nouvelles tâches devront suivre des formations adaptées. La mise en œuvre se fera à partir de 2029.

Une paroisse ouverte à l’expérimentation

Actuellement déjà, les paroisses schaffhousoises peuvent tester ce nouveau modèle de manière « expérimentale ». Gächlingen le fait. Ainsi l’organisation de certains cultes relève de la responsabilité de membres de la paroisse. « Une fois, aucune équipe n’a pu être constituée : le culte a donc été annulé », se souvient Werner Näf. Pour l’actuel pasteur, c’est un des risques que l’on court en déléguant des responsabilités à des bénévoles.

Mais en réalité, bien au-delà de Schaffhouse, les tâches ecclésiales sont de plus en plus réparties entre ministres et membres de la paroisse. « Dans de nombreuses Églises européennes, on discute de la manière de donner aux membres davantage de moyens de participer à la vie de leur Église. La pénurie de pasteurs accélère cette évolution », observe Thomas Schaufelberger, responsable de la formation initiale et continue des pasteurs réformés alémaniques. Selon lui, cette évolution redéfinit le rôle des pasteurs : ils sont moins « sur le devant de la scène », mais guident les autres et leur permettent d’assumer des responsabilités.

La coordination paroissiale : un nouveau poste

Afin de soulager les ministres des questions d’organisation, un nouveau poste de coordinateur paroissial va être créé dans les paroisses schaffhousoises. Cette personne ne devra pas nécessairement disposer d’une expérience professionnelle dans le milieu ecclésiastique. « Ce qui compte, ce sont des compétences telles que le réseautage, l’organisation et la capacité à identifier les personnes dont les atouts permettraient de les affecter à tel ou tel poste », considère Wolfram Kötter, le président de l’Église cantonale.

Et Werner Näf de préciser : cette personne ne devra pas en premier lieu diriger une administration, « elle sera appelé à mettre les gens en relation et à entretenir les liens ».

Davantage qu’un programme d’économies

On pourrait voir dans ce recours accru aux bénévoles un simple programme d'économies. Pour le pasteur de Gächlingen, cette vision est réductrice. Car les paroisses ont toujours fonctionné grâce au travail bénévole. Ce qui est nouveau, c’est que ce principe est désormais étendu et planifié de manière plus systématique. Il est prévu de faire coexister des professionnels 

Est-ce que cela doit faire craindre une baisse de qualité dans les services ecclésiaux ? Pas selon Thomas Schaufelberger : c’est que les Églises ont l’habitude de former des bénévoles à certaines tâches et de les y accompagner. Il est toutefois essentiel de fixer clairement les limites, estime ce formateur, par exemple dans les situations pastorales exigeantes, où l’intervention de professionnels reste nécessaire.

La transition se fera progressivement, d’ici 2029. Pour l’heure, à Gächlingen, des personnes sont progressivement intégrées à la formation catéchétique et à l’accompagnement des confirmands. La planification des cultes pour l’année est aussi réalisée en collaboration avec des membres de la paroisse. D’autres tâches pourraient suivre. Un modèle dont d’autres communautés ecclésiales pourraient s’inspirer, à l’heure où le manque de forces ministérielles se généralise ?