
La parole aux sans-voix
« Je ne suis pas numérisable ». Sur la porte, l’affiche donne le ton de la petite maison d’édition sise dans un des plus anciens bâtiments du Flon, à Lausanne. Dernier îlot de résistance dans ce quartier privé et équipé de caméras de surveillance, la maison cultive au maximum l’indépendance et refuse de travailler avec les géants du numérique ou l’intelligence artificielle. « Nous faisons presque tout nous-mêmes, sauf l’impression, qui est réalisée en Bulgarie », explique Pascal Cottin. Avec Antonin Gagné, il a repris les rênes de cette maison d’édition fondée en 1976 par Michel Glardon – fils de pasteur, sociologue, militant de gauche et député lausannois. A l’époque, les crises frappent la Suisse avec l’apparition du chômage, les grèves, le mouvement antinucléaire… Le combat de l’éditeur consiste alors à donner la parole aux gens d’en bas : ouvriers, prisonniers, patients psychiatriques, personnes exclues ou en marge, aux « sans-voix ».
Encore aujourd’hui, de nombreuses personnes participent à la vie de cette association bien décidée à perpétuer l’héritage laissé par son fondateur puis par Jean Richard, décédé en juin dernier à l’âge de 71 ans. Le père de ce dernier était typographe et avait été missionnaire durant 30 ans au Lesotho, lui aussi engagé auprès de minorités. Il a été formateur de laïcs et a œuvré à l’œcuménisme en Afrique. Véritable « passeur », Jean Richard a développé nombre d’aventures éditoriales et de collaborations, dont l’Alliance internationale des éditeurs indépendants.
Des succès d'édition
Témoignage d’infirmière en centre de migrants, de sage-femme en Valais, roman ou essai écologique, poésie… En cinquante ans, les éditions d’en bas ont Depuis cinquante ans, les éditions d’en bas publient littérature, essais, témoignages et récits de vie. Avec une ligne résolument sociale et humaniste. Pour fêter cet anniversaire, un livre et de nombreux événements sont prévus. La parole aux sans-voix publié plus de 600 titres, dont un quart de traductions. « Moi, Adeline, accoucheuse (1982) a permis de verser les premiers salaires », relève Antonin Gagné, beau-fils de Michel Glardon et pilier de la maison. Aujourd’hui, elles font le pari de publier moins : une quinzaine de livres chaque année, triés sur le volet. « Nous ne défendons pas de ligne politique, mais l’engagement social reste important, tout comme la beauté de la langue », souligne Pascal Cottin.
Trans•parente, le récit d’une mère sur le parcours de son enfant trans, s’apprête à sortir de presse. « Cela n’a jamais été fait. » Encore une voix d’en bas, dont les mots comptent. Autre parution originale en vue : un premier roman graphique avec l’artiste fribourgeoise Marion Canevascini. Plusieurs ouvrages, parmi les nombreux conservés en stock dans un souci écologique, seront en outre réédités cette année, ce qui donnera lieu à des rencontres en chair et en os avec leurs auteurs
Une année de festivités
Pour leurs 50 ans, les éditions d’en bas publient Y’a de la vie dans les marges, un ouvrage collectif consacré à leur histoire, comprenant des extraits de livres publiés – un par année – et des documents d’archives. Ce livre de 356 pages est vendu à un prix de soutien. Une promotion «deux livres achetés, un offert » est prévue dans les librairies partenaires, avec le choix du livre offert. Des fêtes conviviales seront organisées tout au long de l’année, ainsi qu’une exposition au Forum de l’Hôtel de Ville à Lausanne. Autre action originale: offrir des livres aux personnes lisant dans les transports publics pour encourager la lecture. Des projets avec d’autres éditeurs ou agences partenaires célébrant leur anniversaire cette année – Ethno-Doc, Interphoto, Collection ch – figurent également au programme.

