
Une première Bible en mongol traduite par des Mongols
« En Mongolie, nous sommes la première génération chrétienne : le christianisme est arrivé chez nous dans les années 1990, à la chute du régime communiste. Nos compatriotes ont donc soif de lire la Bible ! Ce projet s’ancre dans cette réalité. » Bayardalai Bayarmagnai ne manque pas d’enthousiasme. C’est le secrétaire général de la Société biblique de Mongolie, en charge d’une toute première traduction en langue mongole de la Bible à partir des textes originaux. Un projet qui est à bout touchant : la publication est attendue dans quelques mois.
L’initiative est soutenue par la Société biblique suisse (SBS, voir encadré). Ses responsables accueillaient lundi 27 avril leurs homologues mongols dans leurs bureaux biennois, accompagnés de plusieurs traducteurs en charge de la mise en œuvre de cette future « Version mongole standard » des textes scripturaires.
Accès fiable et facilité au texte
Pour l’heure, la jeune Église mongole – qui, toutes confessions confondues, représente 2% des 3,5 millions d’habitants de cette vaste république d’Asie orientale – ne dispose que d’une traduction littérale des textes sacrés, réalisée dans les années 1990 à partir de l’anglais. « Un texte peu lisible et peu fluide », estiment unanimement les trois traducteurs présents à Bienne. Il existe également une édition précédente du Nouveau Testament, due à un missionnaire anglais. « C’est par ce texte-là que les premiers chrétiens en Mongolie ont été convertis. Mais nous avons besoin d’un accès plus fiable aux textes », reprend le secrétaire général de le Société biblique de Mongolie.
Une équipe de travail, dont les membres se comptent sur les doigts de deux mains, se met donc à l’œuvre en 2014. Elle se lance dans cette tâche titanesque de manière presque artisanale, observe Raphael Grunder, chargé de communication à la SBS : « Les traducteurs mongols ont d’abord suivi un cursus complet de langues anciennes avant d’approcher les textes. Mais il est important que cette version soit réalisée par des locuteurs natifs, et non par des scientifiques étrangers. Cela permettra à cette édition basée sur les textes originaux, et agrémentée de notes explicatives, de devenir le texte de référence pour ce jeune christianisme. »
La tâche conduit l’équipe à un important travail de réflexion sur la langue mongole, et même à la création de néologismes. « Nous recourrons par exemple à des mots composés : pour rendre le mot ‘grâce’, nous écrivons ‘amour-bénédiction’, afin d’introduire ce terme chrétien dans notre culture essentiellement marquée par le bouddhisme », détaille Ariunaa Amardalai, une des traductrices de la première heure. « Mais il n’y pas que les mots », enchérit sa jeune collègue Nandin-Erdene Nyamkhuu, chargée du Nouveau Testament, « il a fallu réfléchir à la structure même de notre langue, pour rendre la syntaxe grecque de manière fidèle, mais claire et élégante ».
Similitudes entre l’hébreu et le mongol
Le travail a cependant été facilité par la ressemblance de certaines expressions idiomatiques hébraïques avec celles du mongol. « L’hébreu dit ‘Le bras du Seigneur ne s’est pas raccourci’ pour exprimer de manière imagée que Dieu peut aider ; et nous avons une expression similaire », indique Ariunaa Amardalai. « D’ailleurs le mot ‘père’ est également identique en hébreu et en mongol ! », ajoute Tsend-Ayush Lkhagvasuren, un autre traducteur, qui souligne que l’arrière-plan essentiellement nomade de la population mongole facilite la transmission des réalités propres au monde agraire palestinien.
La diffusion de cette nouvelle traduction de référence de la Bible en langue mongole sera facilitée par la création d’une application permettant de lire ce texte sur son smartphone. L’équipe à l’origine du projet prévoit aussi une longue série de rencontres dans les paroisses pour informer de cette parution. Ses responsables étaient même présents à la foire du livre d’Oulan-Bator pour annoncer leur publication.
Au plan pastoral, cette traduction pionnière pourra grandement faciliter l’accès des chrétiens mongols à la Bible. Mais les plonger dans la lecture reste toutefois un défi, souligne Tsend-Ayush Lkhagvasuren, qui est également pasteur : « Dans notre contexte bouddhiste, les fidèles n’ont pas pour habitude d’approfondir la connaissance des textes fondateurs. Il nous revient de leur en donner le goût… Pour cela, je leur montre que la Parole de Dieu lui-même s’y exprime, que Jésus y parle. Or en christianisme, c’est lui qu’il faut suivre. Il s’agit donc aussi de l’écouter ! » Le jeune pasteur se réjouit alors de faire résonner le texte biblique, qu’il a contribué à traduire, à travers les steppes de Mongolie.
70 ans et une restructuration
La Société biblique suisse (SBS) fête cette année sept décennies d’existence. Cette organisation interconfessionnelle basée à Bienne soutient la traduction, l’édition et la distribution de la Bible et de littérature biblique. Mais le paysage de l’édition chrétienne connaît des mutations et les Églises sont en perte de vitesse. Ces réalités obligent l’institution, membre de l’Alliance biblique universelle, à repenser ses priorités afin de rester viable financièrement. La SBS recentre ainsi ses activités sur l’accompagnement de personnes ou de groupes, afin de leur faciliter l’accès aux textes scripturaires, tout en poursuivant ses collectes de fonds en faveur de partenaires internationaux engagés dans la traduction et la diffusion de la Bible. Cette restructuration la contraindra à s’établir dans des bureaux plus adaptés. Un nouveau directeur sera par ailleurs choisi avant l’été pour mener à bien ce programme redimensionné, porté par une équipe de quatre personnes.



